« Colo Bray-Dunes 1999 », de Dav Guedin et Craoman

David, alias Dav Guedin, avait l’habitude d’animer des centres de vacances en été, et d’avoir à sa charge une ou deux personnes handicapées. S’en occuper lui avait plu, et il a donc décidé de rejoindre une structure spécialisée à Bray-Dunes en 1999. Mais entre un ou deux handicapés et une trentaine, il y a une très grosse différence, que David n’avait pas suffisamment anticipée.

Cette bande dessinée retrace les trois semaines de David dans ce centre. Nous y trouvons des double-pages de portraits, présentant l’un ou l’autre des vacanciers, ses particularités. Et aussi des situations quotidiennes, tels que le déjeuner ou la toilette. On voit aussi comment David s’accommode de la situation. Dégoûté au départ, il se fait à son travail et effectue finalement les tâches sans rechigner.

J’ai eu beaucoup de mal à lire cet ouvrage. En premier lieu à cause des dessins. Les personnages sont difformes, même les animateurs. Ils sont dotés de grosses têtes, avec un grand front, de grands yeux noirs, tout cela posé sur un petit corps. Des membres mous, élastiques, Et puis il y a la vie au quotidien, la bave, les vignettes scatologiques qui m’ont donné des haut-le-coeur.

A côté de ça, le partage de l’expérience est intéressant. David ne s’imaginait pas comme ce séjour allait être difficile, et il nous transmet ce vécu pour que nous sachions à notre tour à quoi cela ressemble d’être animateur dans un centre spécialisé. Pas seulement la relation avec les malades, mais aussi avec les membres du personnel encadrant, qui n’est pas toujours de tout repos.

Je suis au final très mitigée sur cette lecture. Le propos est intéressant et informatif, on ferme cette bande dessinée avec le sentiment de savoir quelque chose de plus par rapport au moment où on l’a ouverte. Mais je n’adhère pas du tout à la forme, à cause de ces personnages horrifiques qui ont rendu ma lecture très pénible.

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

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Delcourt, collection Shampooing, 2012, ISBN 978-2-7560-3516-1, 120 pages, 14,30 €

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23 réflexions au sujet de « « Colo Bray-Dunes 1999 », de Dav Guedin et Craoman »

  1. Cet album n’est certainement pas pour moi ! Je travaille moi-même auprès de personnes handicapées et tous les ouvrages qui ont tendance à surfer sur le cliché, les images-choc du quotidien… cela a tendance à m’agacer. Ce sont des personnes comme nous, avec leurs difficultés, certes… mais leur handicap les fait souffrir. Ils ne sont pas difformes. Bref, les métaphores visuelles qu’il utilise vont me donner de l’urticaire ^^

  2. Le plus difficile avec les handicapés c’est justement les toilettes (nettoyer le derrière!) possible que les visages se difforment lors de ce moment et que l’on ne s’en rende même pas compte…
    Il est en commande à la médiathèque de Perpi ! Je vais attendre sa sortie 😉

    1. Dans cette BD les visages sont difformes tout le temps, comme sur le dessin ci-dessus. J’ai vraiment du mal avec ça. J’ai hâte de connaître ton avis en tout cas 🙂

  3. je ne suis pas spécialement fan de BD, non pas que je n’aime pas ça, mais je ne trouve pas vraiment mon bonheur (bon, je ne cherche pas trop en même temps !). Mais le sdessins ici sont absolument affreux !!!!!
    L’histoire est quand même tentante, intéressante, mais je crois que les images me décourageraient tout de suite.

