« Comment j’ai arrêté de CONsommer », Frédéric Mars

La société de consommation ! Difficile d’y échapper. Entre les publicités à la télé, à la radio, les affiches dans la rue, les produits exposés dans les magazines, les innombrables sites marchands sur Internet, la tentation d’acheter toujours plus est partout. Personne n’est dupe, nous avons conscience que le marketing nous invente des besoins, et pourtant, nous fonçons tête baissée. Est-ce vraiment la vie que nous souhaitons avoir ? Ne pourrait-on pas consommer moins, et mieux ?

C’est la question que s’est posée Frédéric Mars. Tout a commencé alors que lui et sa femme Juliette se préparaient à un tri pour une brocante avec des amis. En voyant la pléthore d’objets amoncelés dans sa cave, tombés dans l’oubli, l’écrivain a eu comme un électro-choc. Pourquoi tous ces objets étaient-ils là ? Que lui avaient-ils apporté ? Et tous ces gadgets électroniques qu’il collectionnait en double, à quoi bon ? Il a donc mûri pendant quelques temps le projet insensé de déconsommer. Et ce défi, il a choisi de le lancer au 1er janvier. A quelques jours des soldes… Si madame Mars n’a pas compris tout de suite ce qui lui tombait dessus, elle a tout de même très vité adhéré à l’idée.

Comment tout cela s’est passé concrêtement ? Le défi s’étalait sur une année. Il s’agissait de dépenser au minimum, et surtout, de bien réfléchir à ses achats. Pour cela, la famille Mars a utilisé un outil sous forme de tableau : l’indice MBA, pour Minimum de Bonheur Acheté. Autrement dit, chaque fois qu’un achat était envisagé, des critères précis étaient étudiés (fréquence d’emploi, durée de vie de l’objet, plaisir d’usage…). Selon le décompte des points, l’achat était concrétisé ou rejeté. Nous suivons ainsi mois par mois les avancées de la famille et un bilan chiffré clôture chaque chapitre.

L’auteur a aussi eu recours à des organisations privilégiant la solidarité. Si je connaissais Freecycle, qui permet de donner sans contrepartie ce dont on ne fait plus usage, je ne connaissais pas du tout les SEL (Système d’Echanges Locaux). Chacun donne ce qu’il peut et reçoit ce qu’on peut lui donner. Frédéric Mars donnait par exemple deux heures de cours de français et en échange recevait deux cakes. Par curiosité je suis allée regarder sur le site internet celui-ci et le concept est franchement intéressant.

A l’aide de plusieurs combines mises bout à bout, la famille Mars a appris à déconsommer et à se lancer de nouveaux défis, repoussant chaque fois ses limites. Jusqu’à se débarrasser des cartes de crédit et rester deux semaines sans même acheter la moindre baguette de pain.

Pour moi, c’est un pari fou ! Imaginez-vous vous passer de tant de choses qui constituent des bonheurs quotidiens, ou hebodmadaires disons, c’est une quantité d’efforts au jour le jour, de privations, de frustrations.. Plus d’achats de livres, ou alors il faut qu’ils aient passé l’épreuve du MBA. Plus de restaurants, de shopping, d’achats coups de coeur… Ca semble tellement triste. Et pourtant, à lire l’expérience de la petite famille, pas tant que ça. On se rend compte à la lecture de cet ouvrage qu’il y a une multitude de bonheurs simples et gratuits à portée de main, mais qu’empêtrés dans la doctrine consumériste, on passe à côté. Ne pas consommer, c’est prendre plaisir à une balade à vélo en famille, à inventer des jeux avec ce qu’on a sous la main, à avoir du temps pour soi en se contentant de ce qu’on a déjà plutôt qu’en cherchant un bonheur placebo. C’est aussi apprendre à consommer mieux, à ne pas gaspiller la nourriture en rachetant des aliments alors que d’autres risquent d’arriver à péremption sans jamais avoir servi. On remet plein de choses en perspective et cela ouvre les yeux sur ce qui importe réellement.

Ce qui est très amusant dans ce livre, c’est de voir les réactions des amis. Tantôt solidaires, tantôt incrédules, tantôt  réprobateurs… Les discussions échangées autour de cette déconsommation sont très intéressants et reflètent la diversité des modes de consommation. Entre la fashionista et le « gaucho », il y a tout un monde et donc une approche totalement différente.

