« Tenir jusqu’à l’aube » de Carole Fives

61g25Hdn-7L.jpgLe personnage central de ce roman est une jeune mère qui vit seule avec son enfant de deux ans. Le père est parti, en prenant quelques affaires seulement. Elle ne sait pas où il est, quand il va revenir, s’il va revenir.

Le petit s’amuse bien la journée. Il dissémine ses jouets un peu partout, danse et fait la joie de sa mère. Mais le soir, il ne peut s’endormir qu’à côté d’elle et se réveille quand il la sent partir. Elle doit attendre qu’il dorme profondément. Là elle peut vaquer à ses occupations, qui sont en général ranger, étendre une lessive et tout ce qu’elle n’arrive pas à faire dans la journée.

Elle aime son fils, mais elle a besoin de souffler.

Le quotidien est difficile. Infographiste freelance, elle travaille à la maison. Avec cette activité on lui refuse une place en crèche. Alors elle garde le petit, mais impossible de travailler quand il est là. Pas de missions, pas de revenus. Factures impayées, frigo vide, appels d’huissiers. Elle a besoin de souffler.

Quand le petit dort profondément, elle sort. Elle s’accorde d’abord 20 minutes. Puis davantage. Encore davantage. Elle tire sur la corde.

La nuit, elle consulte les forums. Lit des femmes qui ouvrent un post en demandant de l’aide pour des sentiments similaires à ceux qu’elle ressent. Marre de n’être plus que maman, marre de tout gérer, marre d’en avoir marre.

Et c’est là que le roman quitte l’histoire personnelle pour aborder un sujet d’actualité. Les réponses de ces appels à l’aide, qui viennent pourtant de femmes, sont sans appel. Elles sont irresponsables, il faut assumer, le dialogue plutôt que les cris, et bla bla. La fameuse charge mentale, pas une seule fois évoquée dans le roman (sauf erreur), mais c’est bien de cela qu’il s’agit. La femme doit tout faire sans se plaindre, oublier les loisirs, le repos, sa féminité et pas une seule fois on ne blâme l’homme. Qui a quand même sa part de responsabilité dans la venue au monde d’un enfant, rappelons-le.

J’ai trouvé la façon de faire de Carole Fives intéresssante. Utiliser la lecture des forums pour en parler. Car de son côté, l’héroïne subit la situation sans colère ni reproche. Elle se plaint et exprime sa lassitude, son besoin de s’échapper, sans pour autant chercher un coupable. Et si au début j’ai eu du mal à comprendre cette femme qui se sent empêchée par son fils de deux ans, l’âge du mien, j’ai pu la comprendre au fur et à mesure. Quand je me suis aperçue que personne ne faisait rien pour l’aider.

Même si je n’ai pas éprouvé un plaisir intense à la lecture de ce roman, je le trouve bien écrit et éclairant sur un sujet de société on ne peut plus actuel.

L’arbalète, 2018, ISBN 978-2072797392, 192 pages, 17€

rl2018
http://delivrer-des-livres.fr/?p=32129

 

3 réflexions au sujet de « « Tenir jusqu’à l’aube » de Carole Fives »

    1. Pour moi c’est pareil en ce moment, je trouve que les auteurs français (les nouveaux surtout) en font des caisses sur le style alors que nous, ce qu’on veut, c’est une bonne histoire. Et quand on est un vrai écrivain, on trouve une bonne histoire et on la raconte avec style. Le style n’est que le moyen, pas la fin, et beaucoup ont tendance à l’oublier de nos jours.

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