« Le livre que je ne voulais pas écrire » d’Erwan Larher

61O8dKj0GcL.jpgAvant, quand on entendait Bataclan, on pensait musique, concert, fête. Maintenant, on pense horreur, attentat, 13 novembre 2015. Pour Erwan Lahrer, ce n’est pas qu’un souvenir d’une nuit à suivre les évènements devant son poste de télévision. Lui, cet attentat, il l’a vécu. Allongé au pied d’un poteau, en position fœtale, des mains terrifiées agrippées à ses mollets.
Raconter son expérience dans un roman n’allait pas de soi. Ses amis l’ont eu à l’usure, insistant pendant des mois sur la nécessité de raconter. Pour lui, pour nous. Parce qu’il était le seul écrivain présent et qu’il doit partager.
Erwan Larher a cédé, mais comment s’y prendre ? Il ne voulait pas d’un témoignage classique, ni d’un roman. Il fallait que ce soit à cheval entre les deux. Un « objet littéraire ».
La solution qu’il a trouvé est celle-ci : il écrira comme il revoit parfois la scène. Il se voit allongé, comme à l’extérieur de son corps. Il écrira donc à la deuxième personne, comme s’adressant à lui-même. S’intercaleront dans ce récit des chapitres intitulés « Vu du dehors », écrits par ses proches. Des proches que le lecteur connait ou pas, jamais identifiés autrement que dans la liste des participants en début d’ouvrage.

A ceux qui s’attendent à un roman à suspense page-turner digne d’un blockbuster américain, passez votre chemin. Erwan raconte forcément l’avant-attentat. La publication Facebook dans laquelle il annonce qu’il va passer une bonne soirée à un concert de rock. Son arrivée tardive pour rater délibérément la première partie. Et puis les coups de feu, les cris ; les entendre se rapprocher ; attendre en sachant qu’on va y passer ; ne pas bouger, se faire caillou, endurer la douleur de la balle qui a traversé ses fesses.
Cette partie du récit est bien sûr glaçante et éprouvante. Telle qu’on peut s’y attendre.

Ce qui prend plus de place dans le roman néanmoins, la partie immergée de l’iceberg, celle qu’on découvre, celle qui n’intéresse pas les médias, c’est l’après. Avoir le fessier déchiqueté, subir les opérations. Perdre en sensibilité. Mordre l’oreiller de douleur. Être hanté jour et nuit par la peur de ne plus jamais avoir d’érection.
Erwan Larher nous montre qu’être victime d’un attentat ne signifie pas forcément ne plus oser sortir de chez soi, nourrir une haine, se sentir coupable d’avoir survécu. La façon dont lui l’a vécu, c’est qu’il a eu de la chance, que ça ne l’empêche pas de continuer à vivre et s’amuser, que l’idée de ne plus pouvoir faire l’amour le rend malade d’angoisse, que personne ne le croit quand il dit que son deuxième traumatisme suite à cet attentat c’est d’avoir perdu ses santiags.

Avec cet « objet littéraire », non seulement Erwan Larher livre un récit intimiste, honnête et émouvant, mais il le fait avec un talent d’écriture rare et précieux. Lire ce témoignage est éclairant pour comprendre comment une victime a vécu l’évènement. Mais c’est aussi l’occasion de découvrir un écrivain formidable, avec une richesse de style et de vocabulaire épatante. De quoi donner envie de découvrir son œuvre.

J’ai Lu, 2018, ISBN 978-2-290-15951-4, 320 pages, 7,40€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’imaginaire

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