« Vazahabe » de Denis Vierge

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Quand un dessinateur voyage, ça peut donner des carnets de voyage, mais ça peut aussi donner une histoire.

Celle-ci se passe à Madagascar. Monsieur Camier arrive de France pour chercher sa femme, malgache, qui est revenue au pays visiter sa famille mais n’est jamais revenue. Il se trouve que les deux tourtereaux ne sont pas tombés amoureux l’un de l’autre dans la minute, il s’agit plutôt d’un échange de bons procédés. Je t’offre un cadre de vie confortable en échange d’une vie maritale paisible et affectueuse. De là à penser que la belle s’est fait la malle la première occasion venue, il n’y a qu’un pas. Mais Guy connait Marie-Belle, il est sûr qu’elle ne lui aurait pas fait un coup pareil. Alors aidé d’un ancien légionnaire et d’un chauffeur du crû, il part en quête de sa douce.

Et c’est ainsi qu’on est trimballés dans un village puis dans un autre. Il court il court le furet… C’est très sympathique à suivre et de plus en plus intrigant. Mais où est donc passé Marie-Belle ? Il nous fait de la peine ce pauvre Camier, tout vieux et bedonnant, qui s’accroche à sa femme malgré ce qu’il apprend au fur et à mesure.

Cette lecture dépaysante m’a bien plu. A la fin de ma lecture j’ai trouvé le comportement des malgaches caricatural, avec tous ces profiteurs qui abusent de la peine et de la générosité de Camier. Mais finalement, avec les croquis et notes de voyage en fin d’ouvrage, je me dis que Denis Vierge a rapporté ce qu’il a vu sur place. Et puis l’honnêteté c’est bien joli mais quand on a faim, ça ne nourrit pas son homme.

Je ne suis pas trop fan des dessins mais ça ne m’a pas dérangé. J’ai été séduite par le scénario et l’immersion culturelle, notamment avec le dialecte local.

Un bémol ceci dit : c’est agaçant de s’apercevoir une fois l’histoire finie qu’il y avait un gloassaire en fin d’ouvrage pour comprendre certaines expressions et certaines scènes nécessitant une explication contextuelle. Personnellement, quand c’est fini c’est fini, je ne vais pas aller chercher à telle ou telle page davantage d’explications. Cela aurait été sympa de préciser en première page que ce glossaire existait…

Mais sinon c’était bien 😉

Editions Paquet, 2010, ISBN 978-2-88890-347-5, 128 pages

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« L’adoption T1 & T2 » de Zidrou & Arno Monin

 

Ca y est, j’ai lu mon premier Zidrou ! Enfin, à ma connaissance. Depuis le temps que j’en entends parler. Et ce diptyque, pareil, je l’ai pas mal vu sur la blogo ! Donc voilà, c’est fait, je suis contente.

Mais venons-en aux faits.

Dans le premier volet, un séisme a ravagé la ville d’Arequipa, au Pérou. Bilan : des milliers de morts. Quelques temps plus tard, Lynette et Alain, le fils de Gabriel et « mamie Rysette », rentrent du Pérou où ils ont adopté la petite Qinaya, 4 ans. Elle n’a plus de parents. Le couple n’a jamais pu avoir d’enfants et a profité de la catastrophe pour combler un vide tout en permettant à une orpheline de retrouver l’amour d’une famille.

Gabriel est au centre du récit. Ce grincheux, ancien boucher qui n’a pas vu ses enfants grandir, était contre cette adoption jusqu’à ce qu’il accepte de rompre cette froideur dont personne n’était dupe. Il a un coeur en caramel mou et s’attache énormément à la petite.

J’ai beaucoup aimé l’esprit caustique de Gabriel et ses réparties, qui m’ont fait penser aux Vieux fourneaux, car lui aussi a sa bande de copains (un trio également) et on retrouve des similitudes dans leur camaraderie. La petite Qinaya est attachante comme tout, toute mignonne, fragile et rigolote. Elle fait le bonheur de sa nouvelle famille.

