« Microbes, mi-démons », de Françoise Pariente Ichou

Résumé : Lyse a quitté son poste de directrice du département santé d’un journal pour accepter une offre plus en phase avec sa formation scientifique, proposée par son ami de longue date, Philippe. Mais à peine a-t-elle commencé sur de nouvelles bases qu’une catastrophe atterrit sur sa paillasse : une nouvelle bactérie redoutable, qui pourrait entraîner de lourdes pertes humaines si personne ne trouve le moyen  d’endiguer l’épidémie.

Mon avis : je suis très partagée sur ce roman. Je commencerai par les points positifs, car ce sont ceux qui me sont apparus en premier.

Le roman est précédé d’une introduction du Docteur François Trémolières, infectiologue. Il explique que le danger d’une bactérie résistante aux antibiotiques est tout à fait plausible, même s’il ne faut pas s’alarmer pour autant. Disons que ce qui doit arriver arrive, et que c’est une possibilité à envisager. L’auteure expose à peu près la même idée mais en plus court dans sa présentation, et fait ses recommandations au lecteur, en demandant sept fois s’il s’est bien lavé les mains après ou avant d’avoir fait ceci ou cela. Et surtout, « n’oubliez pas de vous laver les mains avant de tourner cette page ».

Autrement dit, amis hypocondriaques, laissez tomber ce livre dès maintenant, ou vous allez passer un très mauvais quart d’heure.

Le sujet me plaît beaucoup, car fondé sur des faits réels. L’humanité a dû faire face à des épidémies dévastatrices, et encore aujourd’hui nous avons droit à des frayeurs : la maladie de Creutzfeldt-Jakob, la grippe H1N1 etc. Suivre une femme qui doit à tout prix essayer de trouver comment contrer la bactérie me semblait très intéressant. Et ça l’est. Françoise Pariente Ichou a une formation scientifique très pointue, et ça saute aux yeux. Elle sait exactement de quoi elle parle, ne se contredit pas, et toutes ces informations scientifiques et médicales sont passionnantes. Si la terminologie employée est souvent compliquée, on arrive tout de même à suivre le gros des explications sans se perdre. On comprend sans problème la définition de bactérie virulente et bactérie résistante par exemple.

Là où le bât blesse, c’est justement que l’auteure, en voulant vulgariser les informations, a tendance à infantiliser le lecteur. En répétant plusieurs fois les mêmes explications, et en inventant des stratagèmes plutôt ridicules. Je vais prendre l’exemple d’une lectrice du journal dans lequel elle travaillait, qui lui pose des questions par courrier, auxquelles Lyse répond volontiers, lâchant au passage des informations alarmistes qu’il ne faut surtout pas révéler au grand public si on veut éviter une panique générale. Il y a aussi ce comportement bizarre et inattendu de Lyse, qui dialogue avec la bactérie. C’est grâce à ces dialogues que Lyse avance. Il s’agit très certainement d’une façon de mettre en scène le travail acharné de Lyse pour comprendre la bactérie, mais dans un cadre scientifique cela ne sonne pas juste, ça m’a gênée.

Pour que le roman soit intéressant, il faut donner de la profondeur aux personnages. Et de ce côté là, ce n’est pas très réussi. Juste un exemple : Lyse vit avec Marc et ses deux filles, qu’elle adore. Avec Marc ce n’est plus trop ça. Un jour elle reçoit une lettre anonyme lui disant que son mari la trompe, qu’elle ne peut plus continuer à fermer les yeux. Lyse montre la lettre à son mari, lui se met en colère, et lorsqu’elle lui parle de ses frasques extra-conjugales, Marc ne trouve rien d’autre à dire que « ce n’est pareil ». Lyse sort de cette discussion triomphante car elle sent que Marc a des doutes, elle pourrait lui échapper. Et c’est tout. A ce moment là j’ai levé les yeux du livre, incrédule. Lyse se réjouit alors que Marc lui a dit qu’il la trompait mais que pour lui, ce n’était pas pareil ? C’est complètement fou ! Et la trame de l’histoire à côté de l’intrigue scientifique est à mon sens à côté de la plaque sur à peu près tout, et prévisible au possible. En clair, l’idée de départ est très bonne, mais la façon de la raconter et d’étoffer l’histoire ne suit pas du tout.

Autre chose a gêné ma lecture, il s’agit des erreurs de tirets pour les dialogues, et certains passages insérés à la suite des dialogues alors qu’ils auraient dû être désolidarisés. Pour de nombreux passages j’ai dû m’y reprendre à plusieurs reprises et reconsidérer la mise en page qui m’empêchait de comprendre le récit.

Malgré tout, la progression de Lyse dans son enquête scientifique pour comprendre comment neutraliser la bactérie est très bien menée. Elle suit la méthodologie de rigueur : analyser, émettre des hypothèses, soumettre ces hypothèses à des tests, éliminer des possibilités, en retenir d’autres…

Donc comme je vous le disais, je suis très partagée. Françoise Pariente Ichou a voulu parler d’un sujet très intéressant de façon romancé, et la partie scientifique est  vraiment éclairante et agréable à suivre. Mais la narration est en-deça de ce qu’on peut attendre d’un roman.

Remerciements : un grand merci aux éditions Société des écrivains pour m’avoir permis de lire ce roman, et à Janyce pour sa gentillesse et sa patience inouïe.

Société des écrivains, 2011, ISBN 978-2-7483-6992-2, 231 pages, 21 €

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