« Saison brune », de Philippe Squarzoni

41fRjylNQqL._Il me semble que c’est la première fois que je parle d’une bande dessinée de ce genre. D’habitude je lis une histoire, un divertissement. Pour une fois il s’agit d’un document. Un document qui traite de la question du réchauffement climatique.

La situation étant ce qu’elle est, vous vous doutez que ce n’est pas une lecture dont on lève le nez en pensant aussitôt à autre chose. Cela donne à réfléchir…

L’idée de cet ouvrage est venue à Philippe Squarzoni alors qu’il travaillait sur un album politique (Dol), qui devait dresser un bilan des politiques libérales menées pendant le second mandat de Jacques Chirac. Au moment d’aborder les mesures écologiques, il s’est rendu compte que c’était une thématique quasiment absente dans ce bilan. Puis il s’est interrogé, car tout le monde parle de réchauffement climatique, de gaz à effets de serre, mais personne ne sait réellement de quoi il s’agit, parmi les profanes j’entends. Les scientifiques, eux, ne savent que trop bien de quoi ils parlent.

saison-brune2 Ce document est donc le résultat d’une enquête menée par l’auteur pour comprendre exactement de quoi il est question lorsqu’on parle de dérèglement climatique. Alors oui, c’est très scientifique, on voit comment se passe le processus d’auto-régulation de l’atmosphère, de la nature en général. Mais toutes les données sont vulgarisées. Je ne cache pas que cela demande un minimum de concentration, il faut assimiler les informations, les processus de transformation, les noms des organismes scientifiques etc. Si on se donne la peine de s’y intéresser, le constat est édifiant.

On voit comment l’homme met en péril l’équilibre écologique en augmentant la proportion des gaz à effets de serre, avec l’agriculture, la pollution, l’industrie etc. On voit comment les dérèglements s’accélèrent, comment les mesures politiques sont stoppées net par la cupidité des grands industriels…

On voit aussi que les solutions d’énergies renouvelables ont leurs limites, que cela ne va pas sans un changement radical de nos modes de vie et de consommation.

SB01On voit que le dérèglement climatique aura à terme des conséquences graves et irréversibles sur le monde animal et végétal. La fonte des glaces, la modification structurelle des éléments naturels, les problèmes d’adaptation des espèces dans un nouvel environnement, le développement des maladies qui se développent en milieu plus chaud, l’exode de populations qui deviendront des réfugiés climatiques (inondations, sécheresses), l’augmentation du nombre de cyclones, de tempêtes, la disparition pure et simple d’espèces animales et j’en passe.

J’écris ce billet le 14 janvier à 9h15. Mon widget météo affiche 4°C, il y a un grand ciel bleu sans nuage, je sais que cet après-midi je pourrai me balader sans écharpe manteau ouvert et que je n’aurai pas froid. Il y a des signes qui ne trompent pas.

A l’échelle individuelle, on sait bien qu’il nous est impossible de changer le cours des choses. Tant que les oligarques industriels auront la main mise sur le fonctionnement de nos sociétés, que les politiques s’agenouilleront devant eux, il n’y a rien à espérer. En lisant ce document, et en se tenant un minimum au courant de cette question, on sait qu’on va droit dans le mur. Et personnellement, je n’espère rien du tout des grands de ce monde qui nous gouvernent et nous dominent. Affaire à suivre, dans trois ans, dans dix ans, dans cent ans…

Delcourt, 2012, ISBN 978-2-7560-1808-9, 477 pages, 29,95€

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20 réflexions au sujet de « « Saison brune », de Philippe Squarzoni »

  1. Je l’avais lu en pleine canicule… Cette lecture m’a heurtée, mais dans le bon sens du terme. Elle sensibilise très bien au sujet. Il en faut des albums de cette trempe, ils sont plus que nécessaire !

    1. C’est une claque ! Mais il en faut, comme tu le dis à juste titre. La BD est un bon vecteur, on apprend mais en se divertissant, ça peut toucher un public plus large. Sacré boulot en tout cas.

  2. Ce fût une claque pour moi aussi, cet album. Littéralement. Il a changé ma façon de voir les choses. Pas sur le dérèglement climatique ( à mon sens plus perceptible en ce mois de janvier que le réchauffement à proprement parler), j’étais déjà convaincu, mais sur l’urgence de la situation, et sur les réponses à apporter.
    Il m’a donné particulièrement envie de m’intéresser à un courant politique que je méprisais jusque là, les décroissants. Ces théoriciens qui disent que puisque l’on consomme chaque année l’équivalent des ressources de deux planètes, nous nous jetons droit dans le mur, et qu’il faut donc consommer moins de ressources naturelles qui sont par essence finies et pas renouvelables pour un bon nombre. Je n’ai pas encore eu le temps de me pencher sur leurs travaux, mais après Saison Brune, je n’ai plus eu aucun doute; nous ne pouvons continuer comme cela.

    1. Je ne connais pas du tout les décroissants, mais à ce que j’ai lu dans Saison brune et entendu par ailleurs, ils ont totalement raison. On ne peut pas continuer à épuiser les ressources de la planète et à nier les problèmes générés par la main de l’homme. Ce qui est frustrant, c’est qu’en lisant cet ouvrage, on a envie de se retrousser les manches et de prendre le problème à bras le corps, alors qu’à notre échelle… qu’est ce qu’on peut bien faire ?
      En tout cas ta conclusion est la bonne : nous ne pouvons plus continuer comme cela.

  3. Un album sans doute terrible et effrayant. Mais après tout pas la peine de continuer à garder nos œillères, il va bien falloir un jour ou l’autre regarder la réalité en face.

    1. On y pense mais malheureusement nous sommes devenus une société de l’instant, on veut tout tout de suite sans penser au long terme. On le paiera un jour.

    1. Complètement, quand tu vois que les estimations pessimistes des scientifiques sont déjà atteintes, qu’on détruit la planète plus vite que calculé, ça fout les jetons ! Mais pour une prise de conscience collective il faut que nous soyons tous sensibilisés individuellement, et cet ouvrage fait bien le boulot.

  4. C’est fou, je suis entrain de finir de le lire! Et je suis tout à fait d’accord avec toi, cet album nous met face à la réalité. C’est vrai qu’il faut se concentrer, que c’est assez compact, mais on apprend tellement de choses que cela vaut la peine.

    1. C’est très dense, mais on ne peut pas faire autrement pour détailler tous les enjeux et prendre le problème dans sa globalité : problèmes, solutions, échéances etc. On en ressort enrichi. Et flippé.

A vous les micros !

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