« Le cinquième bateau » de Monika Kompanikova

Test_LECINQUIEMEBATEAU-e1556268778838.jpgJarka vit dans un immeuble de la banlieue de Bratislava avec sa mère, qui l’a eue trop jeune. La petite n’a que douze ans mais est déjà livrée à elle-même, devant faire les courses avec le peu d’argent que sa mère laisse sur la table, préparer les repas elle-même, partager l’appartement avec des inconnus qui vont et viennent… Son refuge, c’est le jardin ouvrier que le mari de sa grand-mère a laissé après sa mort. Plus personne ne s’en occupe et Jarka aime rester dans le cabanon, seule, sans sa mère qui ne s’occupe pas d’elle, ni sa grand-mère qui les méprise.

Alors qu’elle se trouve à la gare, elle repère une femme avec une poussette et deux bébés dedans. Elle semble angoissée, aux aguets, ne pouvant prendre l’escalier pour accéder au quai. Jarka lui propose de surveiller les enfants pendant qu’elle monte voir ce qu’elle semble chercher. Jarka attend, attend… mais la femme ne revient pas.

Elle prend donc les deux enfants sous son aile et les emmène dans son refuge, où elle trouve un sens à sa jeune vie. La voilà chargée d’une mission, d’un but à ses journées jusqu’alors sans intérêt, sans amour, sans attentions. La tâche est lourde, car les bébés sont tout petits, ne savent pas encore exprimer ce dont ils ont besoin. Ils sont fragiles, sensibles aux coups de froid, aux allergies… Jarka fait de son mieux.
Pas suffisamment proche de ses copains de quartier, elle ne parle à personne de son secret. Jusqu’à ce qu’elle trouve le petit Kristian, choyé, étouffé par sa mère, qui pour une bêtise n’ose plus rentrer chez lui. Il trouvera sa place dans le cabanon et endossera le rôle de deuxième parent.

Première incursion pour moi dans la littérature slovaque et je ne suis pas déçue du voyage. « Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon » écrivait Tolstoï dans Anna Karenine. Pourtant, on retrouve dans la famille de Jarka les problèmes récurrents de la mère trop jeune, absente, de la grand-mère qui les rejette, de l’enfance gâchée. Il y a les immeubles, le bus, les supermarchés qui font que cette histoire pourrait se passer n’importe où.
Mais il y a ce je ne sais quoi dans l’écriture, dans les attitudes des personnages, qui confère à cette histoire une ambiance bloc de l’Est et l’ancre dans l’Europe orientale.

J’ai beaucoup aimé suivre Jarka dans son aventure de mère par hasard, s’efforçant de s’occuper au mieux de deux bébés sortis de nulle part, s’organisant pour qu’ils mangent, boivent, soient propres, se sentent aimés. La venue de Kristian fait passer Jarka au stade suivant, avec un nouveau parent qui n’est encore qu’un enfant, perdu dans l’univers dur, solitaire, sans amour, fait de débrouillardise auquel Jarka est habituée.

Un roman qui traite avec originalité de la perte de l’innocence des enfants et de leurs rêves qui se heurtent à la réalité. Une belle découverte que je dois aux Editions Belleville et à Babelio.

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