« Magasin Général » Tomes 1-2, de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

On ne présente plus la série Magasin Général, qui fait l’unanimité chez les amateurs de BDs. J’ai lu quatre tomes l’an passé, empruntés à la médiathèque, et je suis tellement amoureuse de cette série que j’ai demandé à les avoir pour noël. Cette semaine j’ai eu envie de les ressortir, et comme je n’en avais pas encore parlé ici, c’est l’occasion. D’une, parce que même si cette série est très connue, on n’est pas obligé de connaître, et peut-être sera-t-elle une découverte pour vous aujourd’hui. De deux, parce que je pense sincèrement que c’est le type de BD qui peut faire changer d’avis quelqu’un qui n’aime pas la BD.

Résumé : L’histoire se passe dans le village québécois de Notre-Dame-des-Lacs, isolé et entouré par la forêt. Y vit une petite communauté où tout le monde se connait, et s’entend globalement bien. Pas trop le choix de toutes façons. Le centre névralgique du village est le magasin général, tenu par Félix. Mais Félix meurt, et c’est Marie, sa femme, qui doit reprendre le magasin. En sera-t-elle capable ?

Mon avis : coup de coeur, évidemment !

Avant même de parler de l’histoire, je vais évoquer les dessins. Étonnamment, ce sont deux dessinateurs, Régis Loisel et Jean-Louis Tripp,  qui ont mêlé leurs crayons pour donner cet ensemble de planches homogènes et émouvantes. Car en feuilletant les albums, sans même connaître l’histoire, il se dégage des vignettes une ambiance qui saute au visage : de la douceur, de la mélancolie, la quiétude de la campagne, l’amour, l’amitié, la complicité. Les sentiments des personnages sont visibles, l’atmosphère palpable. Je ne suis pas une experte de la BD mais je ne pense pas qu’on voit régulièrement une telle réussite autour d’un travail de dessin à quatre mains. D’autant que ces deux dessinateurs sont aussi les deux scénaristes. Là encore, on est souvent plus doué pour la trame narrative que pour le dessin, et inversement. Ici, les auteurs font des merveilles dans les deux domaines. Mais ce travail ne serait pas ce qu’il est sans le coloriste François Lapierre, qui a su sublimer les dessins et participe grandement à la chaleur qui se dégage de ces planches.

Quant à l’histoire, c’est avec un réel bonheur qu’on la suit dans ces deux tomes. C’est tout simple, on regarde les gens du village dans leur vie quotidienne, avec tout de même ce changement d’organisation puisque désormais, c’est Marie qui tient les rênes du magasin général. Le magasin général, c’est un peu la Foir’fouille, en mieux. On y trouve du tissu, des clous, du sel… tout ce qui permet d’approvisionner et faire vivre le village. Mais lorsque Félix s’occupait du magasin, Marie s’affairait à ses tâches quotidiennes. Ce n’est pas facile pour elle de supporter la douleur du deuil et en même temps faire le travail de deux personnes. D’autant que les habitants ont besoin d’elle et ne lui laissent pas vraiment de répit. Ils ne pensent pas à mal, mais pour eux la vie suit son cours.

Au fur et à mesure, on s’habitue aux personnages, on les identifie, et très vite, on s’attache. J’aime particulièrement la relation entre le curé et Noël, l’athée du village. Leur amitié est la plus inattendue et pourtant la plus sincère.

Et puis dans le deuxième tome, il y a Serge. Serge, c’est le gars de Montréal qui s’est retrouvé en panne dans la neige quand Marie passait par là avec sa camionnette. Serge, c’est le gars qui va rester coincé en attendant que sa mobylette soit réparée. C’est le gars qui a le coeur sur la main et qui va insuffler une joie de vivre nouvelle sur le village. Il va y avoir une scène en particulier qui m’a fait penser au Festin de Babette, de Karen Blixen. C’est mon passage préféré dans ces deux tomes, on y voit tant de joie et de générosité dans ces planches qu’on a envie de sauter dans les dessins comme Mary Poppins.

Et grâce à l’aide de Jimmy Beaulieu, auteur québécois, le texte est truffé d’expressions locales qui ancrent davantage l’histoire dans la campagne québecoise sans pour autant que le lecteur français n’en perde son latin. Mon expression préférée est « ti-culs » pour parler des enfants ^^ On trouve aussi des jurons tels que « hostie », ou « tabernac ». On s’y croirait !

Les tranches de vie, ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde. Personnellement, j’en suis très friande, mais j’ai aussi lu des retours sur cette BD de personnes que cela n’attire généralement pas, et qui, à leur grand étonnement, sont tombées sous le charme de cette série. Je vous la recommande donc d’autant plus, elle ne laisse personne insensible.

Les tomes 3, 4 et 5 sont dans ma bibliothèque, je viendrai vous en parler prochainement 🙂

T1 « Marie », Casterman, 2006, ISBN 978-2-203-37011-1, 80 pages, 14,95 €

T2 « Serge », Casterman, 2006, ISBN 978-2-203-37013-5, 72 pages, 14,95 €

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20 réflexions au sujet de « « Magasin Général » Tomes 1-2, de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp »

  1. Comme j’ai pu aimer lire cette série. Il ne faut pas que je rate la sortie du dernier album! Il me semblait pourtant qu’elle était terminée mais à croire que non, selon ce qu’en dit Jérôme.

  2. Hostie !! J’adore cette série-là ! J’apprécie aussi l’accueil qui nous est réservé dans chaque tome, avec ce focus particulier sur la construction d’une planche et la manière dont elle se modèle et prend forme.

  3. Je me délecte de cette BD dont j’avais depuis longtemps entendu beaucoup de bien ! Je suis dans la lecture du tome 2 que je déguste planches par planches 😉
    Bonne soirée !

A vous les micros !

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