Mais je vais aussi nuancer quelque peu. Tout d’abord, comme l’écrit justement l’auteur, il faut quand même pouvoir s’asseoir sur un certain confort de départ pour se lancer dans l’aventure. Frédéric Mars était déjà à la pointe de la technologie par exemple, c’est déjà plus facile de se réfréner de ce côté-là. Et ce qui m’a particulièrement gênée, c’est la place de l’enfant. Il ne semble pas trop pâtir de la situation, mais même s’il est bon d’inculquer à des enfants des valeurs de partage, d’écologie, des principes, comme ne pas gâcher, savoir s’amuser sans avoir trois consoles de jeux, l’expérience de cette année était trop poussée à mon goût pour un enfant de sept ans. La question des anniversaires n’a pas été abordée, mais à Noël le budget a été très limité, j’ai eu mal au coeur pour le petit Joseph, même si au final la petite famille s’en est bien sortie 😉

Ce que je vois dans ce livre c’est un point de départ pour réfléchir à sa façon de consommer. La famille Mars a choisi de prolonger l’expérience indéfiniment, pas seulement un an. C’est un mode de vie qui leur convient et que je trouve tout à fait sain. Ne pas faire déborder les placards, ne pas acheter sur un coup de tête, éviter la grande distribution… Même si je trouve leur défi plutôt extrêmiste, quand je vois les tergiversations pour acheter un nouvel aspirateur alors que le leur vient de rendre l’âme, ça me rend sceptique. Mais dans l’ensemble, si chacun de nous s’inspirait des réflexions de Frédéric Mars et prenait quelques idées pour vivre de façon moins consumériste, en privilégiant la qualité plutôt que la quantité, l’éthique plutôt que la valeur marchande, le monde occidental s’en porterait certainement mieux.

REMERCIEMENTS : Merci à Frédéric Mars et aux Editions du Moment pour m’avoir permis de découvrir ce livre.

Editions du Moment, mai 2012, ISBN 978-2-35417-153-7, 248 pages, 18,50 €

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12 réflexions au sujet de « « Comment j’ai arrêté de CONsommer », Frédéric Mars »

  1. Comme tu le dis, pour aller dans ce genre de démarche, il faut déjà être aisé au départ. Parce que le système qu’il décrit, c’est ce que pensent automatiquement les personnes qui ne peuvent pas se permettre d’acheter tout ce qui leur passe par la tête et qui doivent parfois économiser des mois pour obtenir une chose (ça fait deux ans que je rêve de bibliothèques supplémentaires pour les livres qui s’empilent un peu partout chez moi).
    Par contre, je ne suis pas pour l’application de ce genre de réflexion aux objets culturels, qui n’apportent pas la même chose qu’un mixer ou qu’une nouvelle robe…
    Sur le sujet, « Tout doit disparaître », roman jeunesse de Mikaël Ollivier, me semble plus pertinent et plus proche de ceux qui ne sont pas aussi fortunés que l’auteur au départ…

  2. Merci Cachou 🙂 J’ai le même problème pour mes livres, je n’ai pas assez de bibliothèques alors j’ai des piles de livres contre les murs. C’est d’un inesthétisme affligeant xD
    Comme je suis aussi plus dans la classe de gens qui consomment peu parce qu’ils n’ont pas le choix, je ne peux pas tout à fait me reconnaître dans la démarche de Frédéric Mars. Cependant je trouve qu’il y a de vraies bonnes idées et que ça vaut la peine de piocher dedans. Je suis dans la vente de produits haut de gamme donc quand je vois comment les gens qui ont les moyens consomment, je trouve ça désolant. Plus, plus, toujours plus !
    Pour les produits culturels je suis d’accord avec toi, la richesse qu’ils nous apportent est inestimable.
    Et merci pour le livre que tu me proposes de lire, je retiens ^^

  3. Dit moi ma belle est ce que tu serais d’accord pour me le prêter ? (et puis comme ça on reste dans la logique du truc ^^)

    Je suis très intéressée par la démarche et je cherche des astuces pour continuer à être une peu moins dans des phénomènes de surconsommation.

