« La nuit de Valognes », d’Eric-Emmanuel Schmitt

Je crois que je ne remercierai jamais assez Nath de m’avoir fait découvrir cet auteur. Pour le challenge EES nous avons choisi de nous lancer dans la lecture commune de la pièce de théâtre La nuit de Valognes, et, une fois de plus, je suis sous le charme.

Résumé : Par une nuit orageuse, quatre femmes se retrouvent dans le château de La duchesse de Vaubricourt. Don Juan, qui les a bafouées autrefois, sera jugé et devra réparer ses torts en épousant Angélique, filleule de la duchesse. À la surprise générale, le séducteur mythique accepte !

Mon avis : coup de coeur ! (pour changer ^^)

C’est la première pièce qu’a écrite Eric-Emmanuel Schmitt, et même si une partie a été réécrite (scènes 5 à 11 de l’acte III), je suis subjuguée par le talent précoce de l’auteur. Bon, 29 ans, ce n’est pas le summum de la précocité, mais c’est mon âge, et je suis à mille lieues d’avoir autant d’esprit que lui, de finesse dans l’analyse des sentiments, de talent d’écriture.

Ici nous assistons à la vengeance d’une femme sur Don Juan, le bourreau des coeurs qui a pris celui de sa filleule. Son instrument sera un semblant de procès, orchestré par quatre alliées qui ne savent pas au départ pourquoi elles sont invitées dans cette demeure isolée de province. Le panel sélectionné est hétérogène, cela va de la religieuse à la comtesse coquette. Les personnalités de chacune sont bien mises en avant, cela aide à visualiser les scènes, ce qui n’est pas toujours facile pour les pièces de théâtre. La duchesse a eu la bonne idée de placer le portrait de Don Juan dans la salle où sont accueillies les quatre femmes, et chacune s’efforce de faire croire qu’elle ne reconnaît pas Don Juan : le comique de situation passe très bien, on imagine sans peine leurs expressions à la vue du tableau ^^

Ceci dit la partie la plus intéressante commence lors de l’apparition de Don Juan. Lorsque le procès commence. Car Don Juan ne va absolument pas se comporter comme on était en droit de s’y attendre. La duchesse compte punir le séducteur pour avoir berné pléthore de femmes, les abandonnant aussitôt conquises. Pour châtiment, il devra épouser sa filleule, et contre toute attente, Don Juan accepte. Comment le procès se déroule-t-il ? Et surtout, pourquoi accepte-t-il sa peine ? Ce serait dommage de tout vous dévoiler, je m’abstiendrai donc.

Sachez que (je me répète mais que dire d’autre?, Eric-Emmanuel Schmitt me bluffe à chaque fois) l’auteur fait preuve d’une capacité d’analyse qui fait mouche, notamment en ce qui concerne le comportement des femmes. Mais évidemment aussi celui de Don Juan, dont le coeur est plus tourmenté qu’on ne le croit.

J’aime l’image de Don Juan qu’a voulu en donner Eric-Emmanuel Schmitt : un homme qui aspire à l’amour, séduit, mais ne trouve de plaisir que dans la séduction justement. Dès qu’il a triomphé, le charme se rompt. L’auteur dresse donc un portrait plus sensible, plus romantique, que celui qu’on lui connait habituellement, à savoir un homme à femmes qui se contente d’enchaîner les conquêtes sans états d’âmes.

Il y a aussi une très belle partie sur l’amour, qui apparaît sous la forme d’un souvenir en arrière-plan. Un souvenir étonnant, qui met en scène un Don Juan désespéré d’avoir perdu son âme soeur.

J’appréhendais un peu de changer de genre, en passant du roman au théâtre, mais force est de constater qu’Eric-Emmanuel Schmitt transforme tout ce qu’il touche en or, du moins à mes yeux. Une symphonie d’émotions qui résonnent en moi longtemps après la lecture.

Les avis de : Nath,

Magnard lycée, 2004, ISBN 978-2-210-75471-3, 157 pages, 5,20 €

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19 réflexions au sujet de « « La nuit de Valognes », d’Eric-Emmanuel Schmitt »

  1. Je me souviens l’avoir vue au théâtre il y a quelques années (ça ne me rajeunit pas, d’ailleurs…) et appréciée. Ca me plairait bien de la lire un de ces jours, je pense : les sujets des pièces de théâtre de cet auteur me tentent davantage que ceux de ses romans.

    1. Je suis devenue une inconditionnelle d’EES, tous les sujets qu’il aborde me touchent. Cette pièce doit être très agréable à regarder, mais à lire on prend peut-être plus le temps d’apprécier ses réflexions.

  2. Quel enthousiasme ! J’ai trouvé le mois dernier (en faisant mes courses) Concerto à la mémoire d’un ange, ce sera mon premier de cet auteur, il est sur la pile…il attend son tour ! 🙂

  3. Je n’ai jamais lu cet auteur mais j’ai beaucoup d’autres lacunes par ailleurs. Il va falloir tout de même que je me penche un jour sur EES car je sais déjà que c’est un écrivain très brillant

    1. C’est vrai, on apprécie mieux de voir une pièce que de la lire. Mais cette pièce repose plus sur les dialogues que sur les jeux d’acteurs, c’est l’avantage.

A vous les micros !

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