Et puis il se passe un drame, un drame qui m’a donné envie de chouiner et heureusement que j’avais le deuxième tome sous la main, sinon j’aurais fait un sort à mon Toblerone.

Alors, ce deuxième tome… bien, je suis déçue. Peut-être justement parce que j’étais encore sous le coup de l’émotion et que j’aurais aimé une belle histoire pour que Zidrou me mette un pansement dessus. Et en toute franchise, il y a une belle histoire, simplement ce n’était pas celle que je voulais. Mais je ne veux pas expliciter car si je raconte, je vous gâche la surprise du drame, tellement inattendu qu’il ne faut surtout pas le savoir en avance.

Disons simplement que le deuxième tome est encore centré sur Gabriel mais qu’il part en voyage au Pérou, où il rencontre Marco, un Belge à la recherche du corps de sa fille depuis le séisme. Les deux comparses font se faire du bien à l’âme et Gabriel va comprendre où sont les vraies valeurs et qu’il faut dire aux gens qu’on aime qu’on les aime.

En définitive, j’ai énormément aimé le personnage de Gabriel, parce que j’adore les bougons (dans les fictions, je précise). J’ai été attendrie par la jolie relation qu’il tisse avec Qinaya. L’humour de Zidrou m’a enthousiasmée. Les planches d’Arno Monin m’ont enchantée. Tout cela enjolive et fait passer la pilule de cette histoire qui au final, est quand même assez triste.

Grand Angle, 2016 et 2017, 70 et 67 pages, 14,90€

 

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« Ubac » de Elisa Vix

ubac.jpgMoi qui adore les récits glaçants, angoissants, voire même malsains, j’ai été servie avec ce court roman très efficace.

Prenez un couple. Ils sont jeunes, heureux parents d’une adorable petite fille de six mois. Ils vivent dans un village de montagne. Possèdent un bowling qui marche plutôt pas mal. Sont sans attache puisqu’ils n’ont pas de famille autre que celle qu’ils forment aujourd’hui.

Maintenant, prenez une soeur jumelle. Celle du mari, dont il n’a jamais parlé à sa femme. Une soeur qui débarque tout droit de New York où elle a passé 4 ans. Une soeur magnifique, froide, mutique, qui adore son frère et ne manque pas une occasion de le coller. Une soeur qui manifestement, n’aime pas partager.

Vous voyez où je veux en venir ? La soeur ne va pas seulement essayer de se mettre entre les deux époux, on comprend rapidement qu’elle va essayer d’éliminer les données gênantes. Et tous les moyens sont bons !

Je frémis encore en repensant à certaines scènes, la tension à son maximum. Il n’y a rien de manifeste, tout est dans les sous-entendus et le suggéré. On ne sait pas avec certitude ce que cette Nadia a fait ou pas, mais on suppose fortement. C’est vraiment machiavélique et moi je suis très très bonne cliente. J’ai dévoré ce roman, court certes, mais particulièrement intense et visuel. Je me suis régalée !

France Loisirs, 2017, 180 pages, 13,99€

« Nos années sauvages » de Karen Joy Fowler

9782258118430.jpgRosemary est étudiante. Elle vit en colocation avec Todd et se prend d’affection pour une jeune fille au caractère libre et survolté, Harlow. Mais ce n’est pas ce qui est au centre de ce roman. Non, ce qui compte, c’est AVANT.

Avant, quand Rosemary habitait dans une grande maison, chez ses parents. Quand elle vivait avec son frère, Lowell. Et sa soeur, Fern. Quand ils étaient tous heureux et formaient une famille soudée.

