« Orlando », de Virginia Woolf

unnamed (1)J’ai sorti ce roman qui attendait depuis longtemps dans ma PAL suite à la proposition de Bruno d’en faire une lecture commune.

Résumé : difficile de résumer un tel roman ! Il s’agit d’une biographie fictive de Orlando, un jeune noble anglais. Cela démarre au 17è siècle, nous voyons Orlando rejoindre la cour de la reine Elizabeth. Puis il tombe amoureux d’une russe, est abandonné, devient ambassadeur en Orient et là…. il devient une femme. Une femme qui se consacrera aux lettres, tombera amoureuse et mourra… au 20è siècle !

Mon avis :

Alors je vous préviens tout de suite, c’est un roman qui demande de la concentration. D’habitude je lis facilement à côté de mon homme pendant qu’il écoute les infos ou de la musique, mais là j’en étais incapable. Il faut dire aussi que je l’ai lu en anglais, et même si je le comprends très bien, cela me demande davantage d’attention.

Je n’ai pas réussi à garder de ce roman une vision globale, je me souviens plutôt de chaque épisode de la vie d’Orlando. Une vie riche, incroyable, improbable, avec des rencontres variées, un environnement changeant puisqu’on passe de l’Angleterre à l’Orient, puis à Londres et surtout, car on change d’époque.

Ce que je retiens en premier lieu, c’est l’analyse de Virginia Woolf. Elle dépeint les moeurs, les personnages et les courants de pensée de chaque période. Souvent avec un recul critique très pertinent. J’ai surtout aimé son regard sur le statut des femmes, acéré et plein de bon sens. Elle épingle aussi la bourgeoisie, les intellectuels, les poètes, toujours avec autant de sagacité.

J’ai aussi aimé retrouver ce qu’on appelle the stream of consciousness que j’avais découvert en lisant Mrs Dalloway. Virginia Woolf s’adresse au lecteur comme si elle avait une conversation avec lui, faisant des remarques en aparté, passant d’une idée à une autre sans se soucier de la continuité du récit. Elle écrit cette biographie fictive en mettant un vrai personnage derrière le narrateur, qui ne se contente pas de raconter mais comment aussi allègrement.

Je ne sais pas ce que ça donne en français, mais en anglais c’est une écriture musicale, avec une rythmique qui obéit presque aux règles de la poésie.

Girls were roses, and their seasons were short as the flowers. Plucked they must be before nightfall; for the day was brief and the day was all.

La folie qui ressort de ce roman, l’idée qu’un homme arrivé à trente ans devienne une femme et traverse les époques, est contagieuse et paradoxalement sensée. On lit cette histoire sans remettre en cause les faits, qui tiennent un peu du conte voltairien. On ne doute pas, on ne se pose pas en questions, on se laisse totalement porter par le courant de ce fleuve fougueux.

La préface nous apprend qu’Orlando n’est autre que Vita Sackville-West, une grande amie de Virginia Woolf. Quel bel hommage ! Car ce roman est superbe, puissant, et divinement écrit.

Je vous laisse à présent découvrir l’excellente chronique de Bruno, merci à lui pour cette LC 🙂

Bruno

Pour notre 3ième L.C avec Natiora, le choix s’est porté sur « Orlando » de Virginia Woolf.

