« Que font les rennes après Noël ? », d’Olivia Rosenthal

Que font les rennes après Noël ? Voilà un livre fascinant et qui sort totalement de l’ordinaire ! Il ne s’agit ni d’un roman, ni d’un essai, mais un peu des deux à la fois.

Nous suivons une jeune fille, dont le narrateur parle en employant le pronom « vous ». Cela pose une distanciation claire, comme si la jeune fille était un sujet d’étude. D’ailleurs nous ne connaîtrons jamais son nom, ni ceux de ses proches, ni celui de sa ville. En parallèle, dans une succession de courts paragraphes, le narrateur donne des informations générales sur la condition d’un animal exposé à la présence humaine, faisant régulièrement intervenir la voix du soigneur d’un zoo.

C’est ainsi que s’alternent les paragraphes sur la jeune fille et ceux sur les animaux. Si l’histoire de la fille suit une progression chronologique, les paragraphes sur les animaux s’inscrivent plus dans une succession de thématiques. Toutefois, ce n’est pas un hasard si les deux axes sont étudiés alternativement. Olivia Rosenthal observe des recoupements entre l’éducation et le comportement de la jeune fille et ce qu’on observe chez les animaux.

Ce roman met donc en parallèle l’éducation d’un enfant et celle d’un animal. L’histoire commence avec la jeune fille enfant de trois ans et s’achève lorsqu’elle est adulte. Entre-temps elle passe par l’étape de l’introduction et de l’enfermement, dans un logement, un cocon familial, à l’instar d’un animal qu’on s’approprie et qu’on enferme, que ce soit chez soi ou dans une animalerie. Puis il y a le phénomène d’imprégnation, qui consiste à intégrer l’image de l’espèce par laquelle l’individu aura été élevé. Un humain acquiert l’idée qu’il appartient à l’espèce humaine et en assimile le comportement. Un animal élevé par un humain ne comprendra pas qu’il n’est pas humain. Et ainsi de suite. Chaque fois que la jeune fille franchit une nouvelle étape dans son chemin vers l’âge adulte, l’auteure trouve un écho dans les étapes subies par les animaux dans un zoo ou autre structure impliquant une intervention humaine. Le ton n’est pas froid pour autant. C’est parfois drôle, parfois émouvant, parfois révoltant…

Il n’est pas évident de rentrer dans le texte au départ, qui semble n’avoir ni queue ni tête. C’est au fur et à mesure que la mécanique apparaît et qu’on comprend les recoupements entre l’évolution de l’être humain et celle de l’animal en captivité. L’exercice est extrêmement bien réalisé et le résultat passionnant. Olivia Rosenthal expose des faits authentiques, car la partie « animale » est documentée, minutieuse, et nous fait prendre conscience des similitudes entre les deux catégories. C’est fait de façon très intelligente et objective, sans chercher à faire culpabiliser qui que ce soit.

Un ouvrage original, éclairant, passionnant, qui fait réfléchir, et que je recommande chaleureusement.

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Folio, juin 2012, ISBN 978-2-07-044755-8, 211 pages, 6,50 €

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14 réflexions au sujet de « « Que font les rennes après Noël ? », d’Olivia Rosenthal »

  1. Oui, je l’avais trouvé original dans sa forme et intéressant dans son contenu. J’aime quand un livre sort un peu des trames habituelles. Un bon souvenir de lecture.

    1. Ce n’est pas une lecture légère, et j’admets qu’il faut faire un effort pour comprendre le parallèle entre l’humain et l’animal parfois. Ce n’est pas toujours explicite. Mais c’est très intéressant 🙂

  2. Attirée par le titre, j’ai voulu le lire. Heureusement, tous les billets à son sujet m’éclairent… je crois que je mettrai mon temps libre sur d’autres livres!

    1. Il est vrai que c’est particulier, et que ce n’est pas ce à quoi on s’attend avec ce titre. Tu as bien fait de te renseigner avant de te lancer 😉

  3. Ah ben pour une fois, je ne suis pas sûre d’être conquise par celui-ci… Ouf, ma liste respire un peu, parce qu’à force de piocher mes lectures chez toi, je me retrouve avec des livres par dessus la tête ^^

  4. je viens de le lire et ne suis pas plus emballée que cela mais je crois que cela vient du décalage entre ce à quoi je m’attendais et la réalité de la lecture. Effectivement il vaut mieux savoir à quoi s’attendre pour adhérer au récit dans sa forme et dans le fond

A vous les micros !

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