« Les filles de Salem » de Thomas Gilbert

Abigail est née au 17è siècle dans une communauté puritaine de la Nouvelle-Angleterre, à Salem Village. Les habitants sont contraints à une vie austère et sans joie, dans le respect des règles de Dieu. Le pasteur règne sur ce petit monde et se charge de veiller à la bonne conduite de chacun.

Il est bien aidé par des femmes pieuses, dont la belle-mère pourtant aimante d’Abigail, qui prend l’initiative d’emmener la jeune fille subir le passage entre l’enfance et l’âge adulte. Tout est venu d’un banal cadeau. Un ami d’enfance d’Abigail lui a offert un âne sculpté dans le bois. Tout le monde y voit un acte d’amour : la jeune fille devient objet de convoitise et donc, femme. Elle devra désormais ne plus adresser la parole à un homme, regarder ses pieds lorsqu’elle marche et on lui coupe les cheveux très court. Elle qui aimait tant courir et s’amuser doit maintenant se comporter en femme puritaine.

Elle partage pourtant un secret avec sa meilleure amie. Elles ont fait la connaissance d’un Indien d’Amérique, qu’elles rencontrent dans les bois. Ensemble ils rient et dansent, oubliant l’austérité du village. Mais tout finit par se savoir…Et Abigail courra à sa perte en voyant quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû voir.

Basé sur une histoire vraie, celle d’Abigail Hobbs, accusée de sorcellerie, cet album restitue parfaitement l’atmosphère étouffante d’un village entièrement régi par les préceptes extrêmistes de la religion protestante. Il faut absolument rester dans le cadre et obéir sous peine de châtiment. Les dénonciations vont vite, la méfiance règne. Le mauvais temps et les maigres récoltes poussent encore davantage les habitants à trouver des coupables. Des femmes, de préférence.

Salem est connu pour ses procès de sorcières et c’est ici le sujet qui est traité. Abigail fut poursuivie pour sorcellerie, tout comme d’autres habitantes qui ont vu les accusations leur tomber dessus sans fondement. Les noms donnés dans cet album sont d’ailleurs ceux de personnes ayant réellement existé. Je ne suis pas certaine que tout corresponde à la réalité mais l’essentiel est le message qui en ressort. Des femmes ont été injustement accusées pour des faits qui aujourd’hui paraitraient ridicules.
On voit aussi comment sournoisement, la méfiance s’installe. On soupçonne, on isole, on accuse. On violente.
Le thème de la femme réduite à chose à cause de la religion est évidemment présent, car même de nos jours, il semble que cela soit un axiome.

Les dessins peuvent rebuter de par les traits allongés des personnages, leur donnant un caractère proche de l’horrifique. Mais on s’habitue rapidement et finalement, la façon d’illustrer cette histoire cadre bien avec l’atmosphère et le sujet.

J’ai beaucoup aimé cet album car il présente une histoire racontée exhaustivement. On comprend la génèse des évènements, pourquoi ils se sont développés et comment ils se sont terminés. Les personnages sont approfondis, tout comme les moeurs, mentalités et le contexte historique. Une lecture distrayante et instructive que je recommande particulièrement.

Dargaud, septembre 2018, ISBN 978-2-205-07702-5, 200 pages, 22€

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Cette semaine on se retrouve chez Noukette!

 

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17 réflexions au sujet de « « Les filles de Salem » de Thomas Gilbert »

  1. Tu es la deuxième à en parler et j’avoue qu’il me tente terriblement ce titre ! Chez moi ce mercredi, deux sorcières végétales mais à te lire, le sujet semble être plus fouillé chez toi.

A vous les micros !

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