« Sept histoires qui reviennent de loin », de Jean-Christophe Rufin

De par ses fonctions de médecin dans l’humanitaire et de diplomate à l’étranger, Jean-Christophe Rufin a eu de nombreuses fois l’occasion d’aller à la rencontre de peuples et de cultures lointaines. Loin de se cantonner à une vision exotique et extérieure de ses voyages, son oeil acéré a su saisir l’essence de ces cultures, et aussi capter les défaillances et aspérités au coeur de ces destinations lointaines.

C’est ainsi qu’en sept nouvelles, l’auteur nous fait voyager aux quatre coins de la planète à travers les histoires de personnages ancrés dans une culture, un lieu.

Passion francophone : une jeune femme venue de Kirghizie est en visite à Paris, ville qu’elle rêvait de visiter tant elle aime la culture française. Mais elle ne comprend pas pourquoi personne ne comprend son français alors qu’elle a suivi les cours particuliers d’un prisonnier francophone. Que ne ferait-on pas pour regagner sa liberté ?!

Les naufragés : un couple vit sur un morceau de plage isolé sur une île (de l’océan indien me semble-t-il). Le mari est un voyageur, mais la femme a toujours vécu sur cette île. Elle est nostalgique de l’époque où les colons vivaient dans la richesse et que les locaux n’étaient que les serviteurs. Le point de vue dans cette nouvelle est intéressant, l’auteur racontant sans apporter aucun jugement.

Le refuge Del Pietro : un homme âgé est passionné de montagne. Mais depuis son mariage il n’a pu en profiter. Il a enfin pu convaincre sa famille de l’accompagner dans les Dolomites, mais tout ne va pas se passer aussi bien qu’il l’espérait.

Nuit de garde : à Paris, un médecin doit aller déclarer la mort d’un patient en pleine nuit. Cette nouvelle est celle qui m’a le moins parlé, elle est plus noire et moins imprégnée d’émotions que les autres.

Les fiancés de Lourenço Marques : formidable histoire d’amour ayant pour épicentre Maputo, au Mozambique.

Garde-robe : à travers le récit de son père revenu de la seconde guerre mondiale, un blanc vivant au Sri Lanka raconte à une connaissance l’histoire de son « majordome », son comportement face à la guerre et sa façon de penser. Une immersion intéressante dans l’esprit d’un homme en faveur du terrorisme.

Train de vie : l’usager d’un train reliant Paris à la province évoque comment un de ses trajets fut un des grands moments de sa vie, alors qu’il a permis à une inconnue de donner un nouveau souffle à la sienne.

L’écriture de Jean-Christophe Rufin est comme toujours magnifique. Il parvient en quelques phrases à créer une atmosphère et des émotions palpables, nous transportant à la fois dans un lieu précis, qu’on perçoit par des couleurs, des senteurs, le souffle du vent, mais aussi dans le coeur et la tête de ses protagonistes. Ces nouvelles sont véritablement sept histoires, des unités complètes qui ne laissent pas de goût de trop peu, mais au contraire l’impression de bien connaître chacun des personnages. Encore une belle réussite !

Chronique réalisée pour Les Chronique de l’Imaginaire

Folio, 2012, ISBN 978-2-07-044798-5, 185 pages, 5,30 €

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16 réflexions au sujet de « « Sept histoires qui reviennent de loin », de Jean-Christophe Rufin »

      1. Rufin est un de mes auteurs préférés ! Si ses courtes histoires sont superbes, il excelle dans les romans plus denses. Je rejoins donc Syl sur « Rouge Brésil », qui fait partie de mes romans préférés et m’a permis de découvrir l’auteur. J’ai aussi été transportée ^par « L’abyssin ». Ce recueil te donnera déjà l’occasion d’approcher sa plume.

    1. Ces histoires sont très réussies, j’ai pris beaucoup de plaisir à les lire. De toutes façons Rufin ne me déçoit jamais (enfin presque, j’ai moins aimé « Katiba » 😉 )

  1. Merci d’avoir résumé ces sept textes! Cela m’interpelle au plus haut point: je n’ai pas lu Rufin depuis « Rouge Brésil »; c’était en 2004…

    1. Je ne résume pas toujours les nouvelles, mais cette fois j’avais envie de vous montrer où chacune nous emmenait 🙂 Et je vais me répéter mais j’adore Rufin, il faut le lire !!! 😀

  2. J’ai encore un autre titre de lui dans ma pile à lire, récupéré avec une dédicace à la Fête du Livre de Saint-Etienne l’an passé. Donc il est certain que je vais lire cet auteur dans un délai plus ou moins long ou court! 🙂

  3. je tombe sur ton blog par hasard, en recherchant des avis sur ce livre; je l’ai terminé il y a quelques jours, mais si j’ai trouvé l’écriture toujours aussi agréable, je n’ai pas adhéré aux histoires, qui me semble plus être un prétexte à l’écriture, qu’autre chose; j’ai adoré par contre, rouge brésil, sauvez hispahan et l’abyssin, trois excellent romans!

    1. C’est amusant que tu aies aimé ses autres ouvrages et pas celui-ci. Il est vrai que ce que j’aime chez Rufin c’est sa capacité à dépeindre des décors et une atmosphère dans des romans longs, mais je suis tout de même tombée sous le charme de ces nouvelles 🙂
      Merci d’être passé par ici Trillian !

A vous les micros !

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