« La petite communiste qui ne souriait jamais », de Lola Lafon

7768647169_la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais-de-lola-lafonEn 1976, lors des jeux de Montréal, Nadia Comaneci passe de statut de petite jeune fille roumaine inconnue à star adulée du monde entier. Elle incarne la grâce, la perfection, la maîtrise de son corps et livre aux téléspectateurs du monde une prouesse sportive. Même les juges n’en reviennent pas : elle aura 10, la note maximale. Les tableaux ne sont pas prévus pour ce cas de figure, et c’est un 1.0 qui s’affiche.

Nadia n’a que 14 ans lorsqu’elle gagne sa médaille aux JO de Montréal. Elle en a 18 aux JO de Moscou. Le corps de la jeune fille gracieuse a laissé place à un corps de jeune femme. Les gens, les commentateurs sportifs n’y vont pas de main morte : où est passé le fragile petit oiseau ?

Plus tard, Nadia entre presque en disgrâce. Là voilà réfugiée politique après son départ en cachette de Roumanie. Elle fuit le régime Ceausescu, et sa relation avec le fils de ce dernier. On la voit aux bras de son nouveau « manager », qui a quitté femme et enfants pour être à ses côtés.

Nadia_ComaneciC’est le parcours de cette femme que Lola Lafon retrace dans ce roman, qui se veut à la fois réaliste et romancé. On trouve dans cet ouvrage le résultat de longues discussions entre l’athlète et l’auteure. Leurs échanges sont troublants. Lola Lafon pose des questions, Nadia Comaneci répond comme ça l’arrange, en éludant parfois, en raccrochant au nez d’autres fois. Mais aussi en riant. Sacré caractère !

Ce qui m’a aussi beaucoup plu, c’est qu’il y a un parallèle constant entre l’histoire de Nadia et l’histoire de la Roumanie. Ceausescu, le communisme, le bloc de l’Est contre l’Occident. Le contexte dans lequel a grandi Nadia est exploité avec acuité. On a du mal à croire que les petites filles grandissaient heureuses, mais en se rendant sur place, Lola Lafon s’est rendu compte que beaucoup regrettaient l’atmosphère de l’époque. Ils ne retiennent pas la peur et les privations, mais la solidarité, le sentiment d’appartenir à un peuple. De ne pas avoir des supermachés pleins à craquer mais d’au moins avoir du travail pour se payer le peu qu’on leur proposait.

Quant à l’écriture, elle est vraiment impeccable. Je me suis plongée dans le récit de ce parcours exceptionnel sans en décrocher. Il y a des citations, des passages de conversations entre Nadia et Lola, les descriptions précises des scènes importantes : les figures de Nadia, l’épisode avec son équipe à Paris, sa fuite de Roumanie…

Un coup de coeur !!

Actes Sud, 2014, ISBN 978-2-330-02728-5, 317 pages, 21 €

Publicités

26 réflexions au sujet de « « La petite communiste qui ne souriait jamais », de Lola Lafon »

  1. Tiens, je m’aperçois qu’a priori, le livre ne me tentait pas mais je ne savais en fait même pas de quoi il parlait !!! C’est bête comme on s’attache parfois uniquement à une couverture pour se faire une idée de ce qu’on veut lire ou pas…
    Du coup, si je le croise en biblio, je le feuillèterai avec plaisir pour me rendre un peu plus compte du livre et voir si je me laisse finalement tentée 🙂

    1. Les couvertures jouent beaucoup, j’ai du mal à ouvrir un livre quand la couverture ne me plait pas 🙂 J’ai accroché au texte dès la première page, si cela te fait le même effet, je te conseille de poursuivre jusqu’au bout 😉

  2. J’avoue que le sujet ne m’emballe pas, mais à force de voir fleurir des coups de cœur partout pour ce roman… je vais finir par changer d’avis !

    1. Je n’étais pas intéressée plus que ça non plus au départ, tout simplement parce que de la Comaneci je ne connaissais que ce fameux 10 à Montréal. En réalité elle a une vraie histoire de roman, j’ai été très surprise.

  3. J’ai longtemps hésité à la foire du livre et finalement, je ne l’ai pas acheté… Tu me fais regretté mon choix et je file en librairie…n’hésite pas à passer sur mon blog quand tu as le temps 😉

  4. Conne je suis déçue de ne pas avoir lu ton billet avant. L’auteur était au salon du livre et j’ai hésité à prendre son roman….
    Zut !

  5. Ce roman ne me faisait pas du tout envie…mais à lire ta critique, j’ai l’impression tout de même de rater quelque chose…je vais tranquillement attendre qu’il soit un peu moins réservé à la bibliothèque pour l’emprunter!

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s