« Musnet T4 – Les larmes du peintre » de Kickliy

91+HsT73+XL.jpgIl n’est pas toujours facile d’entrer dans une histoire en cours de route. Qui plus est quand il s’agit d’un quatrième volet. Qui plus est quand c’est le dernier. Qui plus est quand elle s’ouvre par la mort imminente d’un des personnages principaux.

Musnet (une souris) est un apprenti peintre, qui a tout appris de son maître Rémi (un écureuil), à Giverny. L’allusion à Monet, qui fait d’ailleurs aussi partie de l’histoire, ne vous aura pas échappée. Mais Musnet est très triste, car Rémi est en train de mourir. De plus, son amie Mya, qui veut devenir un écrivain célèbre, est fâchée après lui et ne lui parle plus. Monet quant à lui déprime car c’est un hiver très rude et qu’il ne peut pas sortir peindre. Il pense aussi à sa femme et ses enfants qui ne sont plus de ce monde.

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Cet album ne se passe donc pas du tout dans la joie et la bonne humeur, ce qui est déroutant pour un album jeunesse. Le traitement de la mort de Rémi est cru et presque gênant. Il ne sait plus gérer ses sphincters et Musnet doit tout nettoyer, les mouches tournent autour de son cadavre si bien que Musnet doit l’enrouler dans un drap avant d’aller déposer le corps dans un cercueil… La souris n’a pas le temps de se remettre de ses émotions qu’elle se fait attaquer par un renard en allant chercher de l’eau pour laver le cadavre. En plus, Mya lui sauve la mise mais elle se montre très sèche avec lui. Pauvre Musnet, Kickliy n’y va pas de main morte !

Ce quatrième volet est vraiment l’exemple d’un album qui ne peut être lu sans connaître les précédents. Pour un néophyte, c’est déprimant, triste et cruel. Les réflexions sur la vie sont justes : il faut savoir saisir les opportunités pour ne pas avoir de regrets, les gens meurent pour laisser la place aux autres, mais semblent trop complexes pour un enfant, qui a tout le temps de se confronter à ce type de réflexions.

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Pour couronner le tout, les couleurs sont terriblement tristes, avec beaucoup de gris, de marron, de vert cadavérique. Et cette neige qui semble recouvrir toutes les planches, ne serait-ce que cette sensation de froid omniprésente, est très bien travaillée mais renforce encore cette sensation de tristesse en terminant l’album. Qui ne finit pas si mal que ça en fin de compte, on pourra sourire une ou deux fois.

Ce qu’il faudra donc retenir, c’est que pour le lecteur averti, cet album sera peut-être une grande réussite. Libre donc à lui de juger, et aux autres de lire les premiers albums pour se faire une opinion en connaissance de cause.

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Dargaud, 2017, ISBN 978-2-205-07587-8, 12,99€

bd_de_la_semaine_pti_black Aujourd’hui, on se retrouve chez Stephie !

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« L’emprise du passé » de Charlotte Link

71l81bX9feLAprès la mort de son père en février, torturé avant d’être assassiné, Kate n’est plus que l’ombre d’elle-même. Tous deux avaient une relation fusionnelle et elle ne comprend absolument pas qui aurait pu lui en vouloir autant. Plusieurs semaines plus tard, elle quitte ses quartiers à Scotland Yard pour s’occuper de la maison de son père et faire enfin le rangement qui s’impose.

Cependant, loin d’elle l’idée de laisser la police locale faire son travail seule. L’inspecteur Caleb Hale éprouve de la pitié pour cette femme, qui semble mener une vie triste et solitaire. Il la tient au courant de l’avancée de l’enquête, qui piétine, ce qui n’est pas suffisant pour Kate qui le devance souvent dans ses décisions, allant interroger des personnes elle-même ou se rendant sur les lieux sans en parler à quiconque. Pour le lecteur, l’enquête avance sur deux rails et ce n’est pas du tout déplaisant, au contraire. La relation orageuse que cela crée entre les différents protagonistes met aussi du piquant à l’affaire.