  4. Bonjour, je suis le David de l’histoire, je n’avais pas vu cet article qui est l’un des rares à critiquer notre livre et surtout de façon très subjective. Je tenais à dire que celui qui l’a écrit a mis l’accent sur le dessin mais a exagéré son propos en l’illustrant par l’un des pires. Oui sur ce dernier dessin les gens ont des visages horribles et surtout un. à savoir que c’est la représentation d’un « vacancier » qui vient de se passer la tête à travers une vitre, elle a des bouts de verre plein la figure et que les animateurs autour sont donc en panique. Pas vraiment représentatif de l’ensemble du livre en fait. Extrêmement subjectif. Dans ce livre oui les handicapés ont de grosses têtes et de petits corps mais tout comme les animateurs encadrants. ça s’appelle le style. c’est un parti pris. Mais on ne peut le juger sur un dessin. c’est un peu hâtif. Pour ma part j’ai reçu beaucoup de courrier d’éducateurs spécialisés qui m’ont remercié pour ce livre qui était pour eux un vrai témoignage de leur quotidien.
    Pour cela oui il faut faire preuve d’un peu d’ouverture d’esprit.
    Mon propos n’était pas de montrer les handicapés comme des gens difformes, mais plutôt de donner une idée de comment j’ai vécu ce parcours.
    je me suis fait violence pour aller travailler avec ces adultes handicapés, parce qu’avant ça quand j’en croisais dans la rue j’étais assez effrayé par certains visages et comportements. tout cela s’est envolé depuis. Ma démarche était sincère et je ne pouvais pas ne pas montrer cet aspect des choses. On ressent dans ce livre mon dégoût (notamment dans des moments comme la toilette) qui se transforme au fur et à mesure en autre chose. à vous de voir quoi. et si vous vous arrêtez au dessin et bien tant pis. J’ai vu en signature des gens qui avaient dépassé ces à prioris et qui avaient été transportés par cette bd. Bref je ne pense pas avoir trahi ni moqué quiconque. J’ai raconté une histoire telle que j’avais envie de la transcrire. ça n’a pas été facile mais le résultat me plait.

    « Imagine ces dessins avec les scènes où les p’tits vieux se font nettoyer le derrière. Horrible, je me sentais vraiment mal. »
    c’est exactement ce que j’ai ressenti en les nettoyant et du coup vous aussi, je trouve que je suis parvenu à partager mon expérience.

    voilà cordialement.
    Dav

    1. J’assume totalement la subjectivité de mon avis, c’est bien l’objectif de ce blog : donner MON ressenti. Et comme je l’ai dit dans mon billet, j’ai bel et bien apprécié le fond, même si pas du tout la forme. Si, si, relisez bien. Puis après tout, une bande dessinée s’appuie sur des dessins (scoop?) et si je n’aime pas ces dessins, c’est mon droit de le penser et de le dire. Je ne prendrai pas la peine de vous répondre quant à mon « ouverture d’esprit », elle se porte très bien. C’est plutôt à vous de considérer que malgré les excellents retours sur votre merveilleux ouvrage qui ne connait pas la critique, quelqu’un puisse ne pas avoir été enthousiasmé.
      Bien cordialement.

  5. Cher Dav, excusez-nous de ne pas tous nous extasier sur le génie de vos dessins.
    Apparemment si vous relisez bien les commentaires Natiora n’est pas la seule à ne pas trop apprécier…
    Il me semble que lorsque l’on fait un métier comme le vôtre, on doit accepter les critiques sinon on en change.
    D’ailleurs si tout le monde était en adoration devant votre création cela serait un peu inquiétant, vous seriez devenu trop consensuel….
    Quant à sa critique générale, il ne me semble pas qu’elle soit si négative car sur le fond elle est plutôt positive.
    Quoi qu’il en soit, vos dessins ne me donnaient pas envie de lire votre BD en dépit du sujet. Mais après avoir lu votre commentaire, je n’ai pas envie non plus de vous connaitre, un peu d’humilité ne vous ferait pas de mal.

