« Moi, Tituba sorcière… », de Maryse Condé

41MA2PKZCRLRoman reçu de Valoch lors du swap Civilisations antiques organisé par Agnah.

AVT_Maryse-Conde_8174Maryse Condé : née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) où sa scolarité secondaire s’est déroulée avant qu’elle ne vienne à Paris étudier les Lettres Classiques à la Sorbonne. Dans les années 1970, elle enseigne dans diverses universités et entame sa carrière de romancière.
Après la publication de Ségou, son quatrième roman, elle rentre en Guadeloupe. Cependant, elle quitte bientôt son île natale pour s’établir aux USA où elle enseigne aujourd’hui à Columbia University. Ses oeuvres principales sont Heremakhonon (1976), Ségou (2 volumes, 1984-85), Desirada (1997), Célanire cou-coupé (2000).
Maryse Condé, pour qui le devoir de mémoire en ce qui concerne l’esclavage est primordial, préside le comité pour la mémoire de l’esclavage, qui fut créé à la suite de la loi Taubira de 2001, le reconnaissant comme crime contre l’humanité.
A ce titre, l’écrivaine proposa à Jacques Chirac président de la république française de fixer une journée annuelle de commémoration de l’esclavage, chose qui fut faite en 2006, en choisissant la date du 10 mai.

Présentation de l’éditeur : Fille de l’esclave Abena violée par un marin anglais à bord d’un vaisseau négrier, Tituba, née à la Barbade, est initiée aux pouvoirs surnaturels par Man Yaya, guérisseuse et faiseuse de sorts. Son mariage avec John Indien l’entraîne à Boston, puis au village de Salem au service du pasteur Parris. C’est dans l’atmosphère hystérique de cette petite communauté puritaine qu’a lieu le célèbre procès des sorcières de Salem en 1692. Tituba est arrêtée, oubliée dans sa prison jusqu’à l’amnistie générale qui survient deux ans plus tard. Là s’arrête l’histoire. Maryse Condé la réhabilite, l’arrache à cet oubli auquel elle avait été condamnée et, pour finir, la ramène à son pays natal, la Barbade au temps des Nègres marrons et des premières révoltes d’esclaves.

Mon avis : une très belle lecture.

Tituba est un personnage qui a vraiment existé. Maryse Condé a brodé autour de son histoire mais la trame principale est véridique.

Lorsque sa mère est arrivée sur l’île de la Barbade, elle ne savait pas que le marin anglais qui l’avait violée sur le bateau lui avait laissé un souvenir. Abena a été vendue comme esclave et s’est attirée les foudres de son propriétaire lorsqu’il s’est aperçu de son état. C’est pourtant ce bébé a naître qui a redonné la vie à un des autres esclaves, qui se laissait mourir. L’arrivée de ce bébé, même s’il n’était pas le sien, lui a donné envie de se battre et de rester sur cette terre.

Malheureusement, les malheurs vont s’abattre sur Tituba. La mort va rôder autour d’elle, emportant les êtres qui lui sont chers. Grâce à Man Yaya, une guérisseuse, elle va apprendre à utiliser les ressources de la nature, à jeter des sorts et à communiquer avec les êtres disparus. La part de vrai ou de faux, à ce stade là, on s’en fiche complètement. C’est une histoire qu’on prend comme elle vient, en acceptant la part de magie et de surnaturel. C’est ce qui rend ce récit si particulier, dépaysant et enchanteur.

La suite des évènements va mener Tituba à Salem. Si jusqu’à présent ses dons étaient relativement bien accueillis, prodiguant le bien pour anéantir le mal, la perception qu’on se fera de ses pouvoirs à Salem sera tout autre. La chasse aux sorcières bat son plein. Une femme respectable peut être amenée au bûcher à cause d’une dénonciation mensongère, on se méfie de tout le monde. C’est toujours déstabilisant de constater que c’est là où les croyances religieuses monothéistes sont les plus ancrées qu’on assiste à la plus grande sauvagerie et à la bêtise. Dieu est amour, mais côté fidèles c’est une notion à revoir.

Tituba est donc confrontée à l’ambiance anti-sorcières de Salem. Et peu importe qu’on sache qu’elle n’a toujours fait que le bien. Autour d’elle elle verra des femmes se faire emprisonner, être pendues sur la place publique. Le puritanisme ambiant ne concerne pas que les sorcières. Les femmes adultères doivent par exemple porter une lettre écarlate sur leurs vêtements, marquées comme du bétail. A ce sujet je vous recommande chaleureusement La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, un des plus beaux romans qu’il m’ait été donné de lire.

J’ai passé un très bon moment avec ce roman. Pour l’écriture de Maryse Condé, qui sied à merveille au thème et à l’ambiance. Et évidemment pour l’histoire de Tituba et de ce qu’elle dit de l’époque. Très belle découverte !

Folio,  2011, ISBN 978-2-07-037929-3, 278 pages, 7,90€

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8 réflexions au sujet de « « Moi, Tituba sorcière… », de Maryse Condé »

  1. Un très beau billet qui m’a donné envie car j’aime tout ce qui touche aux sorcières (gentilles) que ce soit en France ou celles de Salem, le nombre de femmes qui ont brûlé pour rien est impressionnant, inhumain et révoltant ! Merci pour ce billet fort intéressant ! Je note ce livre…mais pour plus tard ! 😀

  2. Une vie qui semble écrite avec dureté et grâce, d’après ce que tu nous en dis ta chronique. Tu me donnes envie de la découvrir.

A vous les micros !

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