« Chéri », de Colette

2013-09-20 10.35.37Et si on croisait nos PALJ’avais acheté ce roman lors d’une foire aux livres à Lille, non seulement pour la beauté de ce petit livre, mais aussi parce que j’avais envie de lire Colette un jour. Je n’envisageais pas de le sortir de ma PAL avant un moment, mais Bruno m’ayant proposé d’en faire une LC, je me suis dit pourquoi pas ?

Comme Bruno n’a pas de blog, vous trouverez son avis à la suite de mon billet (quand je l’aurai).

Résumé : Léa de Lonval, une courtisane de près de cinquante ans, est la maîtresse de Fred Peloux, surnommé Chéri. A mesure qu’elle éprouve le manque de conviction croissant de son jeune amant, Léa ressent, avec un émerveillement désenchanté et la lucidité de l’amertume, les moindres effets d’une passion qui sera la dernière. Pourtant il suffira à Chéri d’épouser la jeune Edmée pour comprendre que la rupture avec Léa ne va pas sans regrets.

Mon avis : coup de coeur !

J’aurais eu tort de me priver plus longtemps de cette lecture, qui m’a véritablement enthousiasmée !

Léa a 50 ans, c’est une courtisane qui vit au jour le jour, dans la frivolité, et dans les bras de son jeune amant, avec qui elle est liée depuis plusieurs années. Leur relation est évidemment charnelle, mais aussi maternelle. Léa tance Chéri comme un enfant, le reprend, lui dit quoi faire, comment… Une relation tendre, mais inégale, car inscrite dans un schéma de soumission.

Chéri est devenu un homme, il doit se marier, et évidemment pas avec Léa. Sa mère manigance un mariage arrangé, qui finit par s’organiser. Et voilà Léa reléguée au second plan. Elle sent le coup de vieux s’abattre sur elle : elle est « vieille », seule, et a passé son temps auprès de Chéri en sachant que cela ne donnerait jamais rien.

Sont ainsi décrits les tourments de Léa. Mais aussi ceux de Chéri, qui doit se fondre dans son rôle de mari, avec quelque peu de difficultés. D’autant qu’il passe d’une amante de caractère à une épouse totalement soumise.

Le roman tourne autour du couple mais ne s’arrête pas là. Il y est beaucoup question de la vie mondaine du début du XXè siècle, avec son lot de faux-semblants, de mesquineries. Car Léa est une amie de la mère de Chéri, et cette dernière prend un malin plaisir à parler devant Léa du mariage de son fils et de sa promise. Le qu’en dira-t-on est très présent, même si de tous les personnages, c’est certainement Chéri qui s’en affranchit le plus.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Léa, une femme forte, qui se veut forte du moins, attachante, pleine d’optimisme mais aussi de lucidité. Chéri a aussi son charme, on le sent tiraillé entre ses désirs et ses devoirs, et comme Léa l’a toujours traité en petit garçon et non en homme, il a du mal à endosser son rôle d’adulte.

Au-delà de l’histoire, je suis complètement tombée sous le charme de l’écriture de Colette. Elle décrit avec brio en même temps la joie et la tristesse, la volonté et l’abattement, tout cela avec une pointe d’humour et d’ironie joliment maîtrisée. J’ai adoré me plonger dans son univers, c’est frais, léger, pertinent, poignant, tout cela à la fois.

Je suis heureuse d’avoir pu aller à la rencontre de cette auteure, et j’espère que j’en tirerai le même plaisir quand je la relirai.

Ce roman compte pour le challenge des 100 livres à lire au moins une fois de Bianca, et je confirme, il est vraiment à lire 🙂

challenge-des-100-livres-chez-bianca (1)

Billet de Bruno…

Il y a quelques temps, Natiora cherchait des personnes pour des lectures communes. Nous avons convenu, pour une première lecture, le roman de Colette :  « Chéri ».
    Avant d’être publié en Juillet 1920 chez Fayard, ce roman parut d’abord en feuilleton de Janvier à Juin 1920 dans la revue « La Vie Parisienne »  : Cela s’en ressent dans le découpage des différentes scènes.
   En 1920, nous sommes juste après la guerre. C’est le début des « années folles » . Colette a 47 ans et est, depuis 1919, directrice littéraire au journal « Le Matin ». Sa vie sentimentale, à ce moment là, est une fois de plus mouvementée : elle sent son mari Henri de Jouvenel s’éloigner et dans quelques mois, elle aura le fils de son mari et de sa première femme, Bertrand, comme amant qui rend son roman « Chéri » prémonitoire. Cet épisode est relaté dans toutes les biographies de Colette.
    Car quel est le sujet de roman ? Rien de plus simple (Quoique!!) : Léa, une femme d’âge mûr (presque la cinquantaine)et Chéri de 24 ans son cadet sont amoureux. C’est leur histoire, c’est leur passion, c’est leur séparation, ce sont leurs retrouvailles et, de nouveau, à la toute dernière page, la rupture. Mais celle-ci sera t’elle définitive ? Nous ne le saurons pas.
   Deux mots de l’écriture de Colette  : une écriture claire, limpide, précise. Les descriptions des personnages, je pense surtout à celle de Chéri, au début du roman, en quelques pages, est significative du style de Colette : son enfance, son éducation, l’emprise de  sa mère ses relations avec les femmes etc.. : tout est dit en quelques pages.
   D’autres personnages ont droit à leur portrait. Souvent un paragraphe plus ou moins long, parfois juste quelques phrases ou quelques mots mais toujours si bien choisis que l’on voit sans peine ces personnes.
   Dans son roman (dans ses romans ?), Colette ne décrit pas seulement ses personnages, elle s’attarde longuement sur les lieux : maisons et appartement avec moult détails comme les couleurs, les descriptions des meubles et des bibelots, l’atmosphère des pièces. Elle nous parle aussi des situations comme par exemple, Chéri au restaurant, les fins d’après-midi où Mme Peloux tient salon…
  Colette sait choisir judicieusement  ses adjectifs qui accompagnent presque chaque mot, chaque nom. Elle ne se départit jamais, tout au long de son récit, de cette petite pointe d’humour et de cette petite pointe désabusée agrémentée d’un zeste de mordant.
  Elle rend compte, fort bien, de ce Paris du début 20ième siècle. Oui, d’accord, celle d’une certaine société plus qu’aisée. Mais c’est cette société, je le pense sincèrement, que Colette connait le mieux depuis l’âge de 20 ans quand jeune provinciale, elle débarque à Paris et s’apprête à épouser Willy.
   Pour terminer, un autre aspect de ce roman m’a comblé : les joutes orales. La plus savoureuse, à mes yeux, est la joute entre Léa et Chéri, tels chien et chat, après leur premier baiser qu’ils échangent dans le salon de Charlotte Peloux, mère de Chéri.
Mais il y en a d’autres comme la passe d’armes entre Mme Peloux mère et Lili, encore plus âgée, accompagnée par son amant adolescent, le prince Ceste. Juste avant que Léa ne prenne la décision de quitter Paris sans donner de nouvelles.
  Ce roman est un vrai enchantement.  Je ne saurais trop le conseiller. Quant à moi, c’est certain, je lirai d’autres écrits de Colette : romans, nouvelles, articles journalistiques, carnets de souvenirs autobiographiques.
  Je ne sais pas encore dans quel ordre.

 

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10 réflexions au sujet de « « Chéri », de Colette »

  1. Tu as bien fait de mettre que c’est un coup de coeur… Je l’aurais mis pour les Claudine. Je prends ton lien… Je ne me rappelais plus de ce billet !

A vous les micros !

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