« Petit pays » de Gaël Faye

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Prix Goncourt des Lycéens l’an passé, j’ai mis du temps à le lire malgré le sujet qui m’intéressait beaucoup. Gaël Faye est né au Burundi en 1982, d’une mère rwandaise et d’un père français. Je précise cela car c’est aussi le cas du personnage principal du roman, Gabriel, un jeune garçon qui vit au Burundi et dont on sait dès le départ qu’il sera amené à vivre en France plus tard. Comme l’auteur.

Pour info :

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Petit pays commence comme un roman d’évasion. On est propulsés loin, dans un pays où il fait chaud, où des gamins jouent ensemble dans l’impasse dans laquelle ils vivent. Ils se retrouvent pour refaire leur monde dans une voiture abandonnée. Ca sent bon l’exotisme et la douceur de vivre. Sauf que : entre les parents il y a de l’eau dans le gaz. Ce qui n’est déjà pas terrible mais surmontable.

Le vrai gros souci, c’est quand la politique nauséabonde vient s’immiscer dans la vie des gens. On voit les choses du point de vue du garçon, qui comprend à son niveau car les adultes tentent de tenir les enfants à l’écart. Pourtant, les relents de guerre civile sont bien là, Gabriel les perçoit. Puis au Rwanda, c’est véritablement l’épuration. Les Hutus massacrent les Tutsis. La famille rwandaise de Gabriel, sa tante, ses cousins, sont menacés et personne ne peut rien pour eux. Un coup d’état au Burundi sème la panique, les militaires tuent pour un oui ou pour un non. Les guerres civiles engendrent une folie meurtrière qui n’a pas vraiment de cible.

On passe donc de l’enfance insouciante à la tragédie de la guerre. Des adultes qui se massacrent pour une question d’ethnie. On assiste au conflit à travers les yeux d’un enfant, qui voit ses illusions balayées d’un revers de main. C’était un gamin comme un autre. Maintenant c’est un étranger, fils de rwandaise, tutsi, fils de français. Il voit des cadavres, y compris de gens qu’il connaissait. Même ses amis semblent gagnés par cette folie.

J’ai trouvé rémarquable le passage entre ces deux situations, qui arrive sournoisement et en même temps comme un coup de poing. La vie était douce et innocente, maintenant elle est sang, larmes et peur. C’est horrible de savoir que ce n’est pas juste un roman et que pas un jour ne passe sans que quelqu’un ne vive cela. L’être humain est une bête étrange.

En conclusion, Gaël Faye parvient avec un récit court à retranscrire ce qu’il a vécu, retrançant les grandes lignes des faits (coup d’état, épuration), en mettant l’accent sur l’enfance bafouée, l’incompréhension, la perte de son identité. C’est un roman qu’on mettra facilement entre les mains d’un jeune public, comme les lycéens, pour leur faire comprendre une réalité historique qui trouve encore un écho dans les informations aujourd’hui.

France Loisirs, 2017, 224 pages, 13,50€

 

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Une réflexion au sujet de « « Petit pays » de Gaël Faye »

  1. J’avais beaucoup aimé ce roman. Il manquait un petit quelque chose pour en faire un coup de coeur, mais c’est un beau texte qu’il est bon de lire en effet.

A vous les micros !

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