« Avenue des Géants » de Marc Dugain

liv-4014-avenue-des-geantsC’est un roman qui trainait dans ma PAL et que Bruno (lecteur sans blog) m’a proposé en lecture commune. Vous trouverez sa chronique juste après mon billet.

Avenue des Géants, c’est un retour sur l’histoire dingue, celle d’Edmund Kemper, un tueur en série qui a sévi aux Etats-Unis dans les années 70. Dans le roman, le personnage se nomme Al Kenner. Marc Dugain s’est inspiré de la vie de Kemper pour l’adapter à sa sauce. Une sauce qui, si j’en crois ce que j’ai lu, contient malgré tout les mêmes ingrédients que l’originale.

Al Kenner est un ado hors norme, mesurant près de 2,20 mètres. Sa mère a des problèmes psychologiques, elle le fait dormir dans la cave, le rabaisse en permanence. Elle l’envoie vivre à la campagne chez ses grands-parents. Kenner est très intelligent. Il sait que la noirceur qui est en lui ne devrait pas y être, et il lutte tous les jours pour se maîtriser et chasser ses pulsions. Mais un jour, il tire une balle dans le dos de sa grand-mère qui le maltraite et tue son grand-père dans la foulée. Mais le grand-père, ce n’était pas voulu. C’était pour qu’il ne souffre pas en apprenant le décès de sa femme. Lorsqu’il se rend à la police, Al est très clair là-dessus. Sa grand-mère lui pourrissait la vie : c’était soit elle, soit lui. Sachant que sa vie était derrière elle alors que celle d’Al n’en était qu’au début, il a jugé qu’il valait mieux que ce soit elle qui y passe. Ca se tient, après tout.

Et voilà comment Al démarre dans la vie, à 15 ans. En tuant ses grands-parents.

Le reste de l’histoire, vous l’apprendrez en lisant le roman (ou Wikipedia) (mais le roman vaut le coup qu’on le préfère à Wikipedia).

Ce qui est fascinant dans cette histoire, c’est la personnalité d’Al Kenner. C’est un vrai personnage de roman. Quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête, c’est évident, mais en même temps il trouve à chaque fois des justifications qui font sens. Et avec la famille qu’il a, ça lui donne un paquet de circonstances atténuantes (même si ce n’est pas une raison suffisante pour tuer des gens, on est d’accord). Il me fait un peu penser à Hannibal Lekter, le gars très futé qui a conscience qu’il incarne le mal. Mais en gentil.

Parce qu’au fond, Al Kenner c’est un bon gars. C’est juste qu’il n’a pas eu de chance et qu’il est schizophrène, et ça on ne choisit pas. Il a des problèmes d’ordre sexuel, et semble se venger comme il peut sur ses victimes, qu’il choisit selon des critères bien particuliers.

Je ne sais pas si cette partie de l’histoire a un fond de vérité, mais j’ai beaucoup aimé la relation qu’il tisse avec un policier. Un policier qui va le considérer comme son fils, en fait. Et forcément, comme tout finit par se savoir, leur amitié ne se terminera pas très bien.

Donc si ce roman est dans votre LAL ou dans votre PAL, foncez tête baissée. Il est génial.

≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈

L’avis de Bruno

Marc Dugain est un auteur que j’ai découvert assez tardivement.

Par le biais du cinéma : quand son 1er roman fut adapté au cinéma par François Dupeyron .

Depuis, sans être un incontionnel de M.D (c’est à dire que je ne me précipite pas chez mon libraire à la sortie de chaque nouveau roman), j’aime bien me plonger avec un peu de retard dans ses récits souvent en prise avec la réalité comme « Une exécution ordinaire » ou « La malédiction d’Edgar ».

Cet hiver, en pleine campagne électorale, j’ai commencé sa trilogie de politique-fiction ( j’ai lu les 2 premiers).

Quand nous avons convenu d’une L.C de « Avenue des Géants » avec « Le Jardin de Natiora », ce fut l’occasion de lire ce livre.

Là encore, M.D choisit de retracer, d’une manière romancée, la vie d’une personne réelle, même si moins connue que, par exemple, Edgar Hoover. C’est la vie de Ed Kemper, un tueur en série américain ayant sévi à la fin des sixties, toujours incarcéré aujourd’hui, que Marc Dugain appelera Al Kenner.

Petite précision : Stéphane Bourgoin, spécialiste des Sérials Killers, lui a consacré plusieurs livres et même un documentaire dont M.D s’est largement inspiré (M.D le cite dans sa postface). Et comme j’avais dans ma bibliothèque « Le livre noir des Sérials Killers », j’ai relu, après avoir terminé le roman de M.D, le portrait de ce Ed Kemper par S.B.

Pour résumer, on suit le cheminement depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui de ce Al Kenner (alias Edmund Kemper) et M.D essaie de comprendre pourquoi et comment (en le faisant parler à la 1ère personne sous forme de confession) il en est arrivé à un (à des!) passage à l’acte.

