« Le Sanglot de l’Homme noir », de Alain Mabanckou

2013-07-16 16.28.41Voici un livre qui a atterri sur ma PAL le 17 mars 2012, lors du Salon du Livre de Paris. J’adore Alain Mabanckou et j’ai eu la chance de le rencontrer au détour d’une allée puis au stand des Editions Fayard pour une dédicace.

Le Sanglot de l’Homme noir est un essai sur la vision que les noirs ont d’eux-mêmes vis-à-vis de l’Europe, et plus généralement, de l’Occident. Par rapport au blanc pour être claire, ce que le titre indique puisqu’il s’agit d’un clin d’oeil à l’essai de Pascal Bruckner Le sanglot de l’homme blanc. Je ne l’ai pas lu mais à ce que j’ai compris, il s’agit de pointer du doigt la culpabilité vaine et condescendante du blanc envers le noir ; une charge sans complaisance contre les errements des pensées tiers-mondistes selon le résumé trouvé sur Amazon.

Alain Mabanckou suit une logique assez proche, mais inversée évidemment. Pourquoi subsiste-t-il cette rancœur à l’égard de l’ex colonisateur blanc ? Pourquoi l’identité africaine devrait se définir en opposition aux blancs ? Il s’interroge donc sur la question de l’identité africaine. Quelle est-elle ? N’y en-a-t-il pas plusieurs ? Celle des Congolais, celle des Sénégalais, celle des émigrés ?

Il a du mal à comprendre la notion d’identité nationale. L’identité est le fait, pour une personne, d’être un individu donné et de pouvoir être reconnu comme tel. Il s’agit donc d’une question individuelle, et non nationale. Ce qu’on est c’est ce qu’on fait de soi. Alain Mabanckou a grandi au Congo, ex-colonie française, et a la nationalité française de naissance (même si l’administration s’était bien gardée de lui faire savoir). Il est parti en France pour ses études, puis s’est vu proposer un poste de professeur de littérature française aux Etats-Unis. Il n’a pas une identité figée par ses origines, mais une identité qu’il s’est créée par son vécu. Il raconte l’anecdote d’un homme qui l’aborde à la salle de sports, l’appelle « mon frère » car il est noir aussi, et se plaint de la façon dont les noirs sont traités par rapport au blanc. L’écrivain écoute mais peine à comprendre ce clivage.

Ce qui ne l’empêche pas de constater qu’il existe une certaine forme de racisme. Pas un racisme outrancier, mais présent tout de même. Il raconte comment les blancs raillaient les noirs à la fac, qui s’expriment dans une langue plus châtiée. Comment le blanc a du mal à admettre que la France n’est pas blanche avec des descendants de gaulois mais qu’elle est un brassage de cultures et de couleurs. Un blanc demandera à un noir « quelle est ta nationalité ? ». Et si le noir répond « Je suis français », il y aura toujours cette pensée sous-jacente qu’il n’est pas complètement français.

D’autres thèmes sont abordés, dont celui de la littérature dite africaine. Écrite par des immigrés ou pas. Qui essaie de véhiculer un message, ou juste de renouer avec la culture et la tradition africaine. Existe aussi le problème des extrémismes, de ceux qui considèrent que la littérature africaine doit être écrite dans le dialecte, alors qu’il s’agit de langues orales plus que littéraires. Le danger est de privilégier la forme avant le fond, ce qui ne sert pas la littérature africaine (ni en général d’ailleurs).

Cet essai permet donc de souligner certaines incohérences, de pointer du doigt certaines injustices, et pas mal d’incompréhensions. Ce n’est pas rébarbatif, ça se lit très facilement, d’autant plus que l’essai est émaillé de plusieurs anecdotes intéressantes. Notamment celle d’une altercation entre l’auteur et un Afro-Américain, où l’on voit que même entre noirs il peut y avoir un sentiment d’infériorité.

Pour terminer, je voudrais citer un passage de l’introduction, qu’Alain Mabanckou adresse à son fils :

Je t’ai adressé cette missive comme une sonnette d’alarme afin que tu ne tombes jamais dans ce piège. Tu es né ici, ton destin est ici, et tu ne devras pas le perdre de vue. Demande-toi ce que tu apportes à cette patrie sans pour autant attendre d’elle une quelconque récompense. Parce que le monde est ainsi fait : il y a plus de héros dans l’ombre que dans la lumière.

Fayard, 2012, ISBN 978-2-213-63518-7, 182 pages, 15€

Et pour le plaisir, parce que j’adore cette photo…

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16 réflexions au sujet de « « Le Sanglot de l’Homme noir », de Alain Mabanckou »

    1. Merci Asphodèle :-* Je suis contente de t’avoir donné envie de le lire, j’ai beaucoup aimé, je trouve ses réflexions très pertinentes. J’espère que tu apprécieras autant que moi 🙂

  1. Merci pour cet avis très intéressant et complet ! Comme je te disais, j’ai découvert l’auteur grâce à toi et j’avais beaucoup aimé, et ce livre + ce que tu en dis me font très envie ! C’est un sujet qui me passionne, alors je n’ai aucun doute qu’il soit fait pour moi 🙂

  2. Très bel article, tu me donnes très envie de découvrir ce texte! Je n’ai lu qu’un roman de cet auteur, cela me dit bien de retenter l’expérience!

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