« La salamandre », de Jean-Christophe Rufin

Pour nous encourager dans notre challenge Jean-Christophe Rufin, qu’elle organise, Ellcrys nous a proposé de lire La Salamandre en Lecture Commune.

Moi qui adore Rufin, je dois avouer que je ne connaissais même pas de nom ce roman. En voyant la couverture, avec ces belles couleurs, je m’attendais à un roman exotique, dans une ambiance lascive et peut-être mélancolique. Eh bien tout faux !

Résumé : Catherine est une vieille fille, qui a pour seule occupation son travail. Au point que c’est son patron lui-même qui a dû la pousser à prendre ses congés. Résignée, Catherine s’est décidée à rejoindre une amie qui avait emménagé au Brésil avec son mari. Mais elle ne s’attendait pas à tomber amoureuse d’un jeune brésilien.

Mon avis : bouleversant.

C’est fou comme je ne m’attendais pas du tout à ce que l’histoire prenne un tel tournant… Au départ tout est beau. Catherine est à peine dans l’avion qu’elle se rend compte que ce voyage va lui faire du bien. Sur place le mari de son amie ne l’enchante guère mais dès qu’elles sont toutes les deux elles retrouvent leurs fous rires complices. Sur les plages de Recife elles prennent le soleil, brûlant, et regardent les beaux garçons passer. Jusqu’au jour où un de ces mâles vient accoster Catherine. Il est à l’image de ces sortes d’escort boys touristiques, comme dans le film Vers le Sud. Très beau, charmeur, à la disposition de Catherine ; mais tout cela n’est pas gratuit. Il lui offre sa compagnie et son corps, elle paye les sorties et les cadeaux. C’est une relation donnant-donnant, dans laquelle chacun sait à quel jeu ils jouent. J’ai beaucoup aimé cette première partie, où entre adultes consentants chacun apporte ce qu’il peut à l’autre. Catherine a de l’argent mais se sent seule, Gil est pauvre et a du temps à donner.

Là où le joli rêve tourne court, c’est qu’il n’est pas fait pour durer. Les vacances ne durent qu’un temps, Catherine doit rentrer en France et faire ses adieux à Gil. Et c’est là que l’histoire prend une tout autre direction que celle que je me figurais. Catherine va remettre toute sa vie en question et plonger dans une descente aux enfers dont elle est à mille lieues de se douter. Il m’est impossible de vous donner plus de détails, c’est une histoire qu’il faut vivre en même temps qu’elle, à mesure qu’on la lit, pour se l’accaparer intensément. Je peux juste vous dire que son amour, car il s’agit bien d’amour, elle va le vivre avec une abnégation hors du commun. Même sans réciprocité. Comme elle le dit, « On aime la mer […]. Pourtant la mer ne nous aime pas ». Elle va se donner littéralement à Gil, corps, âme, et tout le reste. Quitte à se perdre.

En préambule Jean-Christophe Rufin nous explique qu’il s’agit d’une histoire vraie. Il est arrivé un jour à Recife et le consul, bouleversé, lui a raconté l’histoire de cette femme. Cela rend-il le roman d’autant plus fort ? Sincèrement je ne pense pas. L’écriture de Jean-Christophe Rufin est comme d’habitude un régal, il sait distiller l’émotion au compte-gouttes pour qu’elle s’insinue au plus profond de chacun, et qu’elle ne nous quitte pas, jusqu’au bout. Même inventée cette histoire m’aurait donné les mêmes frissons et j’aurais éprouvé autant d’empathie pour Catherine.

Quelque part pourtant, j’avais envie de la secouer, de lui ouvrir les yeux. Mais même si j’ai du mal à le comprendre, après tout, c’était son choix de donner sans retour. Elle s’est malheureusement laissée glisser vers un point de non-retour. Cela n’en était pas moins son choix. Alors malgré tout je l’admire, pour avoir su n’agir que par amour.

Folio, 2011, ISBN 978-2-07-032876-5, 190 pages, 5,30 €

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21 réflexions au sujet de « « La salamandre », de Jean-Christophe Rufin »

  1. Wa, rie qu’à lire ton billet j’en suis toute tourneboulet .
    Ca me donne vraiment envie !

    Bon je pose ma question habituelle quand je vois une oeuvre « difficile »:
    est ce que tu penses que je vais, émotionnellement parlant, « supporter » l’intrigue ?

  2. Te connaissant je dirais que tu vas avoir envie de baffer Catherine toutes les deux pages. Emotionnellement tu vas supporter (je pense), mais le personnage va t’exaspérer ^^

  3. Lu avant mon blog, j’en garde un bon souvenir, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas continué à lire cet auteur ! Une erreur à réparer sûrement… 😉

      1. A l’époque où j’ai lu Rouge Brésil (enfin…commencé), je ne devais pas être réceptive car je n’avais pas accroché, mais je lui donnerai une seconde chance, c’est vraiment moi qui n’avait pas envie de le lire et je n’était pas disposée ! Comme quoi les conditions de lecture sont importantes elles aussi…

        1. Ca joue beaucoup, en effet. J’espère être de bon conseil et que tu apprécieras plus ta lecture une autre fois 🙂 (sinon j’ai aussi adoré « L’abyssin »)

  4. Rien qu’à lire ton résumé, je me sens exaspérée par cette femme qui doit céder sur tout, j’imagine, mais n’empêche, tu m’as donné envie de lire ce roman.

    1. C’est ça, et pire encore, elle donne tout sans qu’il lui demande. Et c’est un comportement auquel je n’adhère pas du tout quand on voit comment il la remercie mais Rufin parvient à la rendre attachante. C’est ça qui est très beau dans ce roman.

  5. C’est une question de goût aussi, tout le monde n’aimera pas autant que moi 🙂 Mais si tu vas jusqu’au bout j’espère que tu apprécieras.

  6. Bon ba j’ai pas pu le finir.

    Effectivement j’ai eu très envie de mettre l’héroïne dans un mur.
    Mais comment peut-elle se laisser avilir d’une telle manière …Alors qu’elle a le choix …
    Je la trouve pathétique au plus au point…

    Mais j’ai beaucoup aimé le style de Rufin donc je pense que je me laisserai tenter par sa plume un peu plus tard ^^

  7. XD je suis si prévisible ???
    Du coup je pense que je vais regarder de plus prés tes chroniques sur Rufin pour voir vers quel livre je vais m’orienter 😉

  8. Waw Waw Waw, j’ai adoré ce livre, le style d’écriture de l’auteur est super et l’histoire on n’en parlant pas, très belle histoire, je ne pourrai jamais oublier la forte sensation que j’ai ressenti pendant cette lecture, moi qui adore le Brésil, et avant d’acheter ce livre j’ai lu la quatrième de couverture, et dès que j’ai vu le mot « Brésil », je l’ai pris sans tarder, et je ne regrette pas , on se met dans la peau de l’héroïne facilement, car n’importe quelle femme intensément amoureuse, ferai la même chose, car on ressent le faible qu’elle ressent pour ce jeune homme Brésilien Gil, alors à lire

      1. Moi j’ai parlé du début de l’histoire, du sacrifice pour rester au près de son amant, parce que ça serai bête d’accepter de subir et de supporter la souffrance qui suit. Quand même pas à ce point…

A vous les micros !

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