« Axolot – Volume 1 » de Patrick Baud

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Pour Noël dernier, mon frère nous a offert les deux premiers volumes d’Axolot. C’est en parcourant ma bédéthèque que je me suis aperçue que je n’avais pas encore chroniqué le premier ni lu le deuxième. J’ai relu avec plaisir le volume 1, un condensé d’histoires extraordinaires authentiques. Et plus précisément, je cite Patrick Baud :

Au départ, c’est un blog sur lequel vous trouverez des curiosités, des merveilles, des histoires étranges (mais toujours vraies), et d’une façon générale un contenu pensé pour susciter l’étonnement.

Patrick Baud a fait appel à plusieurs dessinateurs pour illustrer ces faits divers, dont certains font froid dans le dos. Je pense par exemple à ce scientifique russe qui au milieu du XXè siècle s’est livré à des expériences monstrueuses : greffer un chien sur le cou d’un berger allemand, une tête de singe sur le corps d’un autre singe. Il voulait pousser cette expérience sur l’être humain mais l’opinion publique l’en a empêché.

Il y a aussi des histoires plus légères, tout aussi déroutantes. Comme ce fermier américain qui a coupé la tête d’un poulet pour en faire le repas familial. Mais le poulet ne voulait pas mourir. Il est resté 18 mois sans tête, à être alimenté avec une pipette.
Plusieurs histoires sont ainsi mises en scène par des illustrateurs, parmi lesquels Marion Montaigne, Libon, Erwann Surcouf

On retrouve également au fil de la lecture deux rubriques intitulées Cabinet de curiosités et bestiaire extraordonaire que je trouve extras. En quelques lignes, on apprend une curiosité de la nature ou un fait divers particulièrement remarquable. Par exemple, il existe une grenouille poilue qui pour se défendre brise ses pattes pour en faire des griffes rétractiles façon Wolverine. Il y a une baleine qui chante à une fréquence inédite dans son espèce, si bien qu’elle ne communique avec une autre baleine. Au Pôle sud, l’endroit le plus isolé du monde est un désert de glace dans lequel on ne trouve rien. Sauf un buste de Lénine.
Et il y a plein d’autres brèves infos du même acabit, très étonnantes.

Pour finir, on retrouve aussi des mises en situation pour comprendre des expériences scientifiques qui démontrent comment « notre esprit nous manipule ». On y parle des « corrélations illusoires » ou de « la paréidolie ». Je vous rassure, derrière ces mots barbares se cachent des notions très faciles à comprendre et intelligement expliquées, avec l’humour très efficace d’Adrien Ménielle.

J’ai hâte de lire le volume 2 et de découvrir les suivants (le quatrième vient de sortir). On apprend plein de choses sans effort, c’est passionnant et drôle, diversifié grâce aux différents contributeurs. Une série vraiment originale et épatante.

Delcourt, 2014, ISBN 978-2-7560-5075-1, 124 pages, 19,99€

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« Petit pays » de Gaël Faye

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Prix Goncourt des Lycéens l’an passé, j’ai mis du temps à le lire malgré le sujet qui m’intéressait beaucoup. Gaël Faye est né au Burundi en 1982, d’une mère rwandaise et d’un père français. Je précise cela car c’est aussi le cas du personnage principal du roman, Gabriel, un jeune garçon qui vit au Burundi et dont on sait dès le départ qu’il sera amené à vivre en France plus tard. Comme l’auteur.

Pour info :

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Petit pays commence comme un roman d’évasion. On est propulsés loin, dans un pays où il fait chaud, où des gamins jouent ensemble dans l’impasse dans laquelle ils vivent. Ils se retrouvent pour refaire leur monde dans une voiture abandonnée. Ca sent bon l’exotisme et la douceur de vivre. Sauf que : entre les parents il y a de l’eau dans le gaz. Ce qui n’est déjà pas terrible mais surmontable.

Le vrai gros souci, c’est quand la politique nauséabonde vient s’immiscer dans la vie des gens. On voit les choses du point de vue du garçon, qui comprend à son niveau car les adultes tentent de tenir les enfants à l’écart. Pourtant, les relents de guerre civile sont bien là, Gabriel les perçoit. Puis au Rwanda, c’est véritablement l’épuration. Les Hutus massacrent les Tutsis. La famille rwandaise de Gabriel, sa tante, ses cousins, sont menacés et personne ne peut rien pour eux. Un coup d’état au Burundi sème la panique, les militaires tuent pour un oui ou pour un non. Les guerres civiles engendrent une folie meurtrière qui n’a pas vraiment de cible.

On passe donc de l’enfance insouciante à la tragédie de la guerre. Des adultes qui se massacrent pour une question d’ethnie. On assiste au conflit à travers les yeux d’un enfant, qui voit ses illusions balayées d’un revers de main. C’était un gamin comme un autre. Maintenant c’est un étranger, fils de rwandaise, tutsi, fils de français. Il voit des cadavres, y compris de gens qu’il connaissait. Même ses amis semblent gagnés par cette folie.