Le récit suit le flux de conscience, si bien qu’on passe du présent au passé lointain, puis moins lointain que ça. Ce n’est pas toujours évident à suivre, mais on arrive à reconstituer une trame. Il y a eu un moment où Fern a disparu, et où Lowell a disparu aussi sans donner de nouvelles à personne. Si on comprend bien que Lowell a fait ce choix, on a du mal à entrevoir pourquoi Fern n’est plus là. Est-elle morte ? Est-elle partie aussi ? Grand mystère jusqu’à la page 100 et des poussières, où on apprend qui était Fern en réalité. Et là, je vais spoiler parce que c’est ce qui a fait perdre son intérêt à ce roman, de mon point de vue.

SPOILER 

Fern est en réalité un chimpanzé, adopté par la famille trois semaines après la naissance de Rosemary. Elles ont été élevées comme des soeurs, même si elles ne recevaient pas tout à fait la même éducation. Leur père étant un scientifique faisant des recherches grâce aux animaux, il avait une vision sentimentale mais aussi expérimentale des choses. Mais gérer Fern devenait compliqué et ils l’ont placée, sans jamais rien en dire à Rosemary. Lowell n’a jamais accepté la décision de ses parents et a saboté des centres de recherche, c’est pourquoi il se cache, il est recherché.

FIN DU SPOILER

Je n’ai donc pas accroché à cette histoire. Non pas qu’elle soit dépourvue d’intérêt, mais moi personnellement ça ne m’a pas touchée, ni enthousiasmée. Ce que j’ai aimé en revanche, c’est le style. Rosemary m’a fait penser à Forrest Gump sur son banc. Elle raconte le passé en voix-off et parfois on la voit réapparaître, apportant ses commentaires et remarques comme en aparté. J’ai aussi apprécié les notions de psychologie et de zoologie abordées, qui sont intéressantes en soi et permettent de mieux comprendre l’histoire. Il y a une certaine érudition qui n’est pas pour me déplaire.

Mais globalement, je me suis ennuyée et j’ai lu en diagonale les 30 dernières pages.

France Loisirs, 2016, 978-2-298-12454-5, 396 pages, 18,90€

« Rendez-vous à Phoenix » de Tony Sandoval

513DbGIVlGL.jpgEncore une BD repérée grâce à notre rendez-vous du mercredi et qui par chance se trouvait à la médiathèque. Comme d’habitude, je n’ai pas noté chez qui je l’ai vu, mais tu te reconnaîtras sans doute 😉

Cet album est l’histoire vraie de Tony Sandoval, un Mexicain qui rêve de retrouver son amoureuse, une américaine de Portland. Il a pour but de vivre de son crayon (il est dessinateur) et de faire carrière aux USA. Mais les places sont très chères pour entrer dans le pays, le consulat l’invite à reformuler sa demande dans un an. Un an ? Loin de Suzanne, enfermé dans son village ? Inenvisageable.

Alors il tente le tout pour le tout, comme des milliers d’autres. Il va entrer clandestinement aux Etats-Unis et donner rdv à Suzanne à Phoenix.

Et c’est son histoire qu’il nous raconte, sans fausse pudeur (les baskets qui puent à des kilomètres), sans hypocrisie (il était mort de trouille), sans dramatiser (bon, on s’est fait choper, retour à la case départ et on recommence).

C’est une expérience effrayante, humiliante et décourageante, quand justement la police les reconduit à la frontière, quand le passeur les plante parce qu’il se rend compte que c’est foutu, quand ils traversent des zones où des voyous en profitent pour détrousser les clandestins du peu qu’ils ont.

Et c’est aussi dans l’absence de dramaturgie qu’on perçoit qu’il s’agit d’une expérience authentique. Pas besoin d’en faire des caisses, la situation est déjà suffisamment « romanesque ».

J’ai tout aimé : l’histoire, le ton, les dessins, comprendre comment ça se passe réellement quand on veut passer la frontière clandestinement. Je ne regrette vraiment pas ma lecture 🙂

Editions Paquet, 2016, ISBN 978-2-88890-768-8, 79 pages, 18€

 

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