Tout est abordé : sa petite enfance (dure, traumatisante), son physique (2m20), son Q.I (supérieur à celui d’Einstein), ses relations avec les autres enfants, avec les filles à l’adolescence, son 1er coup de folie (et pas des moindres), son internement en hôpital psychiatrique, sa guérison (??), sa remise en liberté, la description de l’époque (le Summer of Love de 1967, les hippies, la guerre du Viet-Nâm …), sa relation avec son père adulé mais qui ne trouve que la fuite comme solution.

Et sans oublier le portrait sans concession de sa mère (la responsable de ses actes ?) : autoritaire, méprisante, n’ayant jamais accepté la naissance de ce fils, alcoolique, violente. Al qui d’un côté la rejette et de l’autre la recherche ( « parle-moi, m’man, parle-moi, je te demande juste de me parler » revient à plusieurs reprises dans le roman).

Ce n’est pas pour rien que les plus belles pages du livre -celles qui m’ont fait vibrer- sont celles où intervient la mère. Je ne citerai que les commentaires de Al sur le contenu de l’unique lettre écrite par sa mère à l’hôpital psychiatrique ( p 155 et suivantes); la conversation/règlement de compte entre Al et sa mère (p 255) ; l’alcoolisme de sa mère décrit magistralement (p 263/264) ; la description des derniers instants de vie de sa mère (p 401 à 404) …. Sans oublier les derniers chapitres (la confession de Al au policier qui a failli être son beau-père) qui explicitent en quelques pages d’une écriture fiévreuse et froide en même temps tous les non-dits (mais on se doutait bien un peu, non ?) : une claque!

Mais, car il y a un mais…

Oui, c’est un roman et, même si un auteur a le droit d’extrapoler ou de ré-inventer, la limite entre les faits réels vécus par le véritable Ed Kemper et l’imagination de M.D est floue . Certes tous les noms de personnes ont été changés (ce qui peut se comprendre) mais de nombreux lieux de la vie de Al, dans le roman, sont aisément identifiables : l’hôpital, Santa Cruz, la description du campus, le «Jury Room » bar fréquenté par la police et par Al, la ferme des grands-parents etc, etc …

Tout comme de nombreux épisodes de la vie de Al décrits par M.D ont bien été vécus par le véritable Ed : travail à la lingerie de l’hôpital, son intérêt pour l’étude de la psychiatrie au point d’aider les psys à faire passer les tests aux nouveaux arrivants, son goût pour la moto, ses accidents, son obsession pour entrer dans la police ou pour s’engager au Viet-nâm … mais pourquoi, M.D a-t’il changé la date de l’assassinat des grands-parents? pourquoi lui invente t’il une liaison avec la fille du policier ? Pourquoi avoir changé le lieu de l’arrestation de Al ? Pour ne citer que ces 3 exemples dans le roman.

Peut-être pour mieux apprécier ce roman de Marc Dugain, je n’aurais pas dû lire, dans la foulée, le portrait du vrai Ed Kemper par Stéphane Bourgoin basé sur des documents officiels, des comptes-rendus de procès, des rapports de police, de psychiatres ou, même, d’interwiews de E.K.

L’écriture de Marc Dugain n’en reste pas moins agréable à lire et, pour terminer sur une note positive, il en profite pour nous emmener faire une promenade dans une période des Etats-Unis où tout bascule : non-conformisme,musique, drogues, anti-militarisme, retour à la nature, grands espaces …

Folio, 2013, ISBN 978-2-07-045353-5, 421 pages

Publicités

« Prométhée et la boîte de Pandore » de Luc Ferry, Clotilde Bruneau, Giuseppe Baiguera, Simon Champelovier & Fred Vignaux

9782344001646-L.jpgGlénat a sorti l’an passé une série consacrée aux grandes histoires de la mythologie grecque, chapeautée par Luc Ferry. Je vous présente aujourd’hui l’album consacré à Prométhée.

L’histoire débute avec les Dieux, qui s’ennuient. Pour se divertir, Zeus a une idée : créer la vie. Peupler la Terre qu’ils contemplent des cieux avec de nouvelles espèces, inoffensives. Il confie cette tâche à Prométhée, qui va se faire aider de son frère Epiméthée. Epiméthée se lance à corps perdu dans le modelage d’animaux, en créant un équilibre entre prédateurs et proies, pour que chacun ait une corde à son arc. Lorsque Prométhée sort de ses réflexions pour aller voir ce qu’a fait Prométhée, c’est surpris qu’il admire l’oeuvre de son frère (à l’intelligence limitée généralement) et furieux qu’il se rend compte qu’il n’a rien laissé pour les humains, qui se retrouvent nus, sans défense, sans talent particulier. Et c’est là que Prométhée va commettre l’irréparable, ce qui lui vaudra un châtiment terrible.

