« 20 ans ferme » de Sylvain Ricard et Nicoby

Dimanche soir j’ai regardé pour la première fois le film Un prophète de Jacques Audiard. J’avais déjà eu l’opportunité de le voir mais comme c’est le genre de film qui me met en vrac, j’ai repoussé jusqu’à me sentir (à peu près) prête. C’est cette BD qui m’y a aidée. La prison, on s’en doute c’est pas rose. Après tout c’est une punition, pas un laissez-passer pour Disneyland. Mais le but étant de donner la possibilité aux condamnés de se réinsérer, il faut quand même garder un peu d’humanité dans ces lieux. Si le sujet du film et de cette BD est le même, la prison, l’angle de vue est différent. D’un côté les clans qui règnent en maître sur les prisons, d’un autre le système carcéral ultra défaillant. Le résultat est en tout cas le même : difficile de se reconstruire et de se donner une chance dans ces conditions.

J’avais eu l’occasion de lire cette BD pour Les Chroniques de l’Imaginaire, voici ma chronique :

Milan est un délinquant, pas méchant, mais hors la loi quand même. Il se fait arrêter pour braquage et cela signe le début d’un procès puis d’une mise en détention. C’est son histoire dans l’enceinte de la prison que Sylvain Ricard a choisi de nous raconter. Pour cela il s’est appuyé sur les confidences de Milko, fondateur et président de l’association Ban Public, qui a pour but de favoriser la communication sur les problématiques de l’incarcération et d’aide à la réinsertion des personnes détenues. Si l’histoire de Milan est fictive, elle est cependant intimement inspirée de celle de Milko.

Nous suivons donc les années d’incarcération de Milan. Le but de cette bande dessinée est de sensibiliser le lecteur aux conditions de détention des détenus et de pointer du doigt les incohérences du système. Plusieurs problèmes sont ainsi soulevés. Cela commence par le traitement des prisonniers par le personnel pénitentiaire. Les hommes sont entassés dans la cour lors des promenades, qui leur sont signifiées à coups de baton contre les barreaux. Alors que la prison est censée aider à la réinsertion, les hommes sont d’emblée ramener au rang d’animaux. Les couples ne peuvent pas s’isoler lors des visites, les punitions pleuvent pour parfois pas grand chose. Les cellules d’isolement, « le mitard’, a plus tendance à détruire ce qu’il reste à sauver chez ces hommes qu’à les aider à s’en sortir. Le message n’est pas qu’il faut laisser les détenus vivre normalement, pas du tout, mais simplement de réintroduire de l’humanité. La question du travail est aussi soulevée : selon ce qui ressort de cet ouvrage, le droit du travail s’arrête aux portes de la prison.

Le tort qu’a Milan est de ne pas se laisser faire et de faire savoir qu’il estime qu’il y a injustice, même pour un condamné. L’homme décrit ici n’est pas violent, bien qu’il essaye de rallier à sa cause ses codétenus et d’organiser des révoltes. Il veut juste qu’on le traite avec humanité et qu’on l’aide à être un homme meilleur quand il sortira de prison. Par conséquent il se met à dos le personnel pénitentiaire. Ce qui le sauve me semble-t-il est la fidélité de sa compagne, qui ne desespère pas, même quand après avoir conduit des centaines de kilomètres on lui annonce qu’il ne sera pas disponible de voir Milan.

20 ans ferme est une bande dessinée à vocation informative, qui n’en reste pas moins divertissante, car menée de façon à maintenir notre intérêt en suivant les aventures de Milan. Les dessins sont assez simples et restent donc en retrait pour donner plus d’importance au propos. Un dossier plus technique suit en fin d’ouvrage, afin de mettre en relief les manquements à la loi des centres pénitentiaires. Même si cet ouvrage est orienté, ne donnant qu’un point de vue unilatéral, il met sans aucun doute le doigt sur les défaillances de l’Etat, et donne matière à réfléchir sur un système carcéral visant plus à réinsérer les détenus qu’à les parquer.

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Futuropolis, 2012, ISBN 978-2-7548-0586-5, 103 pages, 17 €

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9 réflexions au sujet de « « 20 ans ferme » de Sylvain Ricard et Nicoby »

  1. Oui, pareil déjà noté chez Mo’ et feuilleter à plusieurs reprises, mais sans passer à l’acte ! Peut être je vais remédier à ça 😉

  2. Je suis pas sûre que ce soit une lecture dont on puisse avoir envie. Mais disons qu’il faut l’attaquer en étant de bonne humeur 🙂

  3. Je comprends ça 🙂 Ca m’a permis d’avoir une vision d’ensemble d’un coup mais il faut encaisser. Enfin, la BD est nettement moins violente que le film quand même. Même si moralement c’est pas le pied.

A vous les micros !

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