    Mais c’est pas forcément évident au quotidien à la maison :
    Il y a des choses qu’on fait avec plaisir (brocantes, libraires, trocs, friperies).
    Il y a des choses qu’on fait sans effort, comme par exemple consommer moins de viande, et des fruits et légumes de saison, faire attention à l’électricité, utiliser de façon privilégié les transports en commun).
    Y’a des trucs qui paraissent infaisables alors qu’au final on est mieux sans (la télé par exemple).
    Et il ne faut pas oublier les choses bien casse-bonbons (comme trier ses déchets et faire attention à l’eau. Ça on est pas au point à la maison …)
    Et puis des choses qui sont pas encore envisageables (vivre sans écran, arrêter de faire les boutiques, de faire des restos, d’acheter des fringues, des cosméto etc…)
    Bref pas évident comme démarche tout ça ^^

    1. Pas évident, comme tu dis ^^

      Je te l’amène au prochain club de lecture, pas de soucis 🙂 Envoie moi un p’tit message la veille que je n’oublie pas !

  4. « Et puis des choses qui sont pas encore envisageables (vivre sans écran, arrêter de faire les boutiques, de faire des restos, d’acheter des fringues, des cosméto etc…) »….
    les boutiques, les fringues, la cosmeto, c est parce que vous n’en avez pas encore CON-somme assez…vous en faites pas ca viendra, commencer par etre conscients de vos depenses sur ces choses la, a l’annee..
    Combien pour mes cremes, make-up etc?
    combien en restau?
    combien en fringues?
    combien en conneries dans les jolies boutiques?
    normalement deja ca va faire mal a la fin de l annee de regarder le chiffre…
    et puis au grand nettoyage de printemps, ca va faire encore plus mal:
    de voir les cosmetos qu on jette parce que perimes, la tonne de make up qui prend la poussiere dans le tiroir de la salle de bain..
    les vieilles fringues qu on met plus parce qu elles nous plaisent plus…

    pour les restau, juste se demander apres, a chaque fois, est ce que ca valait vraiment le coup? (desfois OUIII!!! desfois c etait juste par paresse, ou par conformisme social, et ca apporte pas forcement un grand plaisir…) on apprend a se connaitre, a savoir quand ca vaut le coup..ou pas…

    c’est tout
    faites ca 2-3ans d’affilee, comptes precis et gand nettoyage de printemps
    normalement on guerit assez vite…

    la bible de la deconsommation intelligente c’est « your money or your life » de Vicki Robin
    http://www.amazon.com/Your-Money-Life-Transforming-Relationship/dp/0143115766
    avec un calcul tres interessant de ce qu on consomme en heures de vie plutot qu’en dollars/euros etc…
    car ce qu on consomme, c est sa vie en realite…

    bonne route!

  5. Je l’ai fini hier soir et j’ai beaucoup aimé cette expérience de vie.

    J’ai apprécié le cheminement du narrateur de sa prise de conscience jusqu’au changement de comportement efficient.

    J’ai aimé particulièrement sa réflexion sur les marques et touts les achats « ostentatoires » et la place qu’elles offrent, ou plutôt qu’elles laissent à l’individu.
    Le prégnance de l’échange marchand dans la constitution de notre personnalité et dans la façon dont on s’intègre ou non à la société, qu’on se sent ou non appartenir à un groupe.
    J’applaudie également sa démarche contre les publicités, notamment comment il aborde cela avec son fils.

    Par contre j’ai beaucoup moins aimé ces « mouvements d’humeurs » qui lui font prêcher l’orthodoxie de la de-consommation de façon parfois trop condescendante.

    Mais il y a de bonnes idées pour gérer ses achats et des alternatives proposées, même si je pense que je ne pourrais pas me soumettre à toutes les propositions qui sont faites.

    1. Pareil, pour moi il y a de bonnes idées à piocher, mais tout n’est pas à prendre au pied de la lettre. Sinon je n’ai plus qu’à pointer au chômage ^^

  6. je le fais à mon échelle, petite mais efficace! je fais partie d’un SEL, j’achète mes vêtements et accessoires en seconde main, je fais du troc, je prête ce que j’ai et emprunte ce que je n’ai pas…. si on commence par cela c’est déjà un bon début!

A vous les micros !

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