L’enquête est très intéressante, et prend encore une tournure différente lorsqu’un nouveau meurtre vient se greffer à la première et chambouler l’existence de Kate.

Toujours en Angleterre, un couple attire aussi notre attention. Il s’agit de Jonas et Stella, parents d’un enfant adopté, qui voient revenir dans leur vie la mère biologique du petit. Elle est juste une jeune femme paumée, avec un bon fond, mais son nouveau compagnon semble bien plus menaçant. Et le récit part donc aussi sur les traces de cette famille, en parallèle de l’enquête menée par Kate et Caleb.

Charlotte Link n’a pas intégré une nouvelle histoire pour le plaisir, elle est évidemment liée d’une manière ou d’une autre à l’enquete sur le tueur en série. Et si cette enquête principale est passionnante, pleine de rebondissements inattendus, et surtout avec un final éblouissant, les aventures que subiront Jonas et Stella, bien que terribles, viennent un tantinet amoindrir le plaisir de la lecture. Disons que le roman ne s’en serait pas moins bien porté si l’histoire de ce couple avait été écourtée.

C’est le seul bémol de L’emprise du passé, qui est somme toute excellent avec un dénouement irréprochable.

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2017, ISBN 978-2-290-14723-8, 539 pages, 8€

« L’intérieur de la nuit » de Léonora Miano

miano-l-interieur-de-la-nuit-1L’histoire se passe dans un pays africain imaginaire. La jeune Ayané est partie en Europe pour ses études et revient au village, ayant appris que sa mère était gravement malade.

Ayané est la fille de la pariah du village. Une femme qui vivait en couple, car son mari n’avait pas besoin d’un harem, contrairement à la tradition polygame. Une femme qui était libre d’aller où elle voulait, et de dire et de faire ce qu’elle voulait. Jalousie de la part des autres ? Rejet car elle ne leur ressemblait pas ? Toujours est-il que les femmes ne la portaient pas dans leur coeur, et qu’elle donne à sa fille un prénom inventé qui ne veut rien dire n’a pas arrangé les choses.

En digne fille de sa mère, ayant aussi reçu une éducation européenne devenue jeune femme, Ayané revient au village en comprenant l’importance des traditions sans toutefois parvenir à se mettre sur la même longueur d’ondes que les autres.

Mais elle n’aura pas le temps de creuser davantage la question, car la situation politique chaotique aux confins de leur territoire, dont les villageois n’avaient plus le droit de sortir, vient jusqu’à leurs portes. S’ouvre alors une nuit en enfer, terrible et inhumaine, à l’image de ce qu’on peut encore entendre de nos jours lorsque des enfants soldats sont drogués pour mieux devenir des machines à tuer.

J’ai trouvé ce récit à la limite du conte horrifiant et à la fois fascinant. On y retrouve le mode de société tribale africain, avec ce qu’il a de bénéfique comme ce qu’il a de dangereux. Le tournant que prend le récit avec l’incursion des miliciens est particulièrement terrible, et les répercussions que cela aura sur la vie au village ne le seront pas moins.

Léonora Miano semble être une très belle voix de la littérature africaine, il y a là le talent de l’écriture et de l’imagination. Elle porte un regard à la fois tendre et consterné sur des traditions dont elle parle, je pense, en connaissance de cause. Où la cruauté peut aller loin.

Pocket, 2006, ISBN 978-2-266-16268-3, 214 pages

*Prix Révélation de la Forêt des Livres en 2005 & prix Louis Guilloux en 2006 

« Rose » de Tatiana de Rosnay

9782253162063-TRose vit dans un petit quartier de Paris, menacé de destruction à cause des nouveaux plans d’Haussman qui prévoit un réaménagement total de la ville, ouvrant de grandes artères à la place des anciennes ruelles étroites.

C’est une femme âgée maintenant, veuve, qui vit dans sa maison depuis son mariage avec l’homme qu’elle aimait de tout son coeur. Elle n’est pas encore certaine que son quartier va disparaître, mais elle sait que si cela devait arriver, elle ne laissera jamais personne la faire quitter sa maison. Elle écrit dans son journal et évoque son quartier, avec sa jeune amie la fleuriste, puis le libraire qui lui a donné le goût de la lecture en lui faisant découvrir Madame Bovary. Entre autres personnages.

