« L’amour et les forêts » de Eric Reinhardt

REINHARDT Eric COUV L'amour et les forêtsAvant même de commencer ce roman, je savais qu’il n’allait pas m’enthousiasmer autant que de nombreuses lectrices. Pour une raison très simple : il y a des choses que je ne conçois pas, et passer à côté du bonheur pour rester avec un con qui vous bousille l’existence en fait partie.

Mais reprenons depuis le début. Eric Reinhardt joue son propre rôle dans ce roman. Un écrivain qui n’arrive plus à écrire après le succès de son dernier ouvrage, qui se morfond et cherche une inspiration qui ne vient pas. Jusqu’à ce que Bénédicte Ombredanne entre dans sa vie. Elle a adoré elle aussi ce dernier roman et lui en fait part dans un courrier merveilleusement écrit, qui réconforte l’auteur et lui donne envie de correspondre avec elle. Ils se rencontrent même à la terrasse d’un café. Et c’est là que Bénédicte se dévoile, lui racontant le cauchemar qu’est sa vie depuis plusieurs années. C’est dans son histoire (véridique) que l’auteur va trouver l’inspiration.

Bénédicte a eu deux enfants avec Jean-François. Elle est professeur de français. Une vie qui pourrait être tout à fait banale, ou extraordinaire pourquoi pas ?, mais qui est sévèrement emmochie par les agissements de son mari. Il veut être au courant de son planning, lui téléphone à la maison pour être sûr qu’elle soit là, refuse qu’elle ait un téléphone portable…Il lui gueule dessus pour le moindre prétexte. Un beau connard quoi.

Si bien qu’un soir, lassée de vivre avec un homme qui lui fait l’amour comme on pratique une saillie et qui l’embrasse du bout des lèvres, elle se connecte sur un site de rencontres. Parmi tous les rustres qui flashent sur elle et lui parlent en termes crus, un homme sort du lot : Christian. Ils organisent un rendez-vous dans la semaine, se rencontrent, passent la journée ensemble et pour Bénédicte, c’est le meilleur moment de sa vie. Christian est persuadé qu’ils étaient faits pour vivre ensemble, mais Bénédicte se refuse ce bonheur et estime que cette rencontre était une magnifique parenthèse mais que cela doit en rester là.

Donc là, forcément, je tique. Parce que je ne comprends pas du tout qu’on puisse à ce point passer à côté de sa vie, délibérément surtout, d’autant plus qu’à ce moment là du roman on sait que Jean-François est un gros con mais pas forcément un pervers narcissique. Un gros con est un gros con, alors qu’un pervers narcissique est bien plus sournois que ça. Il vous fait croire que c’est vous qui est conne, indésirable, nulle, inutile, idiote et j’en passe. Il vous fait douter de ce que vous êtes. Du coup au lieu de vous dire que vous valez mieux qu’un gros con, vous vous dites que c’est vous qui n’en valez pas la peine. Ce qui n’était pas encore le cas de Bénédicte, ou en tout cas ce n’était pas une évidence pour moi. J’ai ainsi eu toutes les peines du monde à m’identifier et à éprouver de l’empathie pour Bénédicte, que j’avais plutôt envie de secouer jusqu’à ce que prise de conscience s’ensuive.

C’est en revanche à la fin du roman qu’on prend vraiment la mesure de ce que Bénédicte subissait. Pour ces passages là, le mot qui me vient est CRUAUTÉ. Et ce sont ces passages que j’ai préférés parce que c’est comme si depuis le départ on voyait l’histoire avec un masque, sans voir la totalité de la scène. Dès qu’on voit l’ensemble, tout prend sens et là j’ai compris pourquoi ce livre avait reçu un tel accueil.

Pour moi, j’avoue que cela est arrivé un peu tard. Comme vous l’aurez compris, j’ai eu du mal à accrocher au personnage de Bénédicte au départ. Si son mari se comporte aussi mal, si elle sait ce qu’elle vaut et en plus rencontre quelqu’un qui sait ce qu’elle vaut, pourquoi se priver d’un amour qui lui tend les bras ? Mais Eric Reinhardt a su me conquérir finalement. Premièrement parce qu’il faut bien dire que ce livre est merveilleusement écrit, je n’ai pas su le lâcher et j’y ai trouvé un style éblouissant. Deuxièmement parce que l’auteur a vraiment su jouer avec mes sentiments et m’a très agréablement surprise dans le dernier tiers du roman (même si le fond de l’histoire est tout sauf agréable).

Je sais que je suis assez intransigeante sur ce sujet, j’ai du mal à trouver des excuses, alors que Eric Reinhardt se montre bien plus fin que moi. Il n’y a pas de blanc ou noir, de bonne ou mauvaise réaction, de bonne ou mauvaise décision. Il y a des gens, des âmes, des sensibilités, des vécus, des peurs qui font que chacun fait ses choix comme il peut. Il s’est montré bien plus subtil que moi en fin de compte. Et je lui en sais gré.

Gallimard, 2014, ISBN 978-2-07-014397-9, 366 pages, 21.90€

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9 réflexions au sujet de « « L’amour et les forêts » de Eric Reinhardt »

  1. j’ai aimé ce livre, bien sûr que ce mec est un gros con de pervers narcissique et c’est pour ça que Bénédicte ne peut pas lui échapper elle est sous emprise. ces gens-là sont capables de tout ce sont des malades et quand ils ont une proie ils ne la lâchent pas avant qu’elle soit anéantie

  2. Je n’ai pas non plus été emballée par ce récit : aucune empathie pour Bénédicte Ombredanne, et une présence un peu incongrue de l’auteur. Peut-être que, comme toi, n’ai-je pas compris comment des femmes pouvaient être soumises à ce point… même si je sais d’expérience que l’on peu accepter beaucoup de choses pour ne pas trop bousculer son quotidien… Dommage.

  3. Je crois que je vais essayer de le lire, j’en entends du bien tout le temps et c’est la première fois que j’en lis un avis plus mitigé. Après, je t’avoue que si je ne conçois pas que l’on puisse rester avec quelqu’un qui nous tape sur la tronche, je pense que ce ne doit pas être évident de s’en sortir. Preuve en est Alexandra Lange, dont on nous a rappelé l’histoire hier soir sur TF1… Le sujet est vaste et le débat encore plus…

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