« Le grand Coeur », de Jean-Christophe Rufin

le-grand-coeur,M90951Grande fan de Rufin, cela faisait pourtant un bon moment que ce roman traînait dans ma PAL. Il fait partie de ces livres que je me gardais sous le coude pour le lire au bon moment et le savourer pleinement. Et je ne regrette pas d’avoir attendu.

Jacques Coeur était un nom que j’avais déjà entendu, sans pouvoir pour autant lui donner une époque ni une fonction. C’est avec ce roman que j’ai appris qu’il avait vécu à l’époque de Charles VII et que c’était un grand marchand et négociant. Il fut l’Argentier du roi.

Né à Bourges, à quelques pas de la maison natale de Jacques Coeur, Jean-Christophe Rufin a eu envie et besoin de réhabiliter le nom de cet homme dont l’image a été dénaturée avec le temps. L’écrivain a usé du même procédé que Marguerite Yourcenar pour ses Mémoires d’Hadrien (le parallèle est évident dès les premières lignes), en plaçant Jacques Coeur à la fin de son existence et racontant sa vie par écrit, sous la forme de mémoires donc. C’est un procédé habile et efficace puisqu’il nous rapproche du personnage principal qui voit les choses avec un certain recul. Le récit est posé.

Jacques Coeur est né dans une famille modeste. Son père s’occupait d’étoffes, de fourrures et il fournissait le roi. Il demandait parfois à son fils de l’accompagner et ce dernier vivait très mal le traitement que les grands de ce monde infligeait à son père, l’humiliant sans raison en déchirant son ouvrage pour faire baisser le prix. Dès lors Jacques eut à coeur de gagner sa vie sans avoir à dépendre des autres. Très tôt, sa lubie fur l’Orient. Il était attiré par cette destination et son admiration se renforça une fois sur place.

L’histoire de Jacques Coeur est celle d’un selfmade-man. Grâce à ses « chimères’, à des compagnons bien choisis et à une vive intelligence, il parvint à étendre son réseau de commerce avec des comptoirs, comme une toile tissée sur la France et au-delà. Il était avant-gardiste pour l’époque, un pionnier du libéralisme. Pour lui les marchandises et l’argent n’avaient de valeur que s’ils circulaient. Il laissait ses subalternes travailler comme bon leur semblait, prenant la part qu’ils jugeaient la leur, pourvu qu’ils fassent prospérer l’activité. Nul besoin pour lui de thésauriser.

Gravures des personnages des cartes départementales de VuilleminDans le même temps, il mit en place le système de crédit. Ses nombreux débiteurs ne trouvaient parfois d’autres moyens de le rembourser que de le dédommager en propriétés et demeures, si bien que Jacques Coeur se retrouva avec une quantité incroyable de domaines, donc certains dans lesquels il ne mit jamais les pieds. Beaucoup de terres, beaucoup de pierres, beaucoup d’argent. Voilà chose qui ne plait pas à tout le monde, et en premier lieu au roi, ce qui finit par causer sa perte.

A travers ce récit, nous rencontrons d’illustres personnages : Charles VII, Agnès Sorel, la maîtresse officielle du roi qui était apparemment aussi très proche de Jacques Coeur. Comme toujours avec Rufin, le contexte historique est riche et palpable, c’est une plongée dans la France divisée du XVè siècle. Les Anglais possédaient une partie de la France, il y avait le Royaume d’Anjou, le Royaume de Provence…

Je ne sais pas quelle est exactement la part de vérité dans le portrait de Jacques Coeur dressé ici, mais j’éprouve énormément de sympathie pour ce personnage. Même s’il s’est quelque peu enrichi sur le dos du roi (d’un commun accord à ce que j’ai compris), c’était quelqu’un d’humble, de généreux, qui commerçait pour le plaisir plus que par ambition. Il ne voulait pas trop se mêler aux affaires de la cour et ses histoires de coeur étaient sincères.

Encore une fois, c’est un grand coup de coeur. Je suis une grande admiratrice de Rufin parce qu’il sait implanter ses histoires dans un contexte historique et géographique, et parce qu’il est doté d’un talent d’écrivain indéniable. Je ressors de ce roman enrichie.

Ce roman a reçu le Prix du roman historique de la ville de Blois 2012 et le Prix littéraire Jacques-Audiberti 2012.

Gallimard, mars 2012, ISBN 978-2-07-011942-4, 499 pages, 22,50€

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17 réflexions au sujet de « « Le grand Coeur », de Jean-Christophe Rufin »

  1. Le roman historique ne m’intéressait pas trop mais comme toi, j’aime beaucoup l’auteur. Alors si tu dis coup de coeur, je vais le réserver en bibliothèque.

  2. Il y a des livres comme ça, de nos auteurs chouchous qu’on lit au bon moment et c’est bien ! Je l’ai déjà noté celui-ci, il va falloir que je me décide un jour ! 😉

  3. Je l’ai et je ne l’ai toujours pas lu ! En plus c’est un cadeau, on m’a demandé si j’avais aimé… j’ai dit oui !… la honte…

A vous les micros !

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