J’ai trouvé rémarquable le passage entre ces deux situations, qui arrive sournoisement et en même temps comme un coup de poing. La vie était douce et innocente, maintenant elle est sang, larmes et peur. C’est horrible de savoir que ce n’est pas juste un roman et que pas un jour ne passe sans que quelqu’un ne vive cela. L’être humain est une bête étrange.

En conclusion, Gaël Faye parvient avec un récit court à retranscrire ce qu’il a vécu, retrançant les grandes lignes des faits (coup d’état, épuration), en mettant l’accent sur l’enfance bafouée, l’incompréhension, la perte de son identité. C’est un roman qu’on mettra facilement entre les mains d’un jeune public, comme les lycéens, pour leur faire comprendre une réalité historique qui trouve encore un écho dans les informations aujourd’hui.

France Loisirs, 2017, 224 pages, 13,50€

 

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

– Qu’est-ce qu’on va voir au ciné ? Au revoir là haut ou Detroit ?
– J’ai bien envie de voir Au revoir là haut mais je pense que je préférerais lire le roman avant…

Et comme mon Amoureux fait bien les choses, il m’a offert le roman ET la bande dessinée ❤

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joli-coeurL’histoire commence à quelques jours de la fin de la guerre de 1918. Nous sommes début novembre, la rumeur enfle comme quoi l’armistice va bientôt être signé, les soldats attendent chacun dans leur camp qu’on en finisse une bonne fois pour toutes. Mais à la guerre, il y a toujours les bons petits capitaines qui veulent en découdre et rumeur d’armistice ou pas, on est là pour sa battre, pas pour jouer aux cartes. Alors le lieutenant Pradelle, qu’entre nous j’ai bien envie d’appeler petit-con Pradelle, se débrouille pour que ses soldats qui après 4 ans de guerre sont encore vivants risquent encore leur vie un jour de plus. Et c’est comme ça qu’Albert se retrouve enseveli à cause d’un éclat d’obus, et qu’Edouard voulant lui porter secours perd la moitié de sa mâchoire. Merci  Pradelle !

Albert ne connaissait pas vraiment Edouard, mais celui-ci lui ayant sauvé la vie, il se sent responsable de lui. Il veille sur lui à l’hôpital militaire, qui ne peut pas l’aider plus, faute de compétences. Et quand l’ordre de transfert tarde à venir, Albert parvient à le faire sortir plus vite en changeant son identité. Mais désormais, Edouard Péricourt n’existe plus. Il devra se faire appeler Eugène Larivière.

Les deux amis se retrouvent à Paris, sans le sou. Albert travaille comme il peut et Edouard reste à la maison, caché, drogué à la morphine à laquelle il est devenu accro durant son séjour  l’hôpital. Mais il va retrouver goût à la vie grâce à la petite voisine (une fillette, rien de salace) et trouver une idée géniale pour que lui et Albert n’aient plus de problème d’argent. Une arnaque d’envergure nationale, complètement amorale et odieuse, à laquelle Albert va avoir beaucoup de mal à souscrire.

Pendant ce temps, chez les Péricourt, la famille d’Edouard, il s’en passe de belles. Mais je n’ai pas envie de vous raconter. Pas plus que je n’ai envie de vous dire comment on retrouve Pradelle, parce que là c’est « la cerise sur le pompon » (je cite de la télé-réalité pour parler d’un prix Goncourt, même pas honte).

Pour tout vous dire, en commençant ma lecture, je n’ai pas lu la quatrième de couverture. Je me souvenais vaguement qu’il s’agissait d’une histoire de trafic de cadavres pendant la première guerre mondiale. J’ai envie de vous laisser découvrir l’épaisseur de cette histoire sans vous en dévoiler les différentes couches. C’est tellement bon d’avancer et d’aller de surprise en surprise.

Car ce roman n’est pas juste un roman. C’est un monde à part, dans lequel on entre, on s’englue, on n’a pas envie de sortir tant c’est passionnant, riche, surprenant, documenté, vivant, palpable. J’ai une telle pile de livres qui m’attend que je suis souvent pressée de terminer un roman pour mieux passer à l’autre, mais Au revoir là haut, je ne voulais pas en sortir. Et moi qui oublie vite mes lectures, pour celle-ci je me souviens de tout. Je peux vous raconter par le menu tout ce qui se passe pendant ces 600 pages merveilleuses.

Et puis le ton de Pierre Lemaitre, quel régal ! C’est cynique, sarcastique, avec un discours indirect libre qui permet la familiarité tout en maintenant une écriture soutenue. Il y a une richesse de vocabulaire épatante, une palette d’émotions gigantesque.

Vraiment, si vous ne l’avez pas encore lu, foncez !

Prix Goncourt 2013 (mérité)

Le Livre de Poche, 2017, ISBN 978-2-253-19461-3, 620 pages, 8,60€

 

« Le livre d’Hector – Les carnets de Cerise T2 » de Joris Chamblain & Aurélie Neyret

b9d9a0a395de28a64ecee5c528eecc39.jpgjoli-coeurLes carnets de Cerise, on connait donc je ne vais pas faire long. J’ai déjà lu les tomes 1 & 3, je me réservais le 2 et le 4 pour un temps de lecture doux et tranquille ininterrompu. Parce que quand je retrouve Cerise, je suis dans ma bulle et je ne veux pas en sortir avant la dernière page.

