« Danse noire », de Nancy Huston

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479x324_logo2_rentree-literaire2013Il y a quelques années j’ai acheté par hasard Lignes de faille, un précédent roman de Nancy Huston que j’avais dévoré. Il était question de filiation à travers les regards de différents membres d’une même famille sur plusieurs années.

En lisant le résumé de Danse noire, j’ai été immédiatement interpellée par cette même thématique qu’on retrouve ici. Ajoutons à cela la plume de Nancy Huston et je me délectais par avance de cette lecture.

Le roman met en scène trois personnages liés par la relation filiale. Nous commençons par Milo, allongé sur un lit d’hôpital. Il retrace le film de sa vie avec son ami réalisateur Paul Schwarz. Un film dans lequel on voit son père Declan et son grand-père Neil.

Milo et Paul imaginent un film dans lequel on voit Neil en Irlande, activiste de l’IRA. Ses espoirs, ses illusions, son exil au Canada, ses rêves d’écrivain étouffés par la morne vie de la campagne nord-américaine… On y voit aussi son fils Declan, qui s’amourache d’une prostituée indienne. L’arbre généalogique donné au début nous révèle d’emblée que Milo sera issu de leur union étrange, mais c’est un fait qui restera longtemps mystérieux dans le récit.

La singularité de cette famille est que Milo n’y a été intégré que fort tard, après une enfance difficile et tourmentée. D’où ce besoin d’aller à la rencontre de ses origines, de raconter d’où il vient, de l’impact que sa vie familiale particulière a eu sur son développement personnel.

Comme dans tous les romans impliquant les points de vue de différents personnages, tous les fils se croisent et s’entremêlent, apportant un éclairage nouveau à mesure que le roman progresse. Pour qu’au final nous ayons une vision globale de cette histoire de famille. Une histoire sombre, parcourue au rythme de la capoeira, cette danse noire à laquelle se prêtent symboliquement les personnages du roman….

L’histoire est superbe, la narration empruntant au cinéma son vocabulaire et sa scénographie impeccable…

…mais quelque chose m’a chiffonnée : l’utilisation de l’anglais. Ou plutôt sa traduction. Le récit est truffé de dialogues écrits en anglais, traduits sous le texte en français… québécois ! L’intention est bonne, cela ancre le lecteur dans le contexte culturel du récit. Mais en tant que traductrice, je lisais le texte anglais en me demandant comme l’écrivain (bilingue) avait rendu tel ou telle expression… et là se posaient deux soucis : soit le texte perdait en saveur, en style et en images avec la traduction ; soit je ne comprenais pas le patois québécois. Je comprends l’anglais, je me suis donc contentée de lire le récit tel quel. Mais pour le lecteur non anglophone, je trouve qu’on perd énormément et que le parler québécois n’apporte pas grand chose.

Mais vous l’aurez compris, mis à part ce défaut somme toute bénin, j’ai adoré ce roman. L’écriture est belle et puissante, le fil narratif extrêmement bien maîtrisée et l’originalité du point de vue cinématographique rend le récit particulièrement vivant et visuel.

Une lecture que je recommande chaleureusement 🙂

Ma note : 17/20 

Remerciements : merci beaucoup à Olivier de m’avoir permis encore une fois de participer aux matchs de la rentrée littéraire Priceminister ! Et merci aux Editions Actes Sud 🙂

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39 réflexions au sujet de « « Danse noire », de Nancy Huston »

  1. Une auteure que j’apprécie beaucoup mais tu n’es pas la seule à avoir eu ce bémol concernant les passages en anglais ! Moi qui suis loin d’être forte en anglais, ça me gênerait….beaucoup ! A voir donc ! 😀

    1. Cela me rassure, je craignais que ce soit ma déformation professionnelle qui ne fausse trop mon jugement. Ravie de savoir que je ne suis pas la seule ! Néanmoins j’ai adoré le roman, une histoire qui m’a conquise !

  2. J’ai lu d’autres bonnes revues comme la tienne sur ce livre et il me tentait bien. J’ai pris la garconniere au final pour les matchs de la rentree litteraire mais celui ci m’intrigue. Ca m’a fait sourire de lire ce que tu ecris a propos du francais quebecois, oui j’imagine que ca doit faire bizarre et effectivement s’il y a de l’anglais pour les non bilingues ca ne doit pas etre evident. C’est toujours difficile je trouve les traductions ou de savoir dans quelle langue approcher un auteur.

