« Padre Padrone » tome 1, Gavino Ledda

Gavino Ledda est né en Sardaigne en 1938. Son père possédait une exploitation au coeur des montagnes, avec une oliveraie, des brebis, des terres. Alors que Gavino vient juste d’entrer à l’école, à l’âge de six ans, donc déjà en retard sur ses camarades, son père entre dans la classe. Il lui annonce qu’il n’ira plus à l’école car il a besoin de lui à l’exploitation. En tant qu’aîné il doit aider son père à subvenir aux besoins de la famille et apprendra donc à devenir berger.

C’est ainsi qu’à l’âge de six ans, Gavino a dû apprendre la vie à la dure. Coucher à même le sol, être rongé par les puces, se lever en pleine nuit pour surveiller le troupeau, faire les traites du matin et du soir… Ce que l’auteur nous raconte de ses jeunes années est terrible. Les enfants qui travaillent dès leur plus jeune âge, à l’époque, au même endroit, c’était monnaie courante. Mais ils allaient tout de même à l’école, et pouvaient jouer avec leurs camarades. Gavino était contraint de veiller sur les brebis sans bouger de son poste d’observation, même sous la pluie. Il vivait dans un demi-sommeil permanent, épuisé de fatigue, et lorsqu’il faillait à son devoir, les coups pleuvaient.

Le récit de L’éducation d’un berger sarde s’étend jusqu’à ses vingt-quatre ans, lorsqu’il est intégré dans l’armée. Pendant les années qui le séparent de son émancipation, nous sommes donc témoins des mauvais traitements de son père, de sa vie dans les montagnes. S’ajoutent des anecdotes avec le voisinage, qui tantôt prêtent à sourire, tantôt le contraire. Mais nous assistons aussi aux questionnements de Gavino, qui loin d’accepter son sort avec résignation, se demande comment il va pouvoir se sortir de ce guêpier. Ne parlant que sarde, et pas du tout l’Italien, le chemin vers l’émancipation ne sera pas aisé.

Ce récit est un document aussi instructif qu’émouvant. Nous apprenons beaucoup sur une région, une époque, une culture que nous ne connaissons pas du tout, ou à peine. Et lire la vie de ce petit garçon attachant est assez difficile, car il a eu une enfance très malheureuse. Non pas tant à cause de ce que son père exigeait de lui que de son manque d’amour manifeste.

Sachant qu’adulte il est devenu professeur de linguistique à l’université de Cagliari, nous savons qu’il a su saisir sa chance. Mais à quel prix !

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Folio, 2012, ISBN 978-2-07-044419-9, 345 pages, 7,50 €

Publicités

2 réflexions au sujet de « « Padre Padrone » tome 1, Gavino Ledda »

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s