« Un barrage contre le Pacifique » pour le centenaire de la naissance de Marguerite Duras

1969Marguerite Donnadieu est née il y a 100 ans, le 4 avil 1914, en Indochine, dans la banlieue de Saïgon. Elle  a vécu toute son enfance dans divers endroits de ce qui est aujourd’hui le Vietnam. Ce n’est qu’en 1932 qu’elle vient en France pour poursuivre ses études après avoir obtenu son baccalauréat.

Là elle rencontre Robert Antelme, l’homme qui deviendra son mari en 1939, et avec qui elle aura un premier enfant, malheureusement mort-né. Le couple vit à Paris et voit les Allemands pénétrer dans la ville : ils entrent en résistance. C’est une période difficile pour Marguerite, encore ébranlée par la mort de son bébé.

Sa carrière littéraire s’ouvre en 1943 lorsqu’elle publie chez Plon Les Impudents sous le pseudonyme de Marguerite Duras. Ce premier roman raconte l’histoire d’une famille française et dans laquelle on trouve des correspondances auto-biographiques. Puis en 1944 c’est Gallimard qui la prend sous son aile et publie La vie tranquille, un autre drame familial. Cette même année, Robert Antelme est déporté à Dachau. Il reviendra transofrmé et le couple finira par divorcer.

Marguerite se remariera avec Dionys Mascolo et aura  avec lui un enfant, Jean.

Puis les écrits s’enchaînent, notamment avec Un barrage contre le Pacifique en 1950. Elle participera également à des projets de cinéma et de théâtre. Peu à peu, elle devient une figure majeure du paysage culturel français. Elle sera d’ailleurs  membre du jury Médicis de 1960 à 1967.

C’était aussi une femme de convictions. Après la Résistance elle s’est engagée auprès du PCF, qu’elle quittera assez vite. Elle signe le « Manifeste des 121 », une pétition en faveur de l’Algérie libre. Elle sera aussi une figure des évènements de 1968.

Femme de lettres, de théâtre et beaucoup de cinéma, Marguerite Duras est décédée le 3 mars 1996.

barrage_durasC’est avec Un barrage contre le Pacifique que j’ai choisi de célébrer ce centenaire. C’était aussi l’occasion pour moi de lire pour la première fois cette auteure.

Résumé : la mère vit avec ses deux enfants dans une concession d’Indochine. Une concession qui ne leur rapporte rien. La terre est sans cesse inondée, rien ne pousse malgré les tentatives quotidiennes. Les deux enfants, Suzanne et Joseph, rêvent d’ailleurs. Mais que peut-il leur arriver dans ce coin paumé du bord du Pacifique ?

Mon avis : très belle découverte.

D’emblée, nous sommes projetés dans la vie difficile de cette famille. Ils viennent tout juste d’acheter un cheval et une carriole, afin de transporter les villageois d’un point à autre et ainsi se faire un peu d’argent. Le cheval est mort au bout d’une semaine.

La mère semble déjà un peu folle, usée, à bout. Elle a économisé chaque centime pour se payer son bout de concession et y construire son bungalow qu’elle n’a même pas pu achever. Elle voulait pouvoir léguer quelque chose à ses enfants. Malheureusement cette concession est une belle arnaque, on ne peut rien en faire. Chaque jour elle s’escrime malgré tout à planter des semences. Peine perdue.

Les hommes du cadastre à la ville se moquent éperdument de son cas malgré ses nombreuses lettres. Quant à ses enfants, ils souffrent également de la situation. Joseph, 20 ans, est en colère contre cette administration qui se borne à rester sourde à leurs appels. Il chasse la nuit et brave le danger, pour nourrir sa famille mais surtout pour se sentir vivant. Il sait qu’un jour il partira, qu’il ne pourra plus faire face. Mais il ne se sent pas capable de laisser tomber la mère.

Suzanne, 17 ans, est un personnage singulier, déjà désabusé. C’est une jolie jeune fille et elle le sait. Les hommes de passage sont rares dans le coin et lorsque M. Jo la remarque, il n’a que peu de concurrents face à lui. M. Jo est riche. Mais il est aussi laid. Suzanne ne l’apprécie guère et se joue de lui. Il vient la voir tous les jours, lui offre des cadeaux tels qu’elle n’en verra jamais. Il défaille lorsqu’elle accepte d’ouvrir la porte de la salle de bains dans laquelle elle se tient nue. Mais ce que Suzanne lui offre en retour n’est que mépris, indifférence et moqueries.

Par la suite, Suzanne et Joseph seront amenés à faire des choix. Que privilégier ? Soi-même ou sa famille ? Essayer de vivre ses rêves ou s’enliser dans la misère ?

C’est un roman que j’ai trouvé dur. Les personnages sont rugueux, on s’écorcherait à les frôler. Mais c’est justement leur force de caractère et leurs défauts qui font la force de cette histoire. Le lecteur est plongé dans une atmosphère nauséabonde où flottent des relents de corruption, de misère et de sexe facile. Et encore une fois c’est ce qui donne de la saveur à ce roman. J’ai aimé m’évader dans cet univers, vivre par procuration ce que pouvait être la vie en Indochine dans de telles conditions. Me familiariser avec la grande ville de l’époque, l’administration et la chaleur brûlante.

Cela m’a donné envie de lire au moins un autre livre de Marguerite Duras, qui m’a conquise par son style et son imagination.

Folio, 2003, ISBN 978-2-07-036882-3, 365 pages, 7,90€ édition actuelle

Publicités

6 réflexions au sujet de « « Un barrage contre le Pacifique » pour le centenaire de la naissance de Marguerite Duras »

  1. Tiens, je suis passée en librairie mercredi et il y avait un étalage entier consacré à Marguerite Duras. C’était donc pour ça… 😀
    Je n’ai pas lu ce titre mais j’en ai entendu beaucoup de bien. Je le surligne (car il était déjà noté)
    Si tu as envie de continuer à découvrir Duras, je te conseille « La douleur » – où elle relate la séparation d’avec Antelme et la peur lors de la déportation de ce dernier. Magnifique !

    1. Oui, c’était pour ça ^^ Mais je trouve que c’est un évènement qui passe un peu à la trappe malgré tout, c’est dommage.
      Merci du conseil pour le titre « La douleur », je vais le noter.
      Bises ma Lili

    2. Tout à fait d’accord avec Lili, il faut lire « La douleur » et tout MD. Chaque livre a ses qualités et défauts avec elle, mais « sa » voix est magnifique, toujours.

  2. vous m’avez donné envie de lire ce livre, et bien, c’est chose faite et je suis ravie ! merci ! votre site est très chouette !

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s