« La place » d’Annie Ernaux

Voici un livre qui traine dans ma PAL depuis des lustres (un parmi d’innombrables autres). J’avais regardé l’émission d’Augustin Trapenard qui lui était consacrée, et je m’étais fait la réflexion qu’il fallait vraiment, mais vraiment la lire un jour. C’est chose faite !

Augustin Trapenard dit dans la bande-annonce ci-dessus qu’Annie Ernaux a bouleversé les frontières entre l’autobiographie, la sociologie et la fiction. En n’ayant lu que La place, je peux mal confirmer ou infirmer cet énoncé. Mais c’est effectivement quelque chose que j’ai trouvé ici.

Cet ouvrage est consacré à son père. Un homme du terroir, pour qui travailler ne peut se faire qu’avec ses mains. Quand sa fille est partie faire des études, il n’a jamais dit « elle travaille bien ». Non, elle « apprend bien ». Ses parents se sont connus à l’usine. Ils ont ensuite choisi d’ouvrir un café-épicerie. Un commerce qui leur convenait bien. Il y avait à faire, ils voyaient du monde. Annie a grandi dans cet environnement rural. Mais contrairement à son père, qui a commencé tôt comme garçon de ferme, elle a été à l’école, a reçu une instruction, une appétence pour le savoir. Ses études l’ont amenée à cotoyer des gens d’un autre milieu, avec d’autres conversations. Elle s’est petit à petit éloignée de ses racines pour suivre son propre chemin.

Elle revient ici sur un chapelet de souvenirs, qu’elle égrène au fil des pages. Ce père qui sous ses airs froids et distants, voire dédaigneux parfois, cachait un amour et une fierté qu’il n’arrivait pas à exprimer. La lecture de La place n’est pas pleine de tendresse. La frontière entre la fille et le père est visible et palpable, tenace, même après la mort qui intervient dès le début de ce récit autobiographique.

Ce que j’ai particulièrement aimé, ce sont tous les petits détails qui lui reviennent sur son père. Des gestes, des odeurs…. Sa manie de coller les vignettes pour la sécurité sociale, sa façon de boire son chocolat chaud à la cuiller, l’opinel qu’il sortait systématiquement à table.

Le récit est construit autour d’une frise chronologique hachée de va-et-vient. Des souvenirs qui émergent tour à tour, sans lien avec le paragraphe précédent. C’est là qu’on voit qu’Annie Ernaux parle avec son âme, qu’elle succombe à une envie ou un besoin de coucher sur papier les souvenirs de sa relation avec son père. Sans réflexion autre que celle de trouver le mot juste, sans recherche d’élaborer un scénario.
Elle a écrit comme elle ressentait. Sans fard. Sans tricher. Et c’est beau.

Prix Renaudot 1984

Folio, 2007 (1986), 114 pages

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s