« Shtum » de Jem Lester

006025061.jpg« Shtum » en yiddish veut dire silencieux, qui ne communique pas. C’est en effet ce qui peut résumer Jonah, un garçon de dix ans autiste à un stade avancé. Il vit dans son monde, ne supporte pas qu’on bouscule ses habitudes et n’est toujours pas propre. Ses parents, Ben et Emma, sont fatigués. L’école adaptée dans laquelle va Jonah n’est pas si adaptée que ça. L’enfant ne progresse visiblement pas. Lorsque l’école et la municipalité décident qu’il vaut mieux qu’il aille dans un autre établissement, plus à même de répondre à ses besoins, Ben et Emma s’y opposent fermement. Ils sont persuadés que là encore, c’est une erreur ; ils savent pertinemment dans quel institut doit aller Jonah. Le hic, c’est que c’est à la municipalité de prendre en charge financièrement le placement du jeune garçon. Et c’est cela au fond le coeur du problème. Ben et Emma ont intérêt à monter un dossier très solide s’ils veulent avoir gain de cause.
La bataille est engagée.

Première étape : les pères isolés ont plus de chance de gagner. Emma et Ben vont donc faire semblant de se séparer, Ben va retourner vivre chez son père avec Jonah. L’idée ne l’enchante guère, il ne s’est jamais vraiment entendu avec son paternel. Une chose est sûre malgré tout, c’est que Georg adore son petit-fils. Il sait l’écouter, paradoxalement. Et lui-même lui raconte son passé, dont même Ben n’est pas au courant. Le personnage de Georg est super, le papy grincheux par excellence, et pourtant avec un coeur en guimauve gros comme ça. Il cache des secrets que le lecteur s’impatiente de découvrir et qui donnent une intensité romanesque au récit.

A travers ce parcours du combattant, c’est en fin de compte le chemin que doit parcourir une famille ayant un enfant autiste qui nous est raconté. Il y a évidemment la difficulté de se faire entendre face aux institutions, qui raisonnent plus en terme de sous et d’image que de bien-être pour l’enfant. Mais c’est aussi la difficulté de surmonter le handicap, de vivre avec au quotidien. Chaque matin, Ben doit changer les draps, faire une lessive, donner le bain à Jonah car il s’est souillé pendant la nuit. Il ne faut surtout pas avoir oublié d’acheter de la marmite pour le petit-déjeuner, sinon c’est la crise assurée. C’est ne plus vouloir faire l’amour de peur de faire un autre enfant autiste. C’est s’éloigner, essayer de s’échapper comme on peut pour moins subir.

Et pourtant, c’est aussi plein de moments de tendresse. Jonah est nature, il ne triche pas. Il ne fait pas semblant d’être heureux, il est heureux quand il regarde les couleurs se refléter dans le presse-papier en cristal. Il est heureux quand il barbotte dans son bain. Entre le père et le fils, il y a énormément d’amour même si ce n’est pas facile tous les jours.

Jem Lester sait de quoi il parle puisque son fils est autiste. Il y a beaucoup d’autofiction dans ce roman. C’est certainement ce vécu qui lui permet de mettre beaucoup de dérision et de sincérité, quand parfois il ne cache pas qu’il aurait préféré que Jonah ne naisse jamais. Quitte à le lui dire, avant de s’en vouloir aussitôt.
Cela donne un roman touchant, drôle, juste et… édifiant.

Je remercie les éditions Stéphane Marsan de m’avoir renouvellé leur confiance 🙂

Stéphane Marsan, 2019, 978-2-37834-041-4, 330 pages, 20€

 

 

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