« L’enfant méduse » de Sylvie Germain

J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge Un mot, des titres de Calypso. Nous devions pour cette session lire un livre dont le titre comportait le mot « enfant’.

Résumé : Lucie est une petite fille rieuse, coquette, pétillante, qui vit une enfance paisible auprès de ses parents et de son demi-frère. Le temps s’écoule paisiblement dans sa campagne, jusqu’à ce qu’on retrouve une petite fille assassinée. Et la vie de Lucie va basculer, car elle sait, et pour cause, qui est le meurtrier.

Mon avis : très bon roman, mais à ne pas mettre entre toutes les mains.

Au début, tout va bien. Nous faisons d’abord connaissance avec Lou-Fé, le meilleur ami de Lucie, qui passe sa vie la tête dans les étoiles et rêve d’astronomie. Puis de Lucie, petite fille joyeuse, si ce n’est que quelque chose cloche dans sa famille. Sa mère a épousé Hyacinthe en secondes noces. Son premier mari, l’Amour de sa vie, a été tué pendant la guerre. Il lui a laissé un fils, Ferdinand, qu’elle adore de manière disproportionnée par rapport à sa fille. Elle veut faire de Ferdinand le digne héritier de son père, dans les traits et le caractère. Et Ferdinand a beau n’être qu’un bellâtre paresseux et sans cervelle, elle n’a d’yeux que pour lui.

Lucie en a conscience mais n’en est pas plus affectée que ça. Elle entretient de son côté une relation privilégiée avec son père. Jusqu’au jour où sans que personne ne comprenne pourquoi, elle va s’isoler de tous. De son père, de Lou-Fé, et à fortiori de sa mère. Sa mère qui n’accepterait jamais l’idée que Ferdinand abuse de Lucie toutes les nuits. Au lieu de se confier, la petite subit, sans pleurer. Elle ne sait plus pleurer. Elle ne sait plus manger, devient maigre au point que sa mère lui reproche tous les jours son apparence chétive. Elle se lave en se frottant la peau jusqu’au sang, se coupe les cheveux n’importe comment : fait tout pour s’enlaidir, dans l’espoir de repousser son frère. En vain.

L’inceste n’est pas une question facile à aborder, et ici, c’est traité de façon très intimiste sans étalage de descriptions sordides. Nous avons beaucoup plus de détails sur ce qui se passe dans la tête de Lucie que sur l’acte en lui-même, même s’il est bien sûr évoqué, comment faire autrement ? Je ne vous cache pas que c’est assez dur. Nous assistons à sa métamorphose de petite fille à sauvageonne. Physiquement et psychologiquement. Nous avons accès à sa peur, à sa rancoeur, sa haine, son désir de vengeance. Son échappatoire est la nature, la terre, la boue, les insectes. Ce qui révulse encore davantage sa mère. Tout cela est raconté avec force détails, en fermant ce livre on peut dire qu’on connait Lucie par coeur. Sylvie Germain a su développer en profondeur les états d’âme de la petite fille.

La structure du roman m’a également beaucoup plu. Il est divisé en cinq grandes parties, chacune divisée en trois parties (excepté la dernière). Et chacune de ces sous-parties débute par un tableau introduisant le chapitre. Cela commence par la description du ciel, de la lumière, de l’environnement. Et une fois que le décor est planté, le tableau présente la posture du personnage. Et là on embraye sur l’histoire. Ainsi l’atmosphère est parfaitement plantée dès le départ.

Malgré le sujet délicat, j’ai beaucoup apprécié ce roman. Comme chaque chapitre est consacré à un personnage, on peut être au plus proche des pensées des uns et des autres, voir comment chacun perçoit le comportement de ses proches, et s’apercevoir des incompréhensions qui faussent les rapports. Les espoirs, les déceptions… Le personnage principal, qu’on suit le plus, est évidemment Lucie. L’histoire des meurtres n’est pas importante pour l’intrigue, mais elle impacte sur Lucie qui éprouve de la culpabilité à ne pas dénoncer son frère. Je tiens toutefois à dire que ce n’est pas du tout un roman larmoyant. Lucie souffre, c’est évident, mais elle se construit une carapace,  et parviendra à se venger. Mais je vous laisse découvrir comment…

Folio, 1993, ISBN 978-2-07-038749-6, 285 pages, 5,95 €

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