La 1ière chose que j’aimerais dire, c’est que, dès que j’ai commencé à lire ce texte, dès les 5 premières pages et même dès la première phrase « Il affrontait à grands coups d’épée la tête d’un Maure… », j’ai ressenti le besoin de lire cette oeuvre dans le calme, dans le silence le plus complet. Cela m’arrive rarement mais ce n’est pas la 1ière fois. D’habitude, pas de problème, je peux lire et me concentrer à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit, dans n’importe quel lieu mais, là, non! C’était la nuit, dans le salon. Juste éclairé par la lampe du bureau. Le texte prend une autre dimension!!
L’histoire ? C’est une biographie. Imaginaire, certes, et de plus imaginative : nous suivons les aventures et les pérégrinations d’un jeune Lord anglais  du XVI siècle jusqu’au début du XX siècle (1928, pour être précis). Sa rencontre avec la Reine Elisabeth, son ascension sociale et son désir d’écrire. Son histoire d’amour avec Sacha, la fille d’un ambassadeur russe. Son séjour en tant que diplomate à Constantinople. Là, un matin, il se réveille, après un long sommeil, en femme. Après une révolte populaire, elle se réfugie chez les tziganes. Mais la vie mondaine de Londres, la révolution industrielle, la modernité en marche, la vie intellectuelle des écrivains et poètes lui manquent : elle rentre en Angleterre.
L’écriture de Virginia Woolf ? Je la qualifierais de musicale. Chaque chapitre, chaque paragraphe commence calmement comme un petit air de flûte. Puis, tout s’amplifie progressivement pour arriver à une apothéose flamboyante. Comme un final wagnérien. Comme les trompettes d’un opéra de Verdi. Comme John Coltrane à la recherche de la note bleue. Comme les soli de Jimi Hendrix venant des étoiles. Comme le coup de cymbale dans  » L’homme qui en savait trop » d’Alfred Hitchcock.
Combien de fois, j’ai dû interrompre ma lecture pour reprendre mon souffle! Combien de fois, à 2 ou 3 heures du matin, j’ai arpenté mon salon en long et en large!
Certes, ses phrases sont souvent longues et parfois même, alambiquées mais gardons en mémoire que V.W vouait une admiration sans borne à Marcel Proust.
Je reconnais, également, que j’ai dû garder à portée de main un dictionnaire. Parfois , j’ai même eu recours à Larousse en 19 volumes. Mais je considère que c’est un plus, non ?
V.W sait décrire avec  précision et enchantement aussi bien les milieux nobles et aristocratiques (banquet au château avec la Reine Elisabeth, réceptions de l’ambassadeur à Constantinople, soirées mondaines et insipides …) que les endroits interlopes de Londres : docks, tavernes, prostituées… Et toujours, dans ses descriptions, l’opposition campagne/ville à travers les siècles.
N’oublions pas dans son écriture, au détour d’une phrase , l’humour   » so british », très caustique et de temps à autre très « langue de vipère » : un seul exemple le portrait « au vitriol » de Sacha, la fille de l’ambassadeur russe que Orlando revoit dans un des premiers Grands Magasins à la fin du XIX siècle- début XX siècle (Pour la description du lieu, Zola n’a qu’à bien se tenir!!).
Et pour en terminer avec l’écriture de V.W : quelques belles pages, émouvantes, sur l’angoisse de la page blanche que connait chaque écrivain.
Maintenant, venons-en à l’essentiel : Quand, pourquoi et surtout pour qui, V.W a t’elle écrit « Orlando » ?
Nous sommes en 1927. V.W vient de publier « Le Voyage au phare ». Et, comme à chaque publication, elle est dans un état d’épuisement extrême.  Depuis toujours, V.W est fragile, ô combien fragile. Dépressive. Proche du suicide. Souffrant de cette maladie que la médecine de cette époque ne savait pas soigner. Un peu plus tôt (en décembre 1922), elle rencontre Vita Sachville-West dont l’amitié se transformera en passion amoureuse. Pour retrouver son désir de vivre, elle se remet à écrire. Elle veut quelque chose de simple (?!?), de ludique, de frivole : ce sera « Orlando ». Le modèle de  » Orlando » sera Vita. Certains éléments biographiques de V.W et de son amie Vita sont facilement identifiables dans ce roman. Quelques exemples : le château (c’est le château de famille de Vita), Constantinople (le mari de Vita y fut ambassadeur), Sacha est Violet Trifusis, un amour d’enfance de Vita (ce qui explique le portrait presque méchant dont je parlais plus haut) etc, etc… Oui, il est vrai que beaucoup de modèles des personnages de ce roman (et ils sont nombreux!!) sont tombés dans l’oubli et, parfois,  ces passages peuvent devenir ennuyeux parce qu’impossible de recadrer le lieu ou la personne mais l’ensemble est d’une haute tenue et m’a enthousiasmé.
Je recommande vivement cette oeuvre et le plus grand compliment que V.W ait reçu viendra, après la publication de ce roman en octobre 1928, de Vita qui lui écrira : c’est la plus belle lettre d’amour que j’aie reçue. Il faut préciser, et ce détail a son importance, qu’à ce moment (octobre 1928), leur passion amoureuse est devenue une amitié qui durera jusqu’au 28 mars 1941, date de la fin prématurée et tragique de V.W.

Wordsworth Classics, 2003, ISBN 978-1-85326-239-5, 165 pages

New Pal 2014

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8 réflexions au sujet de « « Orlando », de Virginia Woolf »

  1. Ahhhhhh Virginia Woolf ❤
    Ce titre est tellement atypique dans son oeuvre, mais surtout tellement jouissif et talentueux. J'ai beaucoup souri à la lecture. Woolf est décidément d'une ironie mordante et en même temps d'une grande douceur dans son hommage à VSW.
    Je suis d'accord avec vous deux : Cette auteure se lit dans le silence et la concentration ; mais pour notre plus grand plaisir !

    1. Je ne suis pas étonnée que tu sois une grande admiratrice de Woolf 🙂 J’adore son ton et ses analyses, j’aurais adoré partager un dîner avec elle ^^

A vous les micros !

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