« Bleu presque transparent », de Ryu Murakami

2013-05-21 10.39.01

Autant que possible, j’essaie maintenant de me procurer mes livres pour les challenges à la bibliothèque. Mon appartement ressemble de plus en plus à une caverne aux livres et même si ce n’est pas désagréable, ce n’est pas toujours gérable. Cela me permet en plus de me contenter de ce que je trouve et ainsi de piocher des lectures vers lesquelles je ne me serais pas tournée de prime abord. Comme ce roman de Ryu Murakami. Non seulement parce que ce roman a fait la guerre, a dû subir des pauses goûters et je ne sais quelles autres aventures (vive le gel anti-bactérien), mais aussi parce que la couverture suspecte ne m’attirait pas des masses.

La quatrième de couverture a cependant éveillé mon intérêt :

Ce premier roman d’un étudiant de 24 ans reçut en 1976, l’année de sa publication, le prix Akutagawa, le Goncourt nippon. En six mois, un million et demi d’exemplaires étaient vendus et le livre déchaînait les passions. La critique japonaise a parlé de « sensibilité révolutionnaire », de « regard qui zoome et panoramique lentement comme une caméra », de « filtre de lucidité à travers lequel la violence et l’érotisme le plus cru acquièrent de la pureté ». Mais on l’a accusé aussi de cultiver au contraire systématiquement l’érotisme et la brutalité. Etc

Mon avis : waouh

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce roman, mais la couleur a très vite été annoncée. Nous suivons une bande de jeunes Japonais marginaux, qui se nourrissent de pilules en tous genres et se plantent des aiguilles dans le bras comme nous prenons notre café. Avec une désinvolture déconcertante.

La quatrième de couverture, que j’ai coupée car très longue, évoque Orange Mécanique. C’est à peu près ça, la méchanceté en moins. Ces jeunes là se défoncent mais le font dans leurs appartements, sans mêler les gens à leurs folies.

Ce qui va souvent avec la drogue, c’est le sexe. Ce roman ne déroge pas à la règle. J’ai pensé à La philosophie dans le boudoir de Sade en lisant les scènes imaginées par Murakami. A deux, à trois, à quatre, on s’échange, on se regarde… C’est l’orgie totale ! Et c’est même parfois difficilement concevable, je fronçais les sourcils au-dessus de mon livre tant ça ressemble à un numéro d’acrobates parfois.

Le personnage que nous suivons, le « je », c’est Ryu. Nous suivons donc ses pensées, et avons en même temps que lui l’esprit parasité par les effets de la drogue. J’ai beaucoup aimé cette transposition, cette vie par procuration. Les sensations physiques sont également très bien retranscrites. Je ne rêve pas secrètement d’une vie de dépravée, mais j’aime quand un écrivain sait me mettre à la place de quelqu’un qui ne me ressemble pas. C’est le talent de l’auteur que je mets ici en avant.

Ces jeunes ne sont pas insouciants, au contraire. C’est pour oublier et s’oublier qu’ils vivent intensément. Ce que je n’ai pas compris c’est la forte présence des noirs, qui n’ont rien à envier aux jeunes Japonais question sexe et drogue. J’ai du mal à me figurer une communauté noire à l’époque, et l’explication historique ou sociale m’échappe totalement.

Finalement le hasard a bien fait les choses. J’ai beaucoup aimé cette lecture, aller à la rencontre de cette jeunesse perdue. Et je suis étonnée (en bien) qu’un tel livre ait reçu un accueil aussi favorable.

Ce roman s’inscrit dans le challenge auteurs japonais d’Adalana, puisqu’il fallait découvrir Ryu Murakami ce mois-ci, ainsi que dans le challenge A tous prix de Laure puisque Bleu presque transparent a reçu le prix Akutagawa et le Prix Gunzō du nouveau talent en 1976.

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21 réflexions au sujet de « « Bleu presque transparent », de Ryu Murakami »

  1. J’avais beaucoup ce titre à l’époque où je l’ai lu, il y a plus de 15 ans. Murakami est un peu un auteur culte pour moi. Le roman de lui que je préfère reste Les bébés de la consigne automatique. C’est un petit bijou !

  2. je tâcherai de le trouver à la médiathèque.Mon appartement commence à être également ingérable alors il va falloir que je sois raisonnable.
    Le titre est beau, le contenu semble difficile, surtout si tu le compares à « Orange mécanique », film qui m’a perturbée longtemps. A prendre, feuilleter…Merci pour ta chronique qui me fait découvrir cet écrivain.

    1. C’est spécial, mais ça vaut le coup. A mon sens. Orange mécanique m’a dérangée par son côté amoral, ce qu’on ne trouve pas ici.

  3. j’ai vu ton message sur le livre que j’ai lu et je suis comme toi. De temps en temps (pas tout le temps) j’aime lire des livres qui portent plus loin que « l’entendement » des vies tranquilles que nous menons. L’auteur sait être extrémiste et accentuer les travers en les rendant « plausibles » car forcément il existe des gens comme ceux qu’il décrit.
    La littérature doit savoir nous « violer » dans notre confort de lecteur et MURAKAMI Ryu est de ceux-là. Son œuvre est nécessaire et mérite d’être mieux connue.
    Comme pour un jeu video, il faut savoir le lire sans se transposer dans ces situations et rester clairvoyant. Ces livres nous marquent et quand il y a du talent littéraire, alors bravo…

  4. Ben moi j’aime bien la couverture mais le côté « jeunes Japonais marginaux »… hm non, pas pour moi. Cela dit, il paraît que c’est un très bon écrivain.

    1. Je te rejoins totalement sur l’adjectif « malsain ». Drogue et sexe à outrance pas toujours consentant, on peut dire que c’est malsain. Mais comme tu le soulignes ça n’empêche pas d’aimer 🙂

  5. Grâce au challenge d’adalana j’ai découvert cet auteur avec Miso soup que je t’invite à lire aussi.
    Je viens de me procurer Les bébés de la consigne automatique et je pense que progressivement je lirais toute son oeuvre traduite en français parce que j’ai eu un sacré coup de coeur pour cet auteur.

  6. Je l’ai lu aussi pour le challenge d’Adalana, et j’ai un avis assez opposé au tien. Je trouve donc intéressant de lire ton ressenti. Si tu as aimé, je ne peux que t’encourager à poursuivre la découverte de cet auteur, par exemple avec Les bébé de la consigne automatique, qui est le roman de ryû Murakami que je préfère parmi ceux que j’ai lu à ce jour.
    Pour ce qui concerne la présence des noirs, elle s’explique tout simplement par l’occupation du Japon après la seconde guerre mondiale par les américains, qui y ont conservé quelques bases assez longtemps, notamment à Okinawa..

    1. Merci pour cette explication ! parfois je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez, j’ai pensé à des noirs d’Afrique et pas des afro-américains ! ah la la…
      Dommage que tu n’aies pas aimé, je vais aller lire pourquoi 🙂

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