« Gauguin – Loin de la route », de Maximilien Le Roy, Christophe Gaultier et Marie Galopin

gauguin-loin-routeJ’ai pour la première fois entendu parler de cette BD chez Syl, qui en avait fait un billet alléchant. Elle nous présentait cet album dans lequel on apprenait à connaître Gauguin, qui il était, ce qui le guidait. Elle parlait d’un homme qui tenait à sa bouteille, à sa liberté, un révolutionnaire qui est devenu plus indigène que les indigènes.

La lecture de la série Pablo m’a enchantée, j’ai découvert que la BD est un excellent médium pour découvrir un artiste à travers sa vie et son oeuvre. J’avais donc tout autant envie de découvrir Gauguin.

Malgré le billet de Syl, dans mon imaginaire peu averti, Gauguin était un gentil sauvage, alangui par la chaleur et la volupté, la douceur de vivre. C’est ce que je me figurais en regardant ses toiles.

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En réalité, Gauguin était bien moins pacifique que ce que j’imaginais. Il a choisi de vivre en Polynésie à la manière des indigènes. Il a construit sa maison en bois, vivait presque nu et était farouchement anti-colonialiste, incitant les insulaires à ne pas envoyer leurs gamins à l’école et à ne pas payer d’impôts. Son quotidien, c’était la nature, la peinture, la bouteille et les femmes.

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Son histoire nous est contée à travers le personnage authentique de Victor Segalen (la ressemblance du personnage dessiné est frappante !).  Cet érudit est arrivé aux Iles Marquises trois mois après le décès de Gauguin en 1903 et a profité d’une vente aux enchères à Papeete pour acheter les derniers croquis de l’artiste. Dans cette BD, intrigué par le destin de Gauguin, il interroge les gens qui l’ont connu pour approcher l’homme. 

Ce que j’ai aimé dans cet album, c’est connaître Gauguin par les faits plutôt que par mes préjugés. Ce que j’ai moins aimé, c’est l’angle utilisé. Je m’y connais peu en BD, les noms de scénaristes et de dessinateurs ne m’évoquent généralement pas grand chose mais avec Maximilien le Roy, spécialiste des causes difficiles et des esprits révolutionnaires, je sais à peu près dans quoi je m’embarque. Et c’est ce qui m’a déplu : il m’a rendu Gauguin franchement antipathique.  J’aurais préféré garder l’image d’un artiste vivant dans la sérénité et la volupté.

Le Gauguin dépeint se promène dans un vêtement qui ressemble à une couche, il est laid et flasque, il pense surtout à boire et à tripoter les femmes (voire même les très très jeunes femmes si j’ai bien lu la préface…), il a laissé ses enfants à Paris sans s’en soucier… Il m’est apparu comme un rustre égoïste anti-tout et mal élevé. Et quand je regarde ses toiles, je n’arrive pas à calquer un tel homme sur l’artiste auteur des tableaux.

Vous l’aurez compris, je ne juge pas la qualité intrinsèque de la BD, dont j’ai apprécié la structure narrative, la richesse du scénario et les planches. Les traits sont un peu trop grossiers pour moi mais les couleurs vives adoucissent leur rudesse. J’ai aussi beaucoup apprécié trouver les photos des personnages évoqués en fin d’ouvrage.

Non, ce que je trouve dommage, c’est qu’on parle principalement de l’homme et très peu de l’artiste au final. Car c’est peut-être là qu’on aurait pu trouver son humanité.

Le Lombard, nov 2013, ISBN 978-2-8036-3201-5, 88 pages, 19,99€

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17 réflexions au sujet de « « Gauguin – Loin de la route », de Maximilien Le Roy, Christophe Gaultier et Marie Galopin »

  1. Il faut que je lise cette BD. J’ai déjà pas mal lu sur Gauguin, surtout quand il séjournait en Bretagne ou dans ses rapports avec Van Gogh – pas un saint lui non plus! Curieusement les poètes, les peintres, les artistes en général, en somme, que je préfère (Verlaine, Rimbaud, Tristan Corbière, Villon, Céline, etc…) sont loin d’avoir eu des vies exemplaires!

    1. Je t’avoue que de mon côté c’est pareil. J’adore Rimbaud et Van Gogh, et j’adore leurs vies de marginaux. Ils me fascinent. Mais j’ai eu du mal pour Gauguin, je pense qu’il me faudra lire un autre ouvrage pour nuancer mon regard.

  2. Décidément, tu chroniques toujours des BD très très tentantes ! Pour le coup, le côté cromagnon de Gauguin m’intéresse ^^

  3. J’ai beaucoup aimé cette BD. On découvre un Gauguin misanthrope et anarchiste, loin de certaines images d’Épinal, c’est vraiment très intéressant.

    1. Misanthrope, c’est le mot qui ne me venait pas. C’est ce qui me l’a rendu aussi antipathique. En tout cas je te rejoins, c’est très intéressant.

  4. Cela a été ma première déception car je m’attendais à voir l’artiste dans son travail, mais très vite j’ai aimé découvrir l’homme que je ne connaissais pas…. je me suis sentie moins bête !!! et je regarde ses oeuvres avec un autre oeil.

    1. J’avais aussi envie de connaître l’artiste autant que l’homme, et je trouve que cet aspect passe à la trappe. Mais comme tu dis, on a appris des choses 🙂

A vous les micros !

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