« La part de l’autre », Eric-Emmanuel Schmitt

Dans le cadre de notre Challenge Eric-Emmanuel Schmitt, Un chocolat dans mon roman a eu l’idée de nous proposer La Part de l’autre en lecture commune. D’ailleurs je ne sais pas si elle l’a fait exprès, mais j’ai trouvé cocasse de proposer la date de fin de la LC le jour anniversaire de la mort d’Hitler 😉

 Je connaissais ce livre car il nous avait été présenté lors d’une session de notre club de lecture lillois, et même s’il n’a pas été retenu, je l’avais gardé dans un coin de ma tête car le thème me plaisait bien.

C’est donc avec enthousiasme que je me suis lancée dans cette lecture, d’autant qu’il me tardait de découvrir enfin la plume d’Eric-Emmanuel Schmitt !

Résumé : vous ne le savez peut-être pas, mais Hitler aimait la peinture. D’ailleurs il peignait lui-même. Mal, mais il peignait. En somme c’était un artiste raté. Eric-Emmanuel Schmitt est parti de cette hypothèse : et si Hitler avait réussi sa carrière d’artiste ? Aurait-il été l’homme qu’il est devenu ? La face du monde en aurait-elle été changée ? L’auteur a choisi pour cet exercice de nous livrer deux histoires menées en parallèle, avec un même point de départ. Hitler attend le verdict de l’école des Beaux Arts. Accepté, recalé ? Eh bien les deux. Nous allons suivre d’un côté Adolf Hitler, qui a échoué ; et Adolf H, qui a réussi.

Mon avis : COUP DE COEUR !!

J’ai été fascinée par cette lecture, d’un bout à l’autre. Imaginez-vous, Hitler le hargneux, le roquet, qui se transforme peu à peu dans votre esprit en artiste tolérant et sympathique ! Incroyable mais on y croit dur comme fer !

Le début est tout de même perturbant. Il faut réussir à se détacher de l’homme qu’on connait pour ne se concentrer que sur ce que le narrateur nous dit de lui. Adolf Hitler est recalé, et se trouve une chambre de bonne rapidement. Sa logeuse pense qu’il suit des cours à l’école, et s’enorgueillit de discuter avec son chouchou qu’elle bichonne comme si c’était un être à part. Ce qu’elle ne sait pas c’est qu’en réalité il passe ses journées à aider les voyageuses de la gare avec leurs bagages pour gagner quelques pièces. Ce Hilter là sera dupé par un faux marchand d’art, ira à la guerre et en reviendra armé d’une ferveur patriotique peu commune et d’une haine antisémite. Apparemment Hitler n’était pas antisémite depuis toujours, mais il s’est persuadé que c’était de la faute des Juifs si l’Allemagne avait perdu la guerre.

De son côté, Adolf H commence sa vie d’étudiant aux Beaux-Arts avec quelques difficultés. Dès qu’il s’agit de dessiner un nu, dès qu’il voit une parcelle de chair féminine, il s’évanouit. Son médecin le place alors entre les mains de Freud, qui va mettre le doigt sur ses blessures et l’aider à les refermer. Si bien qu’il va aller à la rencontre du modèle qui le met en émoi et qu’elle va lui apprendre l’amour, pas comme un acte bestial, mais comme une quête vers le don de soi. Puis il va avoir ses deux meilleurs amis, avec qui il partira au font. Au contraire de Hitler, la cruauté et le non sens de la guerre le rendra non pas patriote mais citoyen du monde.

"Marine nocturne", 1913, Adolf Hitler

Au plus l’histoire avance, au plus l’écart entre les deux personnages se creuse. Adolf H est un homme qu’on a du mal à s’imaginer avec les traits d’Hitler, et pourtant, à force d’essayer, on y arrive. Alors qu’Adolf Hitler devient au fur et à mesure l’homme détestable qu’on connait. A cause de son passé, de ses expériences, de sa bêtise aussi sans doute. Le traitement simultané et contradictoire des deux personnages est en tout cas fascinant.

Lorsqu’on termine le livre on trouve le journal d’Eric-Emmanuel Schmitt, dans lequel il nous livre ses impressions à mesure que l’histoire avance. Ce qui m’a beaucoup surprise, c’est qu’au départ ses proches ont voulu le dissuader d’écrire ce livre. Il s’est rendu compte que Hitler est un sujet tabou, et que soi-disant personne n’a envie de comprendre le personnage. Alors je ne suis pas hyper mordue de psychologie, mais quand même, moi ça m’interpelle. Comment peut-on devenir quelqu’un qui imagine la Solution finale ?? L’extermination d’une partie de la population ? Qui déclare la guerre d’un claquement de doigts ? Je trouve au contraire très intéressant de se placer dans ses chaussures, et je ne pense pas que ce soit malsain. Comme le rappelle l’auteur, il ne l’excuse pas. Il cherche juste à comprendre.

D’ailleurs c’est une écriture qui a miné notre écrivain. Car pour jouer le jeu à fond il a bien dû donner à Hitler des propos dont lui-même n’est absolument pas convaincu ! Il lui a fait dire des horreurs, et cela a été éprouvant. Et pourtant. J’ai trouvé, au vu de ce que j’ai entendu, lu, vu de Hitler, qu’Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas encore allé assez loin. Les pensées d’Hitler ne suintaient pas de haine à chaque mot, il y a comme un filet invisible que l’auteur n’a pas réussi à franchir. Sa limite, certainement. Et c’est justement ce que j’ai aimé dans ce roman. C’est une lecture agréable, passionnante, fougueuse, mais on n’entre pas assez dans la haine pour que ça en devienne difficile à lire. Et puis Eric-Emmanuel Schmitt a une écriture si belle, si poétique, si drôle aussi, que ça atténue le côté provocateur de cet ouvrage, et que finalement c’est un très grand livre, que je vous recommande chaleureusement.

Les avis de : Unchocolatdansmonroman, Isallysun, XL, Mossharty, Antomilna, Myrtille, Piplo, Lightjok

Le Livre de Poche, ISBN 978-2-253-15537-9, 503 pages, 6,95 €

 

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17 réflexions au sujet de « « La part de l’autre », Eric-Emmanuel Schmitt »

  1. Tout comme Mangolila , ta chronique me donne envie de lui donner sa chance. Il est dans ma bibliothèque attendant d’être enfin lu^^

  2. Ping: bookerdose
  3. C’est vrai qu’au début partager les pensées d’Adolf Hitler est plutôt perturbant ! Et je suis totalement d’accord l’écriture de Schmitt est magnifique ^^ Ravi d’avoir fait cette LC avec toi !

  4. Il est dans ma PAL et je compte bien le lire très bientôt, d’autant plus qu’il fait partie de la liste du baby-challenge Littérature contemporaine auquel je participe… J’ai réussi à me réconcilier avec Schmitt et ton avis m’encourage d’autant plus à lire ce roman très vite 😉

  5. Bonjour
    Je vois que tu parles de club de lecture lillois, sais-tu s’il existe des clubs-ateliers d’écriture sympas ds le coin ? Merci 🙂

    1. Salut Tara,
      Je vais justement tester pour la première fois un atelier d’écriture 🙂 Ca se passe le vendredi 11 mai au Café Citoyen, près du métro République, à 19h00 je crois. Mais je ne sais pas du tout ce que ça va donner ^^

A vous les micros !

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