« Tu n’es pas la fille de ta mère », d’Elisabeth Quin

J’avoue avoir choisi ce livre au hasard. Il fallait un titre avec le mot « fille » pour le challenge Un mot, des titres, et contrairement à la plupart des autres participantes, je n’en avais aucun dans ma PAL. Après avoir fait une petite recherche sur Pochetroc, j’ai jeté mon dévolu sur cleui-ci.

Résumé : Elisabeth Quin n’avait pas envie de connaître la grossesse. C’est quelque chose qui ne l’attire pas et lui est étranger. Alors que la maternité, oui, ça elle avait envie de connaître. Alors elle a entamé une procédure d’adoption et raconte le moment charnière entre le « choix » du bébé et les premiers moments avec elle.

Mon avis : Elisabeth Quin retrace en quelques pages les moments clés de sa prise de décision. Elle alterne le récit de son passé avec le présent. On y apprend donc la relation chaste mais fusionnelle qu’elle avait avec son père, alors qu’elle entretenait une distance avec sa mère. C’est d’ailleurs une réplique du père qui a donné son titre à ce livre. Il s’agissait d’une boutade pour dire qu’elles ne se ressemblaient vraiment pas, mais elle est restée ancrée dans la tête d’Elisabeth Quin pendant des années. Si le récit de sa jeunesse est intéressant, car riche, j’avoue ne pas avoir compris le rapport avec son choix d’adopter.

En revanche j’ai apprécié sa franchise quant à l’état de grossesse. Etre enceinte la répugne, c’est quelque chose qui ne la concerne pas. Elle n’éprouve aucune envie de voir son corps se déformer, aucun besoin de sentir son enfant en elle. En revanche elle a envie de donner tout son amour à un être qui est déjà là, quelque part, dans un orphelinat, et qui attend que quelqu’un veuille bien de lui. Sa franchise aussi quant au choix de la nationalité. Elle n’a pas le courage d’adopter un enfant africain, pour lequel l’absence de filiation est évidente, ce qui suscitera des regards et questions qu’elle ne veut pas affronter.

J’ai beaucoup aimé lire ses journées à Phnom Penh, et surtout le moment de la rencontre avec Thavery. Au départ on lui destinait une autre petite fille, plus âgée, même si encore tout bébé. Plus les enfants grandissent et moins ils ont de chance de trouver des parents, qui préfèrent les tout petits. Mais la petite fille ne la regardait pas, ne répondait pas à ses sourires. Aucune connexion ne se créait. Et puis son regard est tombé sur un autre bébé, debout dans son lit, qui hurlait en la regardant fixement. Coup de foudre. C’est à ce moment que je me suis souvenue que je savais qui était Elisabeth Quin, que j’avais entendue raconter ce moment sur un plateau télé. Elle disait « c’est elle qui m’a choisie ». C’est le moment le plus émouvant du livre.

A côté de cela il y a tous les soucis administratifs, la France ayant interdit l’adoption d’enfants cambodgiens à cette période. Les questionnements sur le bien-fondé de sa démarche. Les interrogations quant à la petite fille, qu’on lui présente comme ayant déjà un sacré caractère. Mais l’essentiel dans tout ça est la volonté inébranlable d’Elisabeth Quin, et l’immense amour qui est apparu rien qu’avec un regard. Un joli témoignage.

Le Livre de Poche, 2006, 978-2-25311724-7, 189 pages, 5,60 €

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15 réflexions au sujet de « « Tu n’es pas la fille de ta mère », d’Elisabeth Quin »

  1. J’ai justement l’intention de lire ce livre cette année ! (pour le nom de l’auteure : j’avais besoin d’un récit féminin avec un nom commençant par Q dans un ABC)
    Ton avis me conforte dans ce projet, ça semble être un beau texte.

    1. J’ai lu ce témoignage aujourd’hui : je l’ai trouvé intéressant, surtout dans les passages à propos de l’adoption, de ses doutes, de son attente et des problèmes rencontrés. Le récit de son enfance, puis de ses conquêtes amoureuses successives m’a moins plu par contre : elle annonce un lien entre cette première partie de sa vie et son choix de l’adoption, mais sans l’expliciter par la suite. Du coup, je n’ai pas compris l’intérêt de ces passages, alors que ça s’annonçait intéressant.

      Merci pour ce prêt ! (ou cet échange ?)

      1. En relisant mon billet il me semble que j’étais d’accord avec ça, le manque de lien entre son passé et son choix d’adopter. Après quelques mois ce dont je me souviens véritablement c’est de l’aspect émotionnel pendant son séjour au Cambodge.
        Et c’est un don Minou ! 🙂

  2. C’est vraiment quelque chose de particulier que vous nous présentez là! J’ai aussi un roman sur l’adoption dans ma pile à lire, mais certainement plus léger.
    Bon dimanche!

  3. C’est un roman que j’aurais très bien pu choisir de lire si je n’avais eu aucune « fille » dans ma PAL.
    Merci pour ton billet !

A vous les micros !

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