  6. Bonsoir,
    Je suis Craoman, le dessinateur de ce livre (avec Dav, qui lui a réalisé les portraits).
    Effectivement les dessins de cet ouvrage sont particuliers, un style. Les têtes sont plus grosses que les corps, cela permet de plus facilement représenter les émotions, les expressions. Comme Dav l’a écrit, il s’agit d’un choix et on l’assume tous les deux. De plus il n’y a pas de différence de traitement entre les vacanciers et le personnel qui les encadrent.
    Justement je me suis posé la question, pour ce livre, comment j’allais différencier en dessin les animateurs des vacanciers. En regardant des photos, je réalisé que j’avais une vision très caricatural d’eux. J’étais resté sur de vieilles impressions de l’époque où enfant je passais mes étés avec des groupes d’handicapés. Cela m’a aussi permis de changer le regard que je portais sur eux. J’ai remarqué que c’était pour beaucoup les médicaments qui déformaient les gens (visages tirés, cernes, poids) et aussi la manière qu’ont leurs responsables de les habiller, comme pour les infantiliser. Je ne travaille pas dans ce milieu mais je ne suis pas d’accord avec cette méthode et c’est cela que j’ai voulu appuyer dans le dessin.
    De même, dans son récit, Dav remet en question le fait de les grimer, de les déguiser constamment alors que pour certains cas, il s’agit d’individu qui ont besoin d’une routine et de repères. Et là c’est le système d’encadrement qu’on remet en question.
    Non là où je ne suis pas d’accord, c’est dans le choix du dessin qui n’est là que pour illustrer le propos de l’article et non le livre. Effectivement cette image est particulière mais elle se replace dans un contexte, une vacancière à qui l’on a refusé une cigarette vient de se cogner à plusieurs reprises le visage contre une table et cours s’enfoncer la tête contre une vitre. Ça laisse des traces ce genres de choses, même la scène en vrai était horrible.
    Alors on ne peut pas résumer 140 pages de bandes dessinées par ce dessin.
    Et ça m’irrite un peu de lire des commentaires qui jugent ces 140 pages qu’à travers ce dessin.
    Le problème se situe juste là.

    Je vous souhaite une bonne soirée
    Crao

    Quand à Baxter le p’tit toutou, va voir au fond du jardin, je crois que je entendu des feuilles bouger ! bise

  7. Bonjour Crao, le petit message perso est une attaque extraordinaire digne d’une cour de récré.
    De plus, lorsque l’on attaque quelqu’un on essaie au moins d’écrire sans aucune faute de français. Je comprends mieux pourquoi tu dessines..

    1. Bonsoir,
      Je n’ai pas aimé du tout les dessins, et c’est ce qui m’a empêché d’apprécier cette BD, dont, je le répète, j’ai aimé le fond. Et je n’ai aimé AUCUN dessin, que j’aie donc choisi cette vignette ou une autre cela ne change strictement rien. Cela n’a rien à voir avec la façon de voir les handicapés, vous auriez dessiné des princesses à grosse tête ç’aurait été exactement la même chose. J’ai détesté le style, c’est tout.

  8. Une dernière chose crao
    Je ne comprends pas que l’on n’accepte pas la critique quand on fait ce métier.
    Ton génie est-il si extraordinaire que nous simples lecteurs devons nous extasier devant tant de talent ?
    Dois-tu décider pour nous ce qui est beau ou moche ?
    Quelle tolérance !!
    Quant à défendre Natiora, j’estime juste que je suis d’accord avec elle et que les reproches sont infondés. Cela s’appelle de la solidarité.
    Alors dire que je suis son petit toutou est vraiment minable et indigne d’un génie comme toi.
    Bien cordialement

  9. Bonsoir à tous

    En tous cas, après lecture de ce débat un peu houleux, force est de constater que les « critiques littéraire de blog » ne supportent pas d’être à leurs tours critiqués. Je trouve que « dav » a tenté de se justifier non pas parce qu’il a la tête trop gonflée mais surtout parce que le sujet a l’air de lui tenir à coeur. et pour ma part j’estime que sa tentative est louable.
    Il n’est pas parvenu à ses fins. Tant pis. Mais au même titre que « Natiora » a parfaitement le droit de critiquer, la personne concernée a le droit de même de réagir et d’exprimer sans ambages son ressenti.
    Craoman n’est pas resté sur le bas côté car lui même concerné, a martelé l’argument de Dav sur la subjectivité de l’image montrée sur ce blog. Comment lui renier ce droit ?
    Je suis un lecteur assidu de blog critique en tous genres. Je trouve ce moyen d’expression très pratique, il permet de faire connaitre le point de vue de parfait inconnus et ici le débat m’a passionné. Sans parler évidemment de certains commentaires qui n’ont l’air d’être là que pour appuyer une amie ou une chérie. Mais Bref passons.
    Bonne continuation à tous.