C’est une lecture pleine de charme, celui des vieux quartiers de Paris que nous n’aurons pas eu la chance de voir, où tout le monde se connait et où il suffit de faire quelques pas pour changer de rue. On y retrouve une douce nostalgie, teintée d’amertume puisque Rose évoque une époque qu’on lui impose de quitter, à cause des projets d’un préfet qui obligera des milliers de familles à quitter leurs maisons pour un ailleurs inconnu.

Apprendre à connaître Rose, c’est aussi se rendre compte qu’elle garde un secret enfoui en elle qui ne nous sera révélé qu’à la fin du roman.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, joliment écrite, et même joliment traduite puisque Tatiana de Rosnay a écrit ce roman en anglais. Après Elle s’appelait Sarah c’est le deuxième roman que je lis d’elle et je ne suis pas contre l’idée d’en relire un autre à l’occasion.

Le Livre de Poche, 2012, ISBN 978-2-253-16206-3, 6,90€

Acheté et dédicace au Salon du Livre de Paris 2013

 

« Clémenceau au Front » de Samuel Tomei

clemenceau-au-frontClémenceau est un personnage qui m’intéresse énormément et me fascine, certainement parce que je connais peu de choses sur lui (ce n’est pas la priorité des programmes scolaires) et que je le vois auréolé d’un charisme et d’une gloire légendaire, un éléphant sage (bien que surnommé le Tigre) campé sur des pattes solides, sûr de lui et de ses compétences. J’ai eu l’occasion de visiter cette année sa maison en Vendée, un bâtiment rustique, tout simple mais avec un jardin magnifique qui donne directement sur la mer. Une maison qui collait avec l’image que je m’en faisais, celle d’un homme qui appréciait la solitude et ne comptait que peu de véritables amis. Qui devait se trouver bien humble face au spectacle de la nature.

Mais en recevant Clémenceau au front grâce à l’opération Masse Critique de Babelio, je cherchais cette fois à aborder la carrière militaire de Clémenceau. Le rôle qu’il a joué durant la Première Guerre mondiale.IMG_20170630_203304

En 1917, à 76 ans, il est appelé à former un ministère pour faire face à une situation politique catastrophique. C’est la guerre, après tout. Alors que les gouvernements successifs refusaient de se salir les mains, lui se rend sur tous les fronts, quitte à ramper dans les tranchées au côté des soldats.

img_20170630_203341.jpgC’est cet engagement qui est retranscrit dans cet ouvrage, dans l’ordre chronologique, site après site. Les textes qui donnent des explications sur chacun des « voyages » de Clémenceau sont tirés de témoignages, le plus souvent du Général Mordacq, « le bras droit du Tigre dans la conduite de la guerre ». Vous trouverez aussi des citations de Churchill, Poincaré et de Clémenceau lui-même.

De nombreuses illustrations enrichissent le livre, que ce soient des photographies, des unes de journaux ou des dessins. Cela rend la lecture d’autant plus agréable et parlante. Le parti pris de n’utiliser que des extraits de témoignages aide aussi à la lecture. Loin des documents parfois rébarbatifs, cela rend ses visites sur le front plus directes et palpables pour le néophyte. L’idée je pense n’étant pas de dresser un portrait du militaire digne d’un manuel d’histoire mais plutôt de rendre compte de comment ses proches et ses contemporains percevaient ses actions.

Je suis très contente d’avoir cet ouvrage en ma possession et encore plus d’avoir fait connaissance avec la maison d’éditions Pierre de Taillac, qui a eu la bonne idée de m’envoyer en même temps son catalogue et de me donner une idée cadeau qui a beaucoup plu. Mais cela fera l’objet d’une autre chronique 😉

Editions Pierre de Taillac, 2015, ISBN 978-2364450370, 160 pages, 14,90€