« Haut et court », de Philippe Cohen-Grillet

Aujourd’hui sort en librairie un livre qui m’a tout de suite interpellée lorsque j’ai lu sa présentation dans le programme des éditions Le Dilettante.

Résumé : un drame survient dans une petite ville de province tranquille. Une famille est retrouvée pendue dans le salon du pavillon, les parents et leurs deux enfants, côte à côte. Pourquoi ont-ils décidé de se suicider ensemble ? C’est le fils qui va nous raconter toute l’histoire.

Mon avis : je me suis régalée !

L’idée de départ vient d’un fait divers qui a eu lieu en 2007 dans la ville de Coulogne, dans le Nord-Pas-de-Calais. Quatre membres d’une famille se sont suicidés ensemble, et malgré l’enquête, personne n’a jamais su pourquoi. A partir de cet évènement, Philippe Cohen-Grillet a inventé une histoire.

Avant de se suicider la famille avait laissé une lettre, mais étrangement, ni la voisine qui a découvert les corps ni la police n’ont mis la main dessus.  Le fils défunt s’en rend compte en lisant la une d’un article de journal, et entreprend de raconter comment les choses en sont arrivées là.

C’est ainsi qu’il nous raconte sa petite vie d’employé de supermarché, celle de sa soeur qui travaille dans une auto-école, celle de son père qui vivait pour son usine et a appris qu’on le mettait en pré-retraite. Et enfin celle de sa mère, femme au foyer. Malgré leur âge les deux enfants vivent encore chez leurs parents. C’est un foyer d’habitudes : on sait à quelle heure chacun rentre, les menus de la semaine, les cadeaux qui seront offerts à Noël… Et le fils nous parle donc de ses petits bonheurs et de ses déboires.

Si à la lecture de ce résumé vous pensez vous lancer dans une lecture triste, où le désespoir et la mélancolie priment, vous faites lourdement erreur.

C’est un roman très drôle, cynique parfois, mais le plus souvent bienveillant et tendre. Le jeune homme mort (nous ne saurons jamais son prénom ni celui des membres de sa famille) était tout ce qu’il y a de plus banal. En réalité, tout est banal dans cette histoire. La ville, le quotidien, le travail. Mais c’est justement là que Philippe Cohen-Grillet va dénicher les failles. Le capitalisme en prend pour son grade. Le père est  mis en pré-retraite, la fille est obligée de travailler à mi-temps car l’auto-école n’enregistre plus assez d’inscriptions. Et le fils est dans le monde de la consommation jusqu’au cou, mais tiraillé entre son métier et Caroline, l’élue de son coeur, qu’il voit tous les mercredis lorsqu’elle vient chercher les produits en date limite de vente pour les redistribuer aux nécessiteux. Il n’y a pas pour autant de message politique ou idéologique assumé. Il s’agit simplement d’une observation très juste des conditions de vie de la classe moyenne.

Même si le message passe, c’est surtout l’humour noir et décalé qui fait le charme de ce roman. Malgré le sujet j’ai beaucoup ri, car les jeux de mot et autres traits d’esprits sont vraiment savoureux. Et les péripéties vécues par les personnages sont toujours inattendues ! Parfois loufoques. Parfois tristes, aussi. La banalité des personnages et de leur vie prend ainsi des allures de tragi-comédie sous la plume de Philippe Cohen-Grillet.

En somme ce fut un très agréable moment de lecture, et si vous aimez l’humour grinçant, n’hésitez pas, vous allez être servis 😉

Remerciements : un grand merci aux éditions Le Dilettante pour m’avoir permis de lire ce roman.

Editions Le Dilettante, 22 août 2012, ISBN 978-2-84263-720-0, 256 pages, 17 €

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31 réflexions au sujet de « « Haut et court », de Philippe Cohen-Grillet »

  1. je me souviens en effet de ce fait-divers, si je n’avais pas lu ton article, j’avoue qu’il ne m’aurait pas tenté, le sujet est un peu macabre, mais au vu de ton impression, je pense qu’il doit valoir le détour, je le note !

    1. En réalité c’est juste le suicide qui est macabre, mais pas ce qui conduit la famille à l’idée. Une suite de déboires mais racontés avec un tel humour qu’au final on passe son temps à sourire 🙂

  2. Le fait divers me rebute mais vu ce que tu en dis ça pourrait bien me plaire. Notamment au niveau du capitalisme et de l’observation de la condition de vie de la classe moyenne.
    Pourquoi pas, donc !

    1. Le récit sonne très vrai, ça parle de la vie courante et je pense qu’on peut tous se reconnaître dans l’un ou l’autre des personnages, ou que cela nous fait penser à quelqu’un. La crise économique apparaît en toile de fond. Mais il y a ce petit grain de folie qui fait passer la pilule 😉

    1. Pour l’instant j’ai croisé plus de déceptions que de coups de coeur, et quelque part c’est tant mieux, ma liste d’envies sera moins longue ! Mais il y a quand même quelques titres alléchants ^^

  3. Je me souviens du fait divers moi aussi ! Ce roman a l’air génial de ce que tu en dis, et comme nous avons sensiblement les mêmes goûts, je pense bien qu’il pourrait me plaire aussi 😉

A vous les micros !

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