« Accabadora », de Michela Murgia

Voici un roman qui a fait le tour de la blogo en très peu de temps ! Pourtant c’est une sortie poche, il faut croire que le bouche-à-oreille a particulièrement bien fonctionné. J’ai moi-même été conquise par les nombreux billets que j’ai lus sur Accabadora. Olivier ayant eu la gentillesse de me prêter ce roman, je me suis empressée de le lire, faisant fi de mes « obligations » de lecture tant j’avais moi aussi envie de me plonger au plus vite dans cette histoire.

Résumé de l’éditeur : Dans l’obscurité d’un village sarde, une silhouette drapée d’un châle longe les murs, pénètre dans une maison un instant, puis disparaît tel un mirage. A l’aube, un vieillard agonisant aura enfin trouvé la paix. La dernière mère, L’accabadora a oeuvré. Maria, fille adoptive de Tzia, heurtée par cette coutume, l’interroge. Il est des mystères auxquels seule une mère peut initier.

Mon avis : très beau roman.

En lisant les divers avis, j’avais été très attirée par le décor, un village de Sardaigne. Par l’importance de la tradition. Par le rôle mystérieux de l‘accabadora. J’avais le sentiment que j’allais retrouver le même enchantement que dans Le coeur cousu de Carole Martinez, roman qui reste un de mes gros coups de coeur pour 2012.

Je n’ai pas ressenti la même chose, mais j’y ai trouvé quelques uns des ingrédients qui m’avaient tant plu. Tout d’abord, le personnage de la femme âgée. Qui incarne la sagesse et la tradition. Elle a choisi de prendre Maria pour fillus de anima, c’est-à-dire pour fille adoptive, une fille de coeur. Sa mère s’en occupait peu et l’a vendue facilement. Chez sa nouvelle mère, Tzia, Maria a trouvé la tendresse, le confort, l’éducation. Mais Maria, malgré son jeune âge, comprend bien que Tzia lui cache quelque chose quand elle l’entend partir au beau milieu de la nuit.

Tzia vient apporter le repos éternel aux âmes des mourants qui n’arrivent pas à quitter leur enveloppe terrestre. Ce qu’elle fait n’est pas clairement décrit jusqu’au soir où elle accepte d’aider un jeune homme à mourir, tant il ne peut plus supporter sa condition d’estropié. Elle agit toujours en étant sûre de ses actes, quand elle sait qu’elle fait ce qu’il y a de mieux pour le malade. C’est un rôle à la fois effrayant et très noble, et on sent que le village lui est reconnaissant, en discrétion.

Maria est le personnage le plus instable. Elle grandit, et ne sait pas toujours où se situer entre sa famille de sang et sa famille de coeur. Elle se doute que Tzia a un secret mais est loin de se douter de sa teneur. Vous vous en doutez, elle finira par le découvrir, et cette partie là m’a moins plu. J’ai trouvé sa réaction brutale, excessive, et sa naïveté m’a déçue. D’ailleurs la quatrième de couverture citée ci-dessus est trompeuse quant à sa réaction.

Ce que j’ai en revanche beaucoup aimé dans ce roman, c’est la quiétude du village, où tout le monde se connait. Les relations qui se tissent entre les habitants, l’aide qu’ils s’apportent. J’ai aimé imaginer les femmes dans des jupes traditionnelles, parler un dialecte inconnu. J’ai énormément aimé Tzia, cette femme qui agit en son âme et conscience, gardant la tête froide quand son coeur est tourmenté. J’ai aimé le paganisme cotoyant la religion avec la sorcellerie. J’ai aimé tout ça.

Néanmoins, je pense qu’Asphodèle avait raison. Quand on entend autant de bien d’un roman avant de le lire, on risque d’être déçu. J’avoue qu’il y a un peu de vrai. Principalement car j’ai trouvé ce roman trop court. Je n’ai pas assez d’images en tête, je n’ai pas emmagasiné assez d’émotions. Je n’ai pas eu le temps de m’attacher à Maria, pas eu le temps de la comprendre. J’aurais aimé profiter un peu plus de Tzia. Connaître un peu mieux Andria. Mais quelque part, ce goût de trop peu, n’est-ce pas un compliment ?

D’autres billets : OlivierAsphodèle, Syl, Adalana

Points, 2012, ISBN 978-2-7578-2999-8, 182 pages, 6,30 €

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13 réflexions au sujet de « « Accabadora », de Michela Murgia »

  1. Natiora, Mes images étaient certainement plus intenses que les tiennes car j’ai vécu certaines situations. Ce livre est une projection dans mon enfance et un lien avec ma grand-mère.
    Pour Maria, je pense que sa réaction excessive est en fonction de son éducation et du pacte qu’elles ont signé moralement. Pas de mensonge. Ce n’est pas l’acte de l’accabadora qu’elle rejette au final, mais surtout le fait que Tzia le lui ait caché. Cette trahison fait très mal.
    Bise… je retourne à ma cuisine.

    1. J’avais perçu cette proximité à la lecture de ton très beau billet 🙂
      Je te suis sur l’explication de la réaction de Maria, mais j’ai eu du mal à me mettre dans ses chaussures à ce moment là. Il aurait fallu que Michela Murgia m’aide un peu 😉
      Il est un peu tard maintenant mais bon appétit !

  2. Ha, je n’ai même pas eu le temps hier de venir commenter ton beau billet ! Je ne sais pas si j’ai raison mais, souvent quand j’ai vu des billets élogieux un peu partout, j’attends que la pression retombe avant de lire le livre et d’avoir un peu oublié les billets !!! 😆 Mais dans ce genre de livre, chacun se projette à sa façon et au final il en reste toujours quelque chose !!!^^

    1. C’est un bon conseil, je ferai comme toi les prochaines fois. Je me suis créée plein d’images en lisant les billets, j’aurais dû laisser passer un peu de temps. Mais cela ne m’a pas empêchée de beaucoup apprécier cette lecture 🙂

  3. Je rejoins en grande partie ton avis, sauf que pour moi, c’est un « beau roman », sans le « très ». Même après avoir lu ton avis, j’ai continué à espérer retrouver l’enchantement du Cœur cousu et ai été très surprise par la tournure qu’a pris le roman, très différente de ce que j’imaginais. J’ai énormément aimé l’ambiance et la façon dont Michela Murgia la construit petit à petit. C’est ce que je retiendrai de ce roman.

    1. J’ai retrouvé l’atmosphère du Coeur cousu, mais je n’ai pas été aussi enchantée par l’histoire et le style, loin de là même. Pour autant, j’ai sincèrement trouvé que c’était un très beau roman, pour l’ambiance effectivement 🙂

A vous les micros !

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