« Frère d’âme » de David Diop

CVT_Frere-dame_8709.jpgLa rentrée littéraire a démarré et voici ma première lecture. Je l’ai choisie pour le sujet, qui m’intéressait. Et parce qu’il intéressait aussi mon Amoureux. Tant qu’à faire, autant viser ce qui nous plait tous les deux.

La Première Guerre Mondiale engouffre les hommes dans les tranchées. Et en première ligne figurent les tirailleurs sénégalais, qui servent de chair à canon à sacrifier devant l’ennemi. Alfa subit les assauts, tout comme ses camarades soldats. Et il a perdu son « plus que frère », Mademba. Gravement blessé, le « dedans dehors », il a supplié par trois fois Alfa de l’achever. Alfa n’a pas su. Et il sait qu’il aurait dû. Alors pour se racheter, il va se venger sur l’ennemi, au point de faire peur à ses compatriotes chocolat et aux toubabs français.

La narration à la première personne permet d’entrer dans la tête d’Alfa. De percevoir les choses comme il les comprend, de ressentir sa colère. Cela permet aussi de revivre ses années en Afrique, quand il se perd dans ses souvenirs. Sa mère disparue, son père honoré, la fille qui lui a donné son corps avant qu’il ne parte en Europe…

Ce qui fait défaut à mon sens, c’est la profondeur, la précision et l’homogénéité. J’ai eu le sentiment de survoler le récit sans jamais qu’il ne m’accroche. Le contexte de la guerre n’est pas palpable. On passe trop rapidement aux souvenirs d’Afrique, qui sont une succession de petites histoires. Le récit est ainsi fragmenté, et trop court pour former un ensemble qui s’harmonise finalement.

Par ailleurs, j’ai eu du mal avec le style. Pas tout de suite, à la longue. David Diop explique dans le magazine Page n°191 qu’il a voulu retranscrire le rythme de la langue wolof. Il y a des expressions qui reviennent très régulièrement, telles que « par la vérité de Dieu » ou encore « je sais, j’ai compris », qui structurent effectivement la mélopée du récit. Mais on trouve une rythmique de répétition qui pour moi ressemble plus à un langage d’enfant qu’à une rythmique de langue. Je suis sensible à l’intention mais pas au résultat final, qui me semble léger et peu mélodieux.

C’est drôle, mais quand je replie mes doigts, quand je serre et desserre mes poings, je me trouve des mains de lutteur. Je te jure que là d’où je viens il ne me semble pas que j’avais des mains de lutteur. C’est la petite voix venant de loin qui m’a soufflé que je possédais désormais des mains de lutteur. Ca m’étonne. Il faut que je vérifie si le reste de mon corps est un corps de lutteur.

C’est le genre de roman qui me fait me demander si je vais continuer à bloguer. Car je sens bien que beaucoup vont s’extasier sur le travail de la langue, cette psalmodie lancinante qui ne m’a pas emballée. Moi j’aime les histoires, quand ça foisonne, que mon imaginaire est sollicité, qu’on me donne du rire, des larmes, des frissons, qu’on me fasse vivre des choses ! Que la forme soir belle et sublime le fond, oui ! Mais la forme pour la forme, ce n’est pas pour moi.

∞ Mon Amoureux ne l’a pas trouvé si mal, même s’il ne répond pas à ce qu’il en attendait. Ca se laisse lire. Mais il n’a rien compris à la fin, trop délirante, et ça me rasssure, j’ai perdu pied aussi.

Seuil, 2018, ISBN 978-2-02-139824-3, 175 pages, 17€

logorl2018
http://delivrer-des-livres.fr/?p=32129

7 réflexions au sujet de « « Frère d’âme » de David Diop »

  1. Et pourquoi faudrait-il que tu arrêtes de bloguer parce que tu n’aimes pas les livres généralement applaudis par les autres ? Justement, cultive ta différence, c’est là ta richesse 🙂

    1. Parce que parfois je me dis que c’est certainement que je n’y comprends rien à la littérature et que je n’ai pas ma place au sein des blogs. Mais après je me dis qu’on n’est pas obligé de me lire. Et que peut-être que je dis tout haut ce que certains pensent tout bas ^^

  2. Il ne faut pas arrêter de bloguer parce qu’on n’encense pas les mêmes livres que la majorité 🙂 Personnellement, j’ai détesté La vraie vie que quasiment tout le monde semble porter aux nues. Comme quoi, il y a des brebis égarés dans la blogosphère et c’est tant mieux 😀

    1. Ah oui, La vraie vie fait l’unanimité en ce moment. Enfin, presque du coup ^^ Et c’est bien, effectivement, qu’on ait tous des ressentis différents 🙂

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