« Le déchronologue », de Stéphane Beauverger

le déchronologueJe recherchais la chronique rédigée sur ce roman lorsque je me suis rendue compte que ma lecture était antérieure à la création de mon blog. Evidemment, j’ai lu une quantité de livres avant de vous proposer une visite dans mon jardin littéraire. Mais ce roman fait partie de ceux qui m’ont marquée comme aucun autre et qui méritent que je leur fasse une place ici.

C’est un roman que j’avais lu et chroniqué pour Les Chroniques de l’Imaginaire, je vous propose donc la chronique que j’en avais faite.

Il est des romans qui dès les premières pages nous transportent dans leur univers, des romans dont la magie des mots et de l’imaginaire opère immédiatement, et dont on sait qu’ils vont nous embarquer jusqu’au bout. Le Déchronologue est un de ces romans.

Nous sommes en 1653, dans les Caraïbes. Le capitaine Henri Villon va mourir, et il le sait. Il emploie ses derniers instants à laisser une magnifique lettre-testament, dans laquelle le valeureux héros évoque brièvement ce qu’il fut, transcrit ses regrets, avec une humilité touchante. Il mentionne la présence de ses carnets, qui constituent le roman.

Ces carnets ne sont pas livrés par ordre chronologique. Les années s’alternent sur une période allant de 1640 à 1653. A cette époque, les différentes nations européennes mènent des relations conflictuelles quant à l’établissement de comptoirs et colonies sur les territoires caraïbes. Historiquement les Espagnols ont possédé les terres les premiers, mais les Français, Anglais et Néerlandais veulent aussi leur part du gâteau. Le capitaine Villon, grand consommateur de tafia, est un flibustier qui prêche pour sa paroisse, détroussant des navires pour revendre les marchandises dans les différents ports. A côté de ces considérations mercantiles, une quête particulière l’anime : les maravillas. Les maravillas sont des objets rares venus d’un autre temps, tels que les boîtes de conserve ou les mange-disques. Car des choses étranges se passent dans les Caraïbes : des incursions du futur ou du passé viennent troubler le cours du temps du XVIIè siècle. Les munitions de Villon en témoignent rapidement dans le roman, puisque ses artilleurs balancent des minutes et des secondes, au lieu des boulets de canon auxquels on s’attendrait. Par ailleurs, un mystérieux bateau vogue dans ces eaux et détruit tous les navires sur son passage. Il s’agirait du Hollandais volant, légendaire bateau à l’équipage maudit qui apparaît également dans la tétralogie Pirates des Caraïbes. Henri Villon réchappera à l’attaque de ce navire mais se mettra en tête de le mettre en déroute. L’enjeu du roman va cependant au-delà, il s’agit avant tout de l’initiation du capitaine aux mystères du temps.

La construction du récit est à la fois déroutante et captivante. Le lecteur est ballotté d’une année à l’autre, se demandant ce qui s’est passé pour en arriver là lorsqu’il est projeté six ans plus tard, mais obtenant les réponses au fur et à mesure que le récit avance. Certes, c’est une lecture qui demande concentration, mais Stéphane Beauverger a réussi à intégrer des éléments dans chaque chapitre pour que le lecteur sache où il en est, en mentionnant une bataille, une rencontre, une découverte qui sont autant de repères chronologiques. Au terme du roman on ne peut qu’applaudir la cohérence de l’ensemble.

La précision du roman va au-delà du découpage des chapitres : la langue utilisée est subtile, relevée, ponctuée d’expressions d’époque telles que « Christ mort ! » et du patois d’un des personnages. Quant à l’histoire elle-même, c’est simplement une merveille. Le capitaine Villon est tour à tour diplomate, aventurier, combattant, prisonnier, il nous entraîne dans la jungle sud-américaine, sur les mers, dans les gargotes au milieu des populations de l’époque, de leurs moeurs, de leurs habitations. Que de péripéties ! Quelle plongée dans ces Caraïbes du XVIIè siècle ! Les autres personnages sont extraordinaires, facilement identifiables et apportent beaucoup à la dimension humaine de l’histoire.

Vous l’aurez compris, Le Déchronologue est un roman fabuleux, superbement élaboré, qu’on a du mal à quitter. Et Henri Villon est un personnage que je ne suis pas prête d’oublier. Merci à Stéphane Beauverger pour ce grand moment de lecture !

Grand Prix de l’Imaginaire 2010, prix Bob Morane 2010, prix Lundi 2009, Prix Européen des Pays de la Loire 2009. Mais je ne le compte pas pour le challenge A tous prix d’Asphodèle, ce serait tricher 😉

Folio SF, 2011, ISBN 978-2-07-043707-8, 554 pages, 8,40€

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15 réflexions au sujet de « « Le déchronologue », de Stéphane Beauverger »

    1. J’avais pris des notes pour en faire la chronique et cela m’avait bien servi à suivre le fil de l’histoire. Il faut se concentrer mais comme tu le dis, ça vaut le coup 🙂

    1. Pareil pour moi Denis, la SF ce n’est pas mon truc. Mais ce roman là c’est un mélange de roman d’aventures, historique et de SF. Et merveilleusement écrit.

  1. Bonjour! Je l’ai lu aussi et je confirme qu’il en vaut la peine! Il vaut mieux le lire sur un laps de temps court je pense, sinon il y a de quoi s’embrouiller. C’est aussi amusant de le parcourir dans l’ordre chronologique après, c’est à ce moment qu’on se rend vraiment compte du travail de Stéphane Beauverger.

    1. Tu as raison, mieux vaut ne pas traîner si on veut garder les idées claires sur ce qui se passe, autrement on est facilement embrouillés. Le travail de Beauverger est fabuleux. Quand on sait qu’il a écrit le roman normalement puis qu’il l’a découpé en le retravaillant pour la cohérence et la fluidité du récit, c’est impressionnant !

  2. J’ai du mal avec la science-fiction, mais je dois avouer que ce roman (aussi bien par la forme que le fond) est absolument incroyable! C’est une petite merveille (d’ailleurs je l’ai offert deux fois à noël cette année!)

A vous les micros !

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