« L’affaire Vargas », de Fernando Pessoa

Fernando Pessoa est avant tout connu pour son oeuvre poétique, bien qu’il se soit essayé à différents genres. C’est ce que nous explique le traducteur Michelle Giudicelli dans une préface très intéressante et qui a le mérite de ne pas dévoiler l’intrigue davantage que nécessaire. Pessoa était méconnu de son vivant, et c’est à sa mort que le génie de son oeuvre s’est révélé. On a retrouvé dans une malle des dizaines de milliers de documents, qu’il a fallu trier et remettre en ordre. Parmi ces documents se trouvaient des histoires policières, toutes inachevées, mais dont la plus aboutie est parvenue jusqu’à nous après un long travail de recoupements : L’affaire Vargas.

Il s’agit d’un roman-détective, c’est-à-dire que seule compte la trame policière, le reste n’est pas important et donc pas raconté. L’intrigue se focalise sur le mystère et sa résolution. Monsieur Vargas est retrouvé mort dans une rue du quartier lisboète de Benfica. Il avait dîné chez un ami, devait en retrouver un autre en pleine nuit, mais s’il a bien quitté le domicile du premier, il n’est jamais parvenu jusqu’au deuxième.

Les enquêteurs sont convaincus qu’il s’agit d’un suicide, mais le doute subsiste. Arrive donc à un moment de l’histoire l’Auguste Dupin de Pessoa, qui était un admirateur d’Edgar Allan Poe, en la personne d’Abilio Quaresma. C’est le déchiffreur des nouvelles policières de Fernando Pessoa, qui apparaît pour la première fois dans celle-ci, selon la préface que l’auteur avait rédigée pour présenter son recueil. Quaresma le déchiffreur procède uniquement intellectuellement. Il pose à plat tous les faits, et les recoupe de façon à faire éclater la vérité.

Ce court roman est véritablement divisé en deux parties. La première met en scène la découverte du corps et l’enquête des policiers locaux. C’est agréable à lire, les émotions des personnages sont bien retranscrites, on est pris au coeur de l’affaire et réfléchissons en même temps à qui peut être le tueur. Puisqu’il ne s’agit pas d’un suicide, autrement l’histoire n’aurait que peu d’intérêt. Mais lorsque Quaresma entre en scène, c’est une autre paire de manches. Il expose aux enquêteurs sa méthode d’analyse, et on quitte le domaine du roman pour passer à l’essai. Le discours est scientifique, il présente les hypothèses en les éliminant tour à tour. Les mots deviennent compliqués : psychonévrose, hystérisation… Cette partie reste d’ailleurs inachevée, en témoignent les nombreux tirets, […], phrases nominales etc. Il semble plus que l’auteur a pris des notes pour utiliser ces éléments par la suite que d’un réel monologue de la part de Quaresma.

Toutefois, l’énigme est résolue, et c’est dans le fond ce qui nous intéresse. Ceci dit, rien de bien surprenant, la solution était somme toute logique. Je dirais donc que pour qui s’intéresse à Pessoa, c’est un aspect de son oeuvre à aborder et à apprécier comme tel. Si en revanche vous recherchez un roman policier, mieux vaut passer votre chemin.

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Folio, 2012, ISBN 978-2-07-044296-6, 172 pages, 6,50 €

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9 réflexions au sujet de « « L’affaire Vargas », de Fernando Pessoa »

      1. Comme je te l’ai laissé entendre, je ne l’ai pas lu depuis trèèèèès longtemps, et ce que l’on apprécie à 20 ans n’est pas forcément valable quelques décennies plus tard… A relire donc !!! 😀

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