« Sur les chemins noirs » de Sylvain Tesson

5139AZqKI-L._SX195_.jpgSylvain Tesson ou la promesse d’un sublime ailleurs.

Quand je lis Tesson, je sais qu’il va m’emmener dans des endroits que je ne connais pas, et que je vais avoir l’impression que c’est moi qui regarde les paysages, moi qui foule les terres, moi qui sens l’air pur… Et c’est pour cela que je me plonge dans ses récits tête la première.

Ce récit de voyage est particulier. Pour une fois ce n’est pas à l’autre bout du continent mais bien chez nous, en France, pour un voyage qui relève plus de la résurrection que de l’aventure par passion. En effet, l’écrivain voyageur a eu la bêtise, comme il le dit lui-même, de faire le fanfaron sur un toit alors qu’il était pris de boisson, ce qui lui a valu une chute de plusieurs mètres et un corps en mille morceaux. Sur son lit d’hôpital, il s’est promis que s’il sortait de là sur ses deux jambes, il traverserait la France en diagonale.

Son itinéraire nous apparait sur une carte dès les premières pages. Il l’a choisi en fonction d’une carte pré-existante, celle de la France de l’hyper-ruralité. Plus les zones sont dépeuplées, privées d’infrastructures, de réseaux téléphonique ou internet, plus elles sont grisées. D’où l’appellation des chemins noirs.

Il part donc de la frontière italienne près de Nice vers la pointe du Cotentin. Et nous emmène avec lui.

La marche va de paire avec le voyage intérieur, et c’est donc l’occasion pour Sylvain Tesson de nous faire part de ses réflexions. Sur sa vie, notamment sur son accident, et donc sur la notion de mort, d’autant plus que le décès de sa mère est encore récent. Il réfléchit aussi sur les modes de vie : les campagnes dépeuplées, l’agriculture de masse, l’impact de la technologie sur nos vies.

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Il partage aussi avec nous ce qu’il voit, les reliefs et les ruines. Le but de suivre les chemins noirs est d’éviter les villes, les chemins de fer, les poteaux électriques. C’est pour cette raison que les dialogues sont peu nombreux et anecdotiques.

Comme d’habitude, je suis charmée par l’écriture de Sylvain Tesson et par sa vision des choses, tristement belle. Je regrette toutefois que le récit soit déséquilibré géographiquement parlant. Passé la Creuse, tout va vite, trop vite. La tourangelle que je suis n’est pas spécialement vexée que de l’Indre au Cotentin on ait l’impression d’un voyage en pointillés, c’est la lectrice qui aurait aimé visualiser un peu plus cette partie des chemins noirs. Bien que je sache pertinemment que justement, les chemins noirs n’en étaient plus vraiment sur cette partie du voyage, peu comparable avec l’extrême ruralité des jours précédents.

Si vous n’avez jamais lu Sylvain Tesson, je ne vous conseille pas spécialement de commencer par celui-ci. Je le trouve plus désenchanté que les autres ouvrages que j’ai lus de lui (c’est justifié) mais surtout plus désenchanteur. Et moi ce que j’aime dans les récits de voyage, c’est qu’on m’enchante, justement. Pour une première approche, pourquoi pas L’éternel retour ? Un recueil de 5 nouvelles dont je garde un très beau souvenir 🙂

Gallimard, 2016, ISBN 978-2-07-014637-6, 143 pages, 15€

 

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