« Usage de faux » de Philippe Cohen-Grillet

9782359051674-G-210x337Faussaire émérite, Victor Goupille gagne sa vie (et plutôt bien) en produisant de fausses correspondances, faux manuscrits, fausses signatures qui parviennent toujours à trouver un preneur naïf. Le plus flagrant étant un libraire réputé pour son fonds ancien et sa collaboration avec les commissaires priseurs.

Son art de la tricherie ne s’arrête pas là puisqu’il n’hésite pas à se faire passer pour l’homme charmant croisé par hasard par Camille, et pour lequel elle a passé une petite annonce dans le journal. Il ne sait pas s’il ressemble vraiment à l’être brun recherché mais après tout, on ne perd rien à essayer. Par chance, Camille gobe la supercherie et croit reconnaître en Victor le mystérieux inconnu qui lui a tapé dans l’oeil.

Dès lors, Victor ne cesse de flotter entre deux eaux : celle de la réalité et celle du mensonge. Les deux mondes qu’il essaie de vivre de façon juxtaposée ne cessent pourtant de se rapprocher. Car tout finit par se savoir, et tout se paie. Certains faux commencent à attirer l’attention de la police. On ne peut pas dire que Victor n’y mette pas les moyens pourtant, se projetant dans la vie des personnages dont il veut produire les faux afin d’être le plus crédible possible. Dans ses élucubrations, il EST le personnage, et pour le lecteur ce n’est pas toujours évident à suivre.

J’avais beaucoup aimé le précédent ouvrage de Philippe Cohen-Grillet, Haut et court. Un roman noir à l’humour décapant qui m’avait fait passer un très bon moment. Et si Usage de faux m’a conquise au début, je me suis vite lassée des divagations de Victor Goupille et de sa relation faussée avec Camille. Pourtant c’est un ouvrage qui a demandé de la recherche, car le protagoniste mène des enquêtes afin de pouvoir créer des faux plausibles. Il fouille les relations des personnalités, cherche la petite bête qui pourrait donner lieu à une information d’importance capitale. En somme, révéler quelque chose de totalement imaginé mais qui pourrait apparaître tout à fait authentique pour un connaisseur. Tous ces renseignements que l’auteur transmet sur ces célébrités à travers les recherches de son personnage sont tout à fait passionnantes.

Mais le tour qu’a pris l’histoire m’a décontenancée car je me suis perdue dans le texte. Victor s’imagine tel personnage, tel autre, et il place Camille là-dedans si bien que je ne savais plus si on était dans son imaginaire ou dans la réalité. Et j’ai fini par me lasser.

C’est un roman qui part sur une très bonne idée, finement exploitée, qui à mon sens est desservi par de trop longues insertions fantasmées. L’écriture est encore une fois agréable et truffée de jolis mots qu’on ne lit plus guère qu’occasionnellement, et c’est un plaisir de tomber dessus au hasard des pages. Si bien qu’au final, et malgré mon sentiment de confusion et de lassitude dans certains passages, j’ai réussi à tirer du plaisir de cette lecture originale.

Editions Ecriture, 2014, ISBN 978-2-35905-167-4, 190 pages, 16,95€

Remerciements : merci à Philippe Cohen-Grillet pour l’envoi de cet ouvrage.

challengerl2014

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2 réflexions au sujet de « « Usage de faux » de Philippe Cohen-Grillet »

  1. J’aime les polars « intelligents », c’est-à-dire avec un minimum de style (ce qui n’est pas toujours le cas), mais j’aime aussi que ça pulse, donc ton amis me laisse perplexe ! 😉

    1. Ici il ne s’agit pas d’un polar, c’est un roman dans lequel le personnage principal joue un double jeu. C’est pas mal, j’ai bien aimé au final, mais il ne me laissera pas un grand souvenir.

A vous les micros !

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