« Némésis » de Philip Roth

41uYCX6ykHL._Eugène Cantor vit à Newark en 1944. Doté d’une très mauvaise vue qui l’oblige à porter de grosses lunettes, il n’a pas pu prendre part à la guerre en Europe, à son plus grand désespoir et à sa plus grande honte. Athlète émérite, il obtient un poste d’animateur de terrain de jeu. Ses journées sont consacrées à s’occuper des enfants, à leur apprendre des sports et à bien y jouer. L’été étant particulièrement chaud, il les fait jouer aux échecs ou lire à l’ombre aux heures les plus brûlantes de la journée.

Cette chaleur est malheureusement propice à une maladie qui survient régulièrement chaque année, à la même période mais avec une virulence décuplée en 1944 : la polio. La polio est une maladie fulgurante, qui provoque des maux de tête, de fortes fièvres, des difficultés respiratoires et la paralysie. Et à terme, dans les cas les plus graves, la mort.

Eugène, surnommé Bucky, assiste impuissant à l’avancée de la polio dans la ville, puis dans son quartier juif. Chaque jour le nombre de cas augmente, la maladie touchant en premier lieu les enfants et jeunes adolescents et donc des gamins qu’il connait.

Le roman est centré sur ce personnage charismatique, qui ne joue pas les gros bras avec sa musculature d’athlète mais qui est animé d’une empathie exacerbée à l’égard de tous ces enfants dont il s’occupe. Lorsqu’il a l’occasion de rejoindre sa petite amie dans un camp de vacances, les questions se bousculent. Pourquoi Dieu laisse-t-il faire ? Pourquoi la polio frappe certains et épargne les autres ? A-t-il sa part de responsabilité en faisant jouer les enfants dehors ? Peut-il abandonner son poste et laisser tomber les enfants pour rejoindre Marcia ?

Némésis représentant la vengeance divine, on saisit rapidement la notion d’inexorabilité qui balise l’ensemble du récit.

Philip Roth dresse le portrait d’un homme attachant, dépassé par les événements, dépassé par son amour pour Marcia, dépassé par ses valeurs. Le récit peut sembler longuet au départ mais à mesure qu’on progresse dans l’histoire, on comprend mieux Bucky et surtout ce que cet événement a eu comme implication sur sa vie future.

Encore une belle réussite pour Philip Roth !

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Folio, 2014, ISBN 978-2-07-045661-1, 267 pages, 7,40€

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12 réflexions au sujet de « « Némésis » de Philip Roth »

  1. Tiens, le résumé que tu en fais me fait penser à La Peste de Camus. J’ai pas tort ou je suis complètement à l’ouest ? Ça m’intéresse en tout cas !

    1. Je n’avais pas fait le parallèle, c’est vrai que le résumé tend à faire penser que ça se ressemble un peu. Mais je trouve que ça n’a pas grand chose à voir. Dans La Peste ce qui est très fort c’est la métaphore de la maladie, alors qu’ici, même s’il y a peut-être aussi une métaphore, c’est surtout l’introspection de Bucky qui prime. C’est comme ça que je l’ai ressenti en tout cas.

  2. J’avais été un peu déçue du dernier roman que j’ai lu de lui (le titre ne me revient pas là, il faut que je recherche), du coup, j’ai un peu laissé tomber cet auteur. Mais avec ton avis, je me dis pourquoi pas !

    1. J’avais détesté ma première rencontre avec cet auteur (« La bête qui meurt ») mais en insistant je suis finalement totalement réconciliée 🙂

A vous les micros !

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