« Manhattan Folk Story », d’Elijah Wald (et Dave Van Ronk)

51pX-5wYiVL._Lu en LC avec Bruno, vous trouverez son avis enthousiaste sous mon billet 🙂

Présentation de l’éditeur : Il a laissé son nom à une rue de Manhattan ; il était le gourou des guitaristes de sa génération ; il a enregistré une trentaine d’albums… et vous ne le connaissez pas. Dave Van Ronk, le «chanteur blanc à la voix noire», a pourtant inspiré les plus grands, à commencer par Bob Dylan, qui lui «emprunta» la version la plus célèbre de «The House of the Rising Sun».

Avec malice et franc-parler, ces Mémoires retracent le parcours d’un amoureux du jazz et du blues qui se plonge, dès les années 1950, dans l’atmosphère bohème qui règne à Greenwich. Sur le ton modeste et grande gueule qui a fait sa légende, il révèle les débuts chaotiques de Bob Dylan, Joan Baez, Tom Paxton, Gary Davis, Simon & Garfunkel, Mississippi John Hurt… et tant d’autres. Ami généreux ou insupportable puriste, il se fait constamment piller et ne s’en plaint jamais ; même quand il reste dans l’ornière, à dépendre de contrats mesquins. Loser ? Van Ronk fait surtout figure d’incorruptible, au-dessus de la mêlée. C’est en tout cas dans cet esprit que Joël et Ethan Coen ont conçu le personnage principal de leur film, Inside Llewyn Davis, dont l’odyssée s’inspire de celle de Dave Van Ronk.

Né en 1936, Dave Van Ronk est mort en 2002, alors qu’il rédigeait son autobiographie. Celle-ci a été achevée par Elijah Wald, musicien, ami de Van Ronk et auteur de nombreux ouvrages sur le blues et la pop.

Mon avis : Comme le souligne la présentation de l’éditeur, personne ne connaît Dave Van Ronk, ou du moins pas grand monde. Et pas moi plus qu’un autre. Je l’ai découvert lorsque je suis allée voir Inside Llewyn Davis au cinéma. J’avais été fascinée par le personnage et étonnée de découvrir à la fin du film que l’histoire s’inspirait de la vie de ce chanteur, Dave Van Ronk.

Le père Noël de la maison ayant jugé bon de le glisser dans sa hotte (je l’en remercie encore), j’ai pu me plonger avec délice dans la biographie de l’artiste.

Dave Van Ronk avait entrepris d’écrire un livre sur sa vie avec son ami Elijah Wald. Malheureusement, la maladie emporta le chanteur avant qu’ils ne puissent accomplir leur projet. Elijah Wald termina donc tout seul.

Ce que j’aime beaucoup dans ce livre, c’est qu’on a l’impression d’écouter un gars assis sur une chaise avec sa guitare. Il lève parfois le nez pour vous parler, chope un verre posé sur la table, porte sa clope au bec. C’est le sentiment que j’ai eu. Etre attablée avec lui et l’écouter raconter ses anecdotes.

C’est pourtant un récit structuré, qui suit un ordre chronologique. Les débuts difficiles, le squat chez l’un ou chez l’autre, les affiliations politiques… On ressent l‘atmosphère de l’époque, celle des années 60, même si Dave Van Ronk semble plus sage que ses contemporains. Il a une épouse et essaie de gagner sa vie comme il peut, avec ce qu’il sait faire. C’est un mode de vie un peu roots et bohême, ça boit et ça se drogue gentiment, mais ça ne dépasse jamais les limites qui pourraient le mettre en danger.

Le souci quand on n’y connait rien, comme moi, c’est que Dave Van Ronk énumère un chapelet de noms qui me sont tous plus inconnus les uns que les autres. A part Joan Baez et Bob Dylan, pas grand chose me parle. Ce qui du coup rend difficile la lecture, car le chanteur parle de telle et telle personne, de son style, fait des comparaisons, mais quand on ne connait pas ces noms n’évoquent rien. Cela m’a freinée lors de certains passages, je ne me sentais pas du tout dans le coup.

