« Norilsk » de Caryl Férey

Caryl Férey, c’est un auteur de polars engagés. En Afrique du Sud, en Argentine, chez les Maoris, il signe des romans noirs et porte un regard acéré et cynique sur le monde. Un peu fou, bon vivant, rocker dans l’âme, il a une façon de parler vrai brut de décoffrage qui fait du bien.

Je vous parle aujourd’hui d’un roman document particulier. Une éditrice a contacté Caryl Ferey pour lui faire part, sympathiquement installés à la terrasse d’un café, d’un projet atypique : qu’il se rende dans la ville la plus septentrionale du monde pour en tirer un livre reportage. Caryl Férey déteste le froid, et partir au fin fond de la Sibérie, dans une des villes les plus polluées du monde car créée de toutes pièces autour de mines, ne l’enchante guère. Mais il se laisse convaincre et embarque avec lui son meilleur ami, la Bête, un pirate rustre malaimable, sous prétexte qu’il est photographe.

Caryl Ferey (à droite) et La Bête (Lionel Chauveau)

Les voilà donc tous deux partis dans le grand foid sibérien vers cette ville qui a poussé au milieu de rien. Une ville laide, avec ses blocs d’immeubles, son atmosphère ultra polluée, sans arbres, sans animaux. Une ville qui frise l’apocalypse. L’accueil à l’aéroport est glacial, les taxis se battent pour prendre en charge le peu de clients potentiels qui débarquent. Caryl et la Bête ne restent que 10 jours mais c’est bien parti pour être les plus longs de leur vie.

Et pourtant, ils vont en vivre, de bons moments. Tout d’abord grâce à Bambi, la jolie guide fraîche et naïve (n’y voyez aucune misogynie car il n’y en a pas). Mais vraiment trop jeune ; ils se comportent avec elle comme des oncles. Elle les emmène dans un bar qui vient d’ouvrir et là, la chaleur humaine s’ajoute à la chaleur des lieux. Autour d’un verre les esprits se font complices, et les habitants de Norilsk leur parlent de leur quotidien au fil de conversations couvertes par les rires. Caryl le disait en préambule : les paysages c’est bien, mais ce qu’il recherche lui, quand il voyage, ce sont les gens. Et il les a bel et bien trouvés.

Ce court documentaire à la sauce Carey vaut vraiment le détour. Parce qu’il nous parle d’un endroit méconnu (pour cause), qu’il le dépeint avec son style frontal et son humour décapant très efficace. Et parce qu’il est fait de rencontres qui resteront gravées dans sa mémoire et un peu dans la nôtre aussi.

Soyons francs, ça ne donne pas, mais alors pas du tout envie d’aller à Norilsk. En revanche j’ai beaucoup aimé que l’auteur nous emmène à la rencontre de ces personnes qui habitent une ville que personne n’aimerait habiter. Les visages sont fatigués, l’espérance de vie pas bien haute, mais la joie de vivre transpire malgré tout. Je me suis régalée.

Le Livre de Poche, 2019, 978-2-253-25792-9, 155 pages, 7,20€

A vous les micros !

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