« Loeuk… Tchong Kraoy – La dernière fois » de Phiseth Srun

unnamed (7)Les éditions VPS m’ont sollicitée pour recevoir une de leurs publications, et comme je suis toujours ravie de faire connaissance avec de nouveaux éditeurs, c’est avec plaisir que j’ai accepté ! Leur ligne éditoriale est basée sur la synergie entre Asie et Occident. Et effectivement, c’est tout à fait le propos de ce roman.

L’ouvrage qu’ils m’ont envoyé a attiré mon attention par son thème : l’histoire d’un jeune cambodgien qui traverse des kilomètres pour rejoindre un ami de son père à Vientiane, au Laos. C’est une sorte de voyage initiatique dans un contexte difficile, puisque les Khmers communistes envahissent peu à peu le Cambodge pour grappiller du territoire et étendre leur pouvoir sur tout le pays. Notre héros, Zsunara, quitte donc sa famille dans des circonstances dangereuses pour aller voir comment cela se passe de l’autre côté de la frontière. Là, la vie ne se passe pas comme il l’aurait espéré. Il apprend de plus que les khmers avancent au Cambodge et que sa famille pourrait être menacée.

Si la quatrième de couverture ne parlait que du Cambodge et du Laos, il faut savoir que l’histoire commence autrement. Zsunara est en France. C’est un réfugié, qui, comme tant d’autres, aspire à une vie meilleure. C’est au cours des jours passés en foyer qu’il se remémore tous les évènements qui l’ont conduit en France.

Sur le papier, l’histoire me plaisait beaucoup. Mais à la lecture de cet ouvrage, je reste sur ma faim.

En premier lieu, parce que le récit manque cruellement d’épaisseur. Zsunara dépeint notamment le trajet jusqu’à Vientiane et la vie quotidienne en Asie de façon très succincte. J’avais par exemple adoré être plongée dans une ambiance exotique avec La petite marchande de souvenirs de François Lelord. Je ressentais la chaleur, distinguais les couleurs, sentais les épices… Ici j’exagère à peine en vous disant que l’histoire aurait aussi bien pu se passer à La Havane ou à Katmandou. Les décors sont beaucoup trop peu exploités, on est dans un récit linéaire qui reste à la surface sans prendre le temps d’étoffer l’histoire.

D’autre part, le style est lui aussi trop linéaire, voire scolaire. Il n’y a pas de paragraphes qui retiennent particulièrement notre attention, pas d’effets d’écriture, de tournures de phrases, de trouvailles qui donnent le sentiment de lire un romancier avec sa patte. Ca se lit bien, certes, mais sans plaisir. Ni déplaisir d’ailleurs. C’est une écriture neutre. J’ai d’ailleurs relevé sans les noter quelques maladresses stylistiques qui auraient pu être corrigées.

Enfin, je n’ai pas aimé la structure du roman. Pourtant je suis très friande des histoires à tiroirs, dans lesquels une pensée en attire une autre, ou encore du flux de pensées. Mais à la fin je n’ai pas tout à fait compris le cheminement de Zsunara, tant du point de vue spirituel que géographique. On le suit en France, puis au Cambodge, puis au Laos, et à nouveau en France, et malgré ça, la boucle ne semble pas bouclée. Des questions se posent durant la lecture qui ne trouvent pas véritablement leur réponse. Je pense notamment à ce qu’il est advenu à la famille de Zsunara, ou le changement de cap non motivé de la vie d’étudiant à la vie de réfugié.

Je n’ai donc pas trouvé dans ce récit de quoi enchanter mes soirées de lecture. J’aurais aussi aimé que le contexte politique soit davantage développé, car j’apprécie tout particulièrement apprendre et comprendre l’Histoire à travers la fiction. Phiseth Srun a évoqué le sujet sans contextualiser davantage, ce qui était peut-être tout à fait volontaire et je ne lui en tiens donc pas rigueur.

Pour autant, malgré cette déception toute relative, je compte garder les éditions VPS dans ma ligne d’horizon. Pour la thématique qui consiste à rapprocher deux continents aux mœurs si différentes en premier lieu. Et puis j’aime l’esthétique de l’ouvrage, la typographie, la disposition des paragraphes qui rappelle celle qu’on trouve chez Actes Sud. Cela peut paraître idiot comme raison mais pour moi qui voue à l’objet-livre une passion admirative, cela compte beaucoup (et c’est aussi pourquoi je suis incapable de lire des livres numériques). Je pense aussi que même si ce roman ne m’a pas convaincue, il possède des qualités qui charmeront d’autres lecteurs (la preuve ici).

En tout cas je remercie les Editions VPS de leur confiance.

Editions VPS, 2014, ISBN 978-2-9548346-0-3, 251 pages, 17,50€

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4 réflexions au sujet de « « Loeuk… Tchong Kraoy – La dernière fois » de Phiseth Srun »

    1. C’est assez pénible de « plomber » une petite maison d’éditions, alors je préfère être très claire sur les raisons de ma déception. Que ce ne soit pas juste une attaque gratuite. Et c’est ma ligne de conduite quel que soit l’ouvrage de toutes façons ^^

A vous les micros !

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