A côté de ça, c’est une lecture trépidante. On se dit que ce serait impossible de nos jours, de trouver une piaule pour rien et essayer de survivre en jouant sa musique. Entrer dans un bar, montrer ce qu’on sait faire et être engagé sur le champ. Cette spontanéité manque vraiment à notre époque. Rien que pour ça j’ai beaucoup aimé cette biographie. Et puis on en apprend un peu sur le caractère de Bob Dylan, c’est amusant. J’ai aussi beaucoup aimé certaines anecdotes, dont la virée depuis New York jusqu’à San Francisco, avec trois fois rien en poche.

Vous comprendrez donc que si vous aimez la musique de cette époque et l’esprit bohême des musiciens, je vous le recommande vivement. Un conseil toutefois, oubliez le personnage du film. Il y a quelques similitudes mais les deux caractères sont vraiment très éloignés. Regardez les images dans l’encart au milieu de l’ouvrage et gardez en tête le visage de Dave Van Ronk.

Et sa musique !

L’avis de Bruno

Dave Van Ronk ? Un parfait inconnu, ici en France, pour la plupart des gens. Peut-être pour quelques-uns , ce nom évoque t’il, vaguement, quelque chose : mais où, mais quand, mais quoi ? C’est vague, très vague,même très lointain. Soyons juste, il y a certainement, de par chez nous, une poignée d’aficionados qui vénère ce personnage haut en couleur, qui connait ses faits d’arme, qui connait l’importance de son rôle à la fin des années 50 et début 60 et de son apport à la musique dite Folk. Et là, je pense à Jacques Vassal dont Natiora nous a parlé, avec sa légendaire douceur, il y a peu de temps en chroniquant  » Jacques Brel : Vivre debout ».

Quant à moi, je me situe dans la 2ième catégorie : DVR, je l’ai croisé au détour d’un article (je pense aux articles de Jacques Vassal, déjà cité, qui fut Mr Folk de la revue « Rock and Folk » à la fin des années 60), au détour d’une interview de tel ou tel artiste (oui, là, je pense principalement à Bob Dylan et de sa relation amour/amitié/jalousie/brouille avec DVR) ou au détour de la lecture d’une biographie de ce même Bob Dylan ( j’ai ressorti de ma bibliothèque, avec émotion, celle d’Anthony Scaduto parue en 1973) sans que je puisse mettre un visage sur ce nom de DVR. Un peu comme les seconds rôles au cinéma : Mais comment donc s’appelle t’il ? Je suis sûr de l’avoir déjà vu, il n’y a pas si longtemps mais dans quel film ?….

La 1ière question qui me vient à l’esprit : Pourquoi en cette fin d’année 2013, à l’approche des fêtes de fin d’année, avons-nous vu , plutôt bien placé sur les étals et les vitrines des libraires, ce livre  » Manhattan Folk Story »? Alors que DVR est décédé depuis plus de 10 ans!! Alors qu’il avait commencé la rédaction de ses « Mémoires » en retrouvant et en interviewant de nombreux témoins/acteurs de cette période afin d’être le plus juste possible pour rendre compte de l’importance de ces années-là. Il n’a malheureusement pas eu le temps de tout mettre en forme : son ami Elijah Wald a terminé le travail de DVR  (Ne pas oublier de lire la postface!!). Et son livre, paru en 2005, aux U.S.A  peu de temps après son décès, ne sera traduit et publié en France qu’en 2013. Pourquoi ? ( Rappelons simplement que « Chroniques Volume 1 » de Bob Dylan est paru pratiquement en même temps en France qu’aux Etats-Unis). Mon avis est que le film des frères Coen  « Inside Llewyn Davis » est sorti sur les écrans le 6 Novembre 2013 (nous nous souvenons tous que Natiora avait chroniqué, avec enthousiasme,  ce film : chroniquer un film sur son blog est tellement rare!!)  et que un peu partout , on a pu lire (dossier de presse, interview, articles..) qu’ils (les frères Coen) s’étaient librement inspirés de la vie de DVR.Et donc, un éditeur en a profité pour traduire et proposer ce livre juste avant les fêtes de fin d’année. Même s’il y a un côté opportuniste, mieux vaut tard que jamais !!

