« Holy night » de Mickaël Vrignaud

Couverture-Holy-Night1242555454Aujourd’hui je vais vous parler du deuxième ouvrage publié d’une jeune maison d’édition : Contre-Ciel. Elle a été créée en 2013 et ne compte encore dans son catalogue qu’un recueil de poésie et ce roman, Holy night.

Je ne vais pas vous cacher que ma première impression n’était pas fabuleuse. Je suis très sensible aux couvertures et une photo de jeunes gens ne m’incite pas vraiment à aller plus loin. Comme vous avez pu le constater au cours de mes chroniques, les histoires d’ados, ce n’est pas mon créneau.

Mais j’ai été très surprise d’oublier très vite mon à-priori en lisant les premières pages du roman.

Voici l’histoire : Alexandre vit dans les beaux quartiers de la banlieue parisienne et se rend tous les jours au lycée privé Notre-Dame. Là il retrouve sa copine et ses amis. Mais quelque chose a changé. La veille au soir, un de ses camarades de classe s’est tué en voiture. Timothée était un sujet de moquerie et peu le regrettent. Pour Alex, qui avait réussi à tisser de minces liens avec lui, le choc est plus perceptible.

Au fur et à mesure que les chapitres avancent, nous faisons connaissance avec le défunt. Nous comprenons qui il était, pourquoi il était à part, pourquoi la relation qu’il avait avec Alex était particulière (rien à voir avec l’homosexualité).

Nous faisons également connaissance avec la bande de jeunes de Notre-Dame, et c’est là que l’essence d’une génération est cristallisée par les images puissantes de Mickaël Vrignaud. Il décrit une soirée qui doit ressembler à beaucoup d’autres, ce qui me parait dingue car je ne me sens pas si éloignée en âge de ces jeunes et pourtant je n’ai jamais rien connu de tel. Ils jouent les effarouchés au début : pas d’alcool, on s’asseoit gentiment sur la banquette de la boîte de nuit. Mais très vite, on boit, on enquille, on dort dans les toilettes, on se fait violer en étant drogué, et plus la nuit avance, plus personne ne se rend compte de ce qui se passe vraiment. Une nuit qui ne serait qu’une parenthèse de folie dans la vie des protagonistes.

L’immersion dans les jours et les nuits de cette jeunesse dorée m’a beaucoup plu. L’écriture de Mickaël Vrignaud est percutante, fluide, on lit sans se forcer (ce que je craignais au départ) et on se laisse même complètement emporter par le récit. On compte pas mal de belles tournures qui m’ont agréablement surprise.

Si je dois apporter un bémol, c’est sur les références à Bret Easton Ellis. On lit dans sa mini biographie que le style de Mickaël Vrignaud n’est pas sans rappeler cet auteur, je serais tentée de dire qu’il s’en inspire visiblement. Je n’ai lu que American Psycho mais j’ai pu noter les mêmes procédés : les phrases juxtaposées sans ponctuation qui traduisent l’état des esprits empêchés par l’alcool et les drogues, les descriptions des personnages par leurs marques de vêtements et de parfums, le passage du coq à l’âne. Cependant, si on reconnait d’où vient son inspiration, ça ne sent pas le copié-collé. Ces procédés s’inscrivent avec justesse dans le style de Mickaël Vrignaud.

Au final, j’ai passé un très bon moment de lecture, d’autant plus que je ne m’y attendais absolument pas. L’histoire est prenante (et pourtant loin de ce qui m’attire habituellement) et le style agréable et surprenant. Je suis tentée de dire : auteur à suivre.

Contre-Ciel, 2014, ISBN 979-10-93114-02-6, 191 pages, 16€

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19 réflexions au sujet de « « Holy night » de Mickaël Vrignaud »

  1. Pour le coup, la référence à Bret Easton Ellis aurait plutôt tendance à me bloquer. Non que je ne lui trouve aucun talent, bien au contraire, mais ses sujets me hérissent. Et il semblerait que Vrignaud joue aussi de ce registre.

    1. Comme je n’ai lu que American Psycho, je ne peux pas vraiment te répondre. Il y a quelques emprunts stylistiques évidents mais du point de vue du fond c’est différent. Vrignaud parle d’une jeunesse qui veut s’essayer à l’alcool et au sexe sans en véritablement peser les conséquences. Ce que j’ai lu d’Ellis était vachement plus psychédélique ^^

  2. Et bien je ne me serais jamais penchée sur ce livre sans ton billet ! La référence et ta chronique donnent envie de découvrir ce roman. Merci !

    1. C’est une maison d’édition trop jeune pour être connue, mais c’est une publication de qualité avec très très peu de coquilles, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

  3. Chouette article! 🙂
    Je n’ai pas été autant « repoussée » par la couverture contrairement à d’autre même si c’est vrai que ce n’est pas ce qui m’a attirée 🙂 En revanche j’ai beaucoup aimé l’histoire!! Comme quoi il ne faut jamais se fier aux apparences!

    1. La couverture est le premier contact qu’on a avec un livre, il vaut mieux donc qu’elle soit attirante et surtout, qu’elle reflète ce qu’on va retrouver dans le roman. Mais comme tu le dis, pour Holy night, il ne faut pas se fier aux apparences, l’écriture est bien plus mâture qu’on pourrait le croire 😉

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