    1. J’ai beaucoup hésité avec « La garçonnière » car j’avais adoré « Le confident » d’Hélène Grémillon.
      Pour la traduction j’ai eu le réflexe de chercher le nom du traducteur tant je la trouvais mal faite, alors que c’est l’auteure elle-même qui s’est chargé de l’anglais et du français québécois. C’est particulier mais on s’y fait j’imagine. J’ai préféré m’en tenir à l’anglais.

      1. Oui c’est pas evident ces choix, on voudrait pouvoir tous les prendre! hihi greedy!
        c’est l’auteur elle meme! C’est interessant et surprenant surtout quand tu dis que le texte perd de sa subtilite. Quand je le lirais, je m’en tiendrais donc a l’anglais aussi dans ce cas 😉

        1. Nancy Huston est née dans la Canada anglophone mais elle vit à Paris, elle maîtrise donc parfaitement les deux langues et le français québécois aussi. C’est intéressant ce mélange des trois langages, mais effectivement j’ai préféré lire l’anglais qui est plus imagé.

  3. Tiens, la première bonne critique que je lis de ce livre! Mais non, toujours pas tentée, Nancy Huston et moi, on a définitivement divorcé avec son dernier essai.

    1. Ah oui ? Il a si peu plu ? Tant mieux pour moi alors, c’est toujours plus sympa d’apprécier sa lecture ^^ Je ne connais pas l’essai dont tu parles, mais ton divorce me rend curieuse…

      1. Dans une émission littéraire belge dans lequelle le livre était la figure imposée, une seule personne l’a défendu, et encore. Les autres l’ont peu apprécié, notamment à cause des détails que tu cites mais à cause également de l’artifice de la mise en scène filmique et d’autres choses que je n’ai pas retenues…

        L’essai, c’est « Reflet dans un oeil d’homme » (http://www.les-lectures-de-cachou.com/reflets-dans-un-oeil-dhomme-nancy-huston/). Une auteur capable de dire que la femme est faite pour être regardée et l’homme pour regarder, qu’elle ne peut pas ressentir le même type de désir sexuel que l’homme (ou de l’attrait pour les corps nus comme l’homme en ressent pour les corps de femmes nues), que l’homosexualité est culturelle ou encore que les couples homos ne peuvent pas tenir dans le temps parce que l’homme homo étant un homme, il est fait pour papilloner, non, je ne peux pas, surtout quand la personne se prétend féministe. Depuis, je ne peux juste plus, même pour ses romans. Je suis tombée de haut, c’était une de mes auteurs préférées…

        1. Ouh la, je comprends mieux. Une chance que je ne sache cela que maintenant, j’aurais nettement moins apprécié le livre. Je ne comprends pas que quelqu’un pluriculturelle comme elle qui me semble intelligente à la lecture de ses romans puisse en réalité avoir des pensées aussi archaïques et… stupides.
          Merde alors.

    1. J’apprécie beaucoup cette maison d’éditions, pour ses choix, le format du livre et comme tu le soulignes la beauté de ses couvertures.
      J’espère que l’histoire te plaira aussi 🙂

  4. Bonjour, Le Bison avait écrit une chronique aussi emballée que la tienne sur ce livre, mais il n’avait pas parlé de ce petit problème de traduction simultanée. Tabernacle !

    À voir… j’ai tellement de livres à lire !! 😉

  5. Je ne sais trop pourquoi mais ce n’est pas une auteure qui m’attire… Pourtant, je me demande si je n’ai pas un de ses romans dans ma PAL, tiens.

  6. Il est dans ma PAL parce que j’aime beaucoup cette auteur. N’ayant pas lu de bonnes chroniques qui me donnent envie de le sortir, il attend un peu. J’espère tout de même le lire avant la fin de l’année.

    1. Parfois on tombe mal, essaye de lui donner une seconde chance. Et si tu n’accroches toujours pas, laisse tomber oui, après tout il y a tant d’autres livres 🙂

  7. Cette utilisation de l’anglais a l’air de chiffonner beaucoup de monde… Voilà bien longtemps que je n’ai pas lu cette auteure, j’attendrais peut-être sa sortie poche par contre !

  8. Ta critique donne très très envie de découvrir ce roman (bon, j’avais déjà envie de le découvrir avant…mais cela a renforcé ma conviction!), merci!

  9. Nancy Huston écrit magnifiquement bien et reste dans des thématiques régulières : la filiation, la relation à Dieu, la mémoire et l’empreinte du temps sur nos vies, l’Histoire. Bises

A vous les micros !

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