Nous retrouvons la petite fille énergique et curieuse, toujours en quête d’un nouveau mystère à résoudre. C’est le mois de juillet et ses deux meilleures amies, Line et Erica, sont parties en vacances. Cerise s’ennuie d’elles mais s’occupe en observant les gens. A leur retour, elle a trouvé une énigme. Une vieille dame sort toujours le même jour à la même heure, un livre à la main, l’ai triste. Et elle prend toujours le même bus. Où va-t-elle ? Les trois amies se rendent compte qu’elle se rend chaque semaine à la bibliothèque et emprunte toujours le même livre. Pourquoi ? Ha ha, je ne vous le dirai pas ^^

C’est encore une histoire très touchante. La vieille dame cache un secret émouvant qu’on aura beaucoup de plaisir à découvrir. Cerise n’est pas seulement curieuse, elle aide les gens à ne plus être malheureux. Sauf avec ses copines, surtout Erica, qui est très fâchée que Cerise s’intéresse plus à ses mystères qu’à ses propres amies. Mais leur amitié est telle qu’elle résiste aux mini-tornades qui se mettent sur leur route.

Dois-je encore parler de la beauté des dessins d’Aurélie Neyret ?

Bref, encore un pur moment de bonheur. Ma chance : le 4è tome m’attend dans ma PAL. Et comme j’ai pu le voir avec les copains du mercredi, le 5è est en librairie ❤

Soleil, 2013, ISBN 978-2302030954, 80 pages, 15,95€

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« La route de Redemption – T1 Solomon Creed » de Simon Toyne

41oaKKgT5QLLe roman s’ouvre avec un homme pieds nus, qui marche sur une route sans savoir pourquoi. Il ne sait pas qui il est, ni ce qu’il fait là. Mais il sent qu’il fuit quelque chose qui se trouve derrière lui. Et lorsqu’il voit la fumée et les flammes, il sait qu’il fuit un brasier mais toujours sans comprendre de quoi il s’agit. Il a la peau très pâle, les cheveux ternes. Le contenu de ses poches lui donne un nom : Solomon Creed.

Solomon Creed arrive dans une ville perdue dans le désert. Elle subsiste grâce au dévouement et aussi aux manigances de ceux qui la dirigent : le maire et le chef de la police. On vient juste d’enterrer le jeune James Coronado qui faisait partie du conseil municipal. James Coronado… justement le seul nom qui se rappelle à la mémoire de Solomon. Il sait qu’il doit le sauver.

C’est donc une affaire bien mystérieuse qui commence. Un albinos qui débarque de nulle part et qu’il sait seulement qu’il doit sauver un mort. Une ville qui vit presque en autarcie avec à sa tête deux individus qu’on devine vite peu scrupuleux. Et à cela vient s’ajouter un ex-flic contraint d’obéir à un trafiquant mexicain sous peine de voir son père mourir. Le trafiquant ayant perdu son fils dans l’avion qui s’est crashé aux portes de la ville et qui est la cause du fameux brasier que fuyait Solomon Creed.

Visiblement, tout est lié. Mais comment ? Telle est la ficelle que nous allons tirer tout au long de ce roman, avec pour nous accompagner les mémoires de Jack Cassidy, aïeul de l’actuel maire, qui a fondé la ville et y conservait un trésor encore jamais trouvé.

Ce premier volet de la série Solomon Creed est très réussi. Tout d’abord pour le personnage éponyme, captivant et attachant. Il possède des connaissances pointues sur plein de sujets mais ne sait rien de lui. Il aide d’emblée la veuve de James Coronado à essayer de comprendre comment et pourquoi son mari est mort, car lui doute qu’il s’agisse d’une simple sortie de route. Cette quête va nous permettre de mieux comprendre comment fonctionne la ville, comment elle est née et comment elle peut perdurer au milieu du désert. C’est aussi cette ambiance de huis clos qui est intéressante. On rencontre très peu d’habitants au final, tout semble reposer sur les mêmes personnages et chacun semble détenir un secret. Est-ce un même secret qui les lie tous ou chacun a-t-il quelque chose à dissimuler ? Mystère, et c’est ce qui rend l’atmosphère si tendue et oppressante. Quant à la partie avec l’ex-policier entre les mains du trafiquant, on se demande ce qu’elle vient faire dans cette histoire jusqu’à ce que tout prenne sens et que l’intrigue s’en trouve encore enrichie.

Le rythme, sans être lent, n’est pas celui du page-turner. Simon Toyne prend le temps de poser le décor, les personnages et l’ambiance. On prend le pouls de la ville petit à petit. Un pouls qui s’accélère malgré l’apparente nonchalance des lieux.

Tout cela donne envie de poursuivre l’aventure avec Solomon Creed, qui malgré les révélations finales reste encore un personnage bien mystérieux..

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Presses de la Cité, 2017, ISBN 978-2-258-13690-8, 496 pages, 22.50€