    1. Bonsoir Alain,
      La critique de mes critiques ne me pose pas problème, c’est le jeu. Mais j’ai le sentiment de ne pas avoir été lue, et c’est ce qui m’irrite quelque peu. Ce que je dis de négatif ne concerne QUE les dessins, car je dis bien que j’ai trouvé le sujet intéressant. Quand Dav m’écrit  » Pour ma part j’ai reçu beaucoup de courrier d’éducateurs spécialisés qui m’ont remercié pour ce livre qui était pour eux un vrai témoignage de leur quotidien », je ne vois pas en quoi j’ai dit le contraire. Justement, j’écrivais « il nous transmet ce vécu pour que nous sachions à notre tour à quoi cela ressemble d’être animateur dans un centre spécialisé ». Donc bon
      Se justifier, c’est une chose. Mais il y a la façon de le faire. Si vous estimez qu’il l’a fait de façon tout à fait correcte, c’est votre ressenti. Moi j’ai eu l’impression d’avoir été lue en diagonale.
      Dois-je encore le redire ? Je ne critique pas l’expérience, ni le fond : seulement la forme.
      Bonne soirée Alain, et bienvenue sur mon blog.

  10. Chère Natiora,

    Merci pour l’accueil tout d’abord.
    Mais quand vous parlez d’irritation parce que vous avez le sentiment de ne pas avoir été lue. Je me mets à sa place à lui qui a dû ressentir quelque chose de bien pire. ça n’est pas seulement contenu dans votre article mais aussi et peut être surtout dans les commentaires. Vous « encouragez » les lecteurs potentiels à ne pas le lire tout de même. Pardon le mot est un peu fort.
    Je crois que Dav a l’air d’avoir beaucoup donné pour cette expérience comme il le confie autant pour la vivre que la transcrire. Je peux comprendre qu’il se sente un peu blessé. Vous pouvez, chère Natiora, lui accorder ça. Vous n’avez fait qu’écrire un article et vous même semblez irritée qu’il ne lui convienne pas. Remettons tout de même les choses à leur place.
    Et puis quand vous dites que vous vous êtes sentie mal à la vue de ces mêmes dessins pendant la toilette. N’était-ce pas la volonté des auteurs ?
    J’ai en effet lu de très bonnes remarques sur cet album. Quand je l’ai vu à la bibliothèque de mon quartier. Je dois avouer que la couverture ne m’a pas attiré. Mais ce débat m’a donné envie de le lire. Si les dessins sont « spéciaux » à raison, je trouve que ça n’en est que plus intéressant. S’ils ont choisi tous deux de ne pas utiliser un dessin plus conventionnel pour être sincère dans leur transcription. ça donne beaucoup plus d’intérêt à l’oeuvre parce qu’ils devaient savoir que ça serait rédhibitoire pour certains…c’est courageux ! Voilà pour moi une vraie démarche artistique !
    Autre chose, vous dites qu’une bd s’appuie sur le dessin, mais que faites vous du texte, du découpage, bref de la narration. La bd ne semble pas être votre domaine de prédilection chère Natiora…

    Pour finir une dernière question, si je puis me permettre, est ce réellement vous sur la photo de votre avatar ?
    Si oui je vous trouve très jolie sur cette image même si je sais que ça ne fait pas du tout parti du débat.

    bonne continuation.

    Alain

  11. Bonsoir,
    Je trouve ça un peu hallucinant le débat qui est mené ici. Hallucinant car tout de même ambigu. Alors que je trouve cela assez positif qu’une critique puisse interpeller un auteur au point qu’il ressente le besoin d’expliquer sa démarche artistique. Dommage que ce genre de débat n’ait lieu que sur des critiques négatives… Car admettez qu’il est assez rare qu’un auteur se manifeste lorsque nous, petits blogolecteurs, nous fendons d’une critique dithyrambique…
    Après, l’intérêt de ces espaces d’échange tel que celui que Natiora anime est bien de créer le débat.et de confronter les regards qui peuvent être posés sur un ouvrage.
    Enfin, je fais partie de « ces gens » qui ont abondés dans le sens de Natiora. Il est vrai qu’elle ne m’a pas donné envie de lire l’album. Ensuite, quand on connait un minima les réseaux de lecteurs, il s’avère que l’on se regroupe avant tout par affinité littéraire. En l’occurrence, le ressenti de Natiora a, à de nombreuses reprises, fait écho au mien sur d’autres lectures. J’ai donc tendance à prêter attention au fait qu’elle soit restée extérieure au travail artistique proposé ; dire qu’elle ne prête pas attention au message ou qu’elle appréhende les illustrations au premier degré est donc bien mal la connaître.
    Je trouve juste cela dommage de réduire cet échange à une question de personne.

A vous les micros !

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