« L’affaire Léon Sadorski » de Romain Slocombe

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51jFroyZh1L._SX195_joli-coeurUn nouveau roman reçu dans le cadre de la sélection du Prix Meilleur Polar Points ! Et là, attention, c’est du top niveau. Attachez votre ceinture, c’est parti pour une descente aux enfers dans le milieu de la police parisienne en 1942, sous l’Occupation.

Léon Sadorski est un fonctionnaire qui travaille pour la brigade anti-juive. Un service français. Etroitement contrôlé par les Bosch. Comme le dit Romain Slocombe dans l’extrait de l’interview que je vous mets plus bas, Sadorski est un salaud. Il prend plaisir à reconnaître les juifs, à les arrêter, les envoyer à Drancy, et pour épicer la chose il lui arrive de rajouter « communiste » sur la fiche, histoire de bien le mettre dans la mouise.

Alors qu’il a rendez-vous un matin avec un gradé allemand, il pressent qu’il ne va pas passer une bonne journée. Sans que le fait ne soit jamais énoncé à voix haute, il est arrêté. Envoyé à Berlin, soi-disant comme témoin, mis en cellule et soumis à un régime très sévère, il attend qu’on décide de son sort. Jusqu’au jour où il est renvoyé à Paris avec une mission.

Croyez-vous que son traitement à Berlin va remettre en cause ce qu’il fait subir aux juifs ? Pas du tout, au contraire. Salaud un jour, salaud toujours. Il fera pourtant preuve d’audace en décidant d’enquêter sur le meurtre d’une très jeune fille dont il avait entendu parler pour ses moeurs libres. Les Allemands ont saisi l’affaire de suite, montrant ainsi qu’ils ne voulaient pas que les Français y mettent leur nez. Cela suscite la curiosité de notre cher Sadorski.

Ce n’est pas tant cette enquête qui est intéressante, c’est l’immersion TOTALE dans cette période dramatique et effrayante, presque incroyable. Comment la haine des autres peut aller aussi loin ? Je reconnais que c’est totalement manichéen et naïf de ma part mais je ne vis pas du tout de la même façon cette lecture et celle des Bienveillantes de Jonathan Littell, un gros pavé au cours duquel un SS nous raconte par le menu comment il vit son métier, à savoir sans aucun problème de conscience, au contraire. Lire ça du côté allemand me révolte, mais comme les Bosch sont les méchants stupides qui ont suivi un leader mégalo, ça ne m’indispose pas plus que ça. Alors que les Français sont censés être le peuple vaincu, qui ne partage pas ces valeurs immondes, et soutient tout haut l’occupant en pensant tout bas le contraire…  Donc oui, de lire que des salauds comme Sadorski ont existé, ça m’a retourné le ventre pendant ma lecture. Je sais bien qu’il y en a eu plein, je ne suis pas tombée de la dernière pluie non plus. Mais le lire aussi crûment pendant 450 pages, c’est éprouvant.

Le roman est par ailleurs truffé de détails, de noms, de services, qui nous montrent à quel point Romain Slocombe a étudié la période pour parvenir à un résultat crédible. Il suffit de lire la bibliographie qui lui a servi pour ses recherches, c’est un travail de longue haleine.

Je ressors de cette lecture poisseuse de haine, de cruauté et de lâcheté, mais tellement enthousiasmée d’avoir pu vivre par procuration cette période de l’histoire de France et d’avoir pu lire une histoire aussi riche. Je félicite Romain Slocombe pour son aplomb parce qu’il faut du courage pour écrire certaines scènes et pour savoir mettre dans la tête de Sadorski et dans sa bouche des pensées aussi nauséabondes.

L’affaire Léon Sadorski est un énorme coup de coeur, terriblement dur mais j’ai adoré. Et je lirai indubitablement les autres romans de la série.

Points, 2017, ISBN 978-2-7578-6582-8, 476 pages, 8,50€

 

4 réflexions au sujet de « « L’affaire Léon Sadorski » de Romain Slocombe »

  1. Bonjour,
    J’aime beaucoup Romain Slocombe et ce (son) livre est en haut de ma PAL ( je l’ai acheté il y a moins de 1 mois) donc votre post m’incite à le lire en toute urgence.
    J’en profite : merci pour votre note sur le dernier Qiu Xiaolong : je ne l’ai pas encore lu mais ne restez pas sur une « médiocre » impression. C’est, à mes yeux, un auteur « Majeur » de Polar. Essayez  » Mort d’une héroïne rouge » (son premier roman) et les autres qui suivent. Mais vous aurez le droit de ne pas « d’accrocher » et d’être déçue (si c’est le cas, j’essaierai de le défendre modestement )

A vous les micros !

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