DVR est un conteur né  et c’est avec délectation que je me suis replongé dans cette époque : la scène Folk à Greenwich Village au début des années 60.

Dès les 1ières pages, dès les 1iers chapitres, la claque ! Comme le résume si bien Agnès Leglise dans son article :  » DVR brille par son humour et son humanité… ».

On apprend 3000 choses en quelques lignes (c’est le but d’une autobiographie, non ?).

D’abord, son passé de militant politique (extrême gauche pour simplifier mais ses pages sur ses convictions m’ont donné envie de relire « U.S.A. » de Dos Passos ).

Puis,ses débuts , incroyable mais vrai, comme musicien de Jazz pour se tourner doucement, à la fin des années 50, vers la Folk Music . Il est important de souligner que la Folk Music est, certes, un courant musical à part entière mais c’est aussi et surtout un travail de recherche et un devoir de mémoire qu’accomplissent des gens comme Alan Lomax, tel un ethnologue, en collectant dans les coins les plus reculés les chants populaires.

Et enfin, nous arrivons à toutes ces pages passionnées et passionnantes sur la vie à Greenwich Village, sur son centre : Washington Square où toutes ces personnes aimant ce style de musique se retrouvaient .  Quand cette musique folk n’était pas encore reconnue nationalement et encore moins internationalement. Quand sortir un disque relevait du domaine de l’exploit. Quand les scènes pour se produire étaient quasiment  inexistantes. Quand personne n’arrivait à joindre les deux bouts. Ces temps de bohème, ces temps de galère !!

 Mais comme nous dit DVR : on sentait un frémissement, on sentait que tout allait exploser. Ce fut Bob Dylan, Joan Baez, Tom Paxton, Peter,Paul et Mary…mais nous étions déjà à la moitié des années 60, juste avant l’explosion du Flower Power.

Oui, DVR est un conteur né. Je ne prendrai qu’un seul exemple : la polémique entre DVR et Bob Dylan pour la version de « House Of Rising Sun » ( Exemple type de la chanson traditionnelle collectée à la Nouvelle Orléans; nous en connaissons tous la version anglaise par « Les Animals » et la version   française : « Les portes du Pénitencier ») qui aboutira à une brouille entre les 2 hommes. Ce que nous en dit DVR est précieux et éclairant.  Nous connaissions, déjà, la version de Bob Dylan dans la biographie écrite par Anthony Scaduto publiée en 1972/1973. Même  le film documentaire de Martin Scorsese  » Bob Dylan : No Direction Home » y fait référence. Par contre, pas un mot par Bob Dylan dans « Chroniques : Volume 1 ». Significatif, non ?

Contrairement à « Chroniques » de B.D, le livre de DVR nous offre un index complet avec toutes les personnes citées et tous les lieux de ce Greenwich Village à tout jamais disparu.

Je reste et resterai enthousiaste de cette époque et de ses acteurs . Merci Mr Dave Van Ronk pour votre témoignage.

Robert Laffont, 2013, ISBN 978-2-221-13873-1, 395 pages, 21,50€

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5 réflexions au sujet de « « Manhattan Folk Story », d’Elijah Wald (et Dave Van Ronk) »

  1. J’aime la musique de cette époque et la vie bohème des artistes, ça tombe bien ! Il faut que je vois le film des frères Cohen du coup aussi ^^

A vous les micros !

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