« En Italie, il n’y a que des vrais hommes », de Luca de Santis et Sara Colone

EnItalie-couv_102179Vous connaissez tous les persécutions qu’ont subies les juifs pendant la seconde guerre mondiale et durant les années de fascisme qui la précédait. C’est ce qu’on étudie le plus à l’école. Mais on écarte trop souvent la question des autres « ennemis » du fascisme et de la « race aryenne » : les tziganes, les opposants politiques… et les homosexuels.

C’est sur ces derniers que se sont penchés Luca de Santis et Sara Colone. En Italie, il n’existait pas de loi qui permettait de condamner les homos, car Mussolini avait déclamé : Nous n’avons pas besoin d’une loi pareille ! En Italie, il n’y a que de vrais hommes ! » D’où des semblants de procès à huis-clos, sans témoins, assortis de sanctions arbitraires. Quantité d’homos ont ainsi été isolés, sur des îles notamment, où ils n’avaient pas le droit d’entrer en contact avec les prisonniers politiques, regroupés sur une autre île. Personne ne devait savoir la véritable raison de leur présence sur l’île.

Pour nous raconter ces évènements des années 30, les auteurs ont pris le prétexte de deux journalistes préparant un reportage. Ils questionnent Ninella, cinquante ans après les faits, qui leur parle non sans mal de son expérience. De la façon dont il a été arrêté, jugé sans procès, et envoyé sur l’île de San Domino sans avoir même le temps de dire au revoir à son frère et à sa mère.

De ce qu’il a vécu sur l’île, le sentiment d’abandon. Ce n’était pas de la prison, mais du confinement. Ils étaient assez libres, mais leurs conditions de vie très difficiles. On se penche sur une série de personnages, dont Mimi, le petit jeunot, timide et attachant, à qui il arrivera une mauvaise aventure. Nous n’assistons à rien de sexuel dans cet ouvrage. Ces hommes se retrouvent ensemble et se serrent les coudes, en toute amitié. On se doute que parfois plus mais c’est à peine suggéré. Les auteurs ont vraiment décidé de s’attaquer au problème de leur détention et pas au strict fait qu’ils étaient homosexuels.

Je n’ai pas trouvé cet ouvrage extrêmement intéressant dans le sens où on n’apprend pas plus que le minimum : le pourquoi, le comment, le où, le quand de ces confinements. Mais au niveau de l’intérêt humain j’en ai eu pour mon compte.

Dargaud, 2010, ISBN 978-2-5050-0797-5, 173 pages, 16,45 €

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19 réflexions au sujet de « « En Italie, il n’y a que des vrais hommes », de Luca de Santis et Sara Colone »

  1. ça me rappelle un peu mon album de la semaine dernière sur les tziganes. Un album qui serait presque « tristement d’actualité ».

  2. Comme quoi… l’orgueil des uns peut aider les autres… Aider, dans le sens où ils ne furent pas parqués dans des camps. Ok, l’île n’était pas un paradis, mais de deux maux, je choisirais le moindre.

    Dutemps de la reine Victoria et de la loi réprimant l’homosexualité masculine, elle n’avait pas jugé bon d’en faire une interdisant l’homosexualité des femmes parce que, selon elle, entre femmes, ça n’existait pas. Un peu comme Mussolini qui considérait qu’un Italie, il n’y avait que de vrais hommes.

    1. Oui, je comprends ce que tu veux dire. Sur l’île ce n’était pas évident non plus, mais effectivement, on ne les traitait pas comme des sous-merdes. Du moins ce n’est pas mon impression avec cette BD.

  3. bon, pas un coup de coeur mais intéressant quand même. Je note dans les « au cas où (je la croise à la biblio) » …
    Bonne journée

  4. J’ai repéré ce titre à sa sortie et je ne l’ai toujours pas lu ^^ Bien envie de tenter l’expérience malgré tout. Merci pour ton avis 😉

  5. Je l’ai lue à sa sortie. Pour ma part ce que j’en ai retenu c’est surtout la tristesse des prisonniers lors de leur libération, comme si cette période où ils pouvaient enfin vivre sans se cacher a été plutôt une bonne expérience. Je me souviens aussi n’avoir pas du tout aimé les dessins et cette horrible couleur « caca d’oie ».

  6. Il est vrai que le (triste) sort réservé aux homosexuels durant cette sombre période est encore assez peu abordé en littérature (enfin, c’est un ressenti personnel, pas une donnée statistique…) Je trouve intéressant qu’il soit rappelé… Je le note de suite aussi ! 🙂

A vous les micros !

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