Voilà en gros (très gros) l’histoire, pour vous rappeler qui était Prométhée sans tout vous dire non plus. Le mythe est connu mais personnellement, je ne me souvenais pas du tout de son rôle dans la création de l’homme. Seulement de la punition. C’était donc très plaisant de redécouvrir ce pan de la mythologie grecque, qui est lié à la boîte de Pandore et à Hercule, comme vous le (re)découvrirez dans cet album.

Les dessins sont très beaux, soignés, avec une palette de couleurs très large et tout en nuances.

C’est une série que je recommande pour petits et grands, pour apprendre ou se rappeler. Un court dossier pédagogique vient apporter davantage de précisions en fin d’ouvrage.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Glénat, 2016, ISBN 978-2344001646, 56 pages, 14,50€

bd_de_la_semaine_pti_black

Et cette semaine, ça se passe chez Stephie !

BD à paraître… et j’ai hâte !

Je viens d’apprendre qu’un de mes romans préférés, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, allait être adaptée en BD chez Delcourt. D’abord dubitative, je me suis créée mes propres images avec cette histoire, je suis maintenant conquise par ce que nous annonce Eric Henninot, le scénariste et dessinateur.

Et il me tarde de découvrir ce premier tome qui sort en octobre !

« Le cri » de Nicolas Beuglet

le-cri.jpgPar une nuit glaciale, à Oslo, un patient se « suicide » dans un hôpital psychiatrique. Le gardien l’a vu s’étrangler sur une vidéo de surveillance. Sarah Geringën, inpectrice, est dépêchée sur les lieux et trouve aussitôt que des choses ne collent pas : les témoignages des surveillants, le comportement du directeur, le dénuement de la chambre du patient… Le médecin légiste qui l’accompagne note aussi des faits étranges. Bizarre aussi, la cicatrice ancienne 488 visible sur le front du mort.

Pour tout vous dire, en lisant le résumé qui commençait ainsi, je m’attendais à un huis clos. Et j’adore les huis clos. Mais c’était une interprétation de ma part, car rapidement, Sarah part sur la piste d’un laboratoire français et… C’est là que nous comprenons que le mystère de la chambre vide est en fait mystère d’une dimension bien supérieure et orchestré à une échelle presque gouvernementale.

Ce roman est finalement un thriller scientifique, mettant en scène la taciturne Sarah, une femme impassible et peu loquace qui dissimule des blessures profondes, et un journaliste d’investigation qui va devoir jouer un rôle très important malgré lui. Tous deux vont remonter la piste de ce patient 488 et aller de découverte en découverte.

Le coeur du projet ne sera révélé qu’après de nombreuses péripéties, apparemment étayé par des découvertes scientifiques réelles. Le vrai ou le faux, je m’en fiche un peu. J’ai trouvé cette histoire bigrement bien fichue et palpitante. Sarah et Christophe sont attachants, chacun à leur manière, et on tremble avec eux et pour eux.

Ce n’est donc pas le huis clos que j’attendais mais je ne suis pas du tout mécontente de ma lecture !

France Loisirs, 2017, 496 pages, 19,90€

 

« La fille sous la glace » de Robert Bryndza

la-fille-sous-la-glace.jpgUn ancien comédien qui a écrit des comédies romantiques ? Et qui écrit avec La fille sous la glace son premier thriller ? Etonnant, mais pourquoi pas ? On n’est pas à l’abri d’une bonne surprise.

Résumé (emprunté à l’éditeur) : Encore marquée par la mort en service de son mari, l’inspectrice en chef Erika Foster découvre son nouveau poste dans un commissariat de Londres. Premier jour, première affaire et non des moindres : le corps d’Andrea Douglas-Brown, fille d’un riche industriel, a été retrouvé dans le lac gelé du Horniman Museum de Forest Hill. Que faisait la jeune femme mondaine dans ce quartier mal famé ?
Effondrée par la disparition d’Andrea, sa famille semble pourtant redouter ce que l’enquête pourrait dévoiler d’eux. Hasard ? Vengeance ? Crime passionnel ? Pour faire éclater la vérité, Erika Foster devra faire la lumière entre règne des apparences et sombres secrets.

Mon avis : très très bien !

Tout y est dans ce polar glaçant. Un crime, plusieurs suspects qui changent à tour de rôle, une enquêtrice charismatique qui reste le gros point fort de ce roman. Elle est dans une position très délicate, encore traumatisée par le rôle qu’elle a joué dans la mort de son mari. Son leitmotiv ? La justice. Et quand le père d’Andrea harcèle son patron pour orienter l’enquête dans un sens ou dans l’autre, elle rentre dans le tas quitte à se faire mal pour démasquer le coupable.

J’ai beaucoup aimé l’ambiance londonienne, le brouillard, la différence de traitement entre les riches et les pauvres.

Mon Amoureux et moi on l’a tous les deux lus en trois jours parce que le rythme y est et que c’est un page-turner, construit comme tel. Pour un premier polar c’est un sans-faute pour Robert Bryndza.

France Loisirs, 